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I. — Civilisation matérielle

Lorsqu'un même mot désigne le même objet dans les langues indo-européennes ou dans deux langues indo-européennes géographiquement isolées, on peut affirmer que cet objet était connu avant la séparation des dialectes l.

4. Méthode inventée par Pictet, Les origines indo-européennes ou

« Les populations de langue indo-européenne connaissaient le bronze ou le cuivre: le sanskrit a ayas, Pavesta ayû, le gothique aiê9 le vieil irlandais eir, le latin aes. Les mêmes populations paraissent aussi avoir connu l'or et peut être l'argent. La langue indo-européenne est celle d'une civilisation où les métaux jouaient déjà un certain rôle » (Meillet, Langue grecque, p. 13, Introduction, p. 387).

Nous trouvons partout un mot qui signifie « coudre », mais la racine qui signifie « fabriquer » désigne en indo-iranien et en grec le métier du charpentier (t6xt<ûv), la hache en irlandais, le travail avec la hache en slave, et en latin le tissage (texere) ; incohérences analogues pour « filer » et pour « tisser ». — De ce fait, on conclut que l'industrie n'était pas très développée.

On voit bien « quels étaient les principaux moyens de subsistance pour les Indo-Européens, et ce qui était pour eux l'accessoire ». Les noms d'animaux, sauvages ou domestiques, troupeau, bœuf, mouton, cheval, bouc, porc ou sanglier, chien, loup, cerf, oiseau, oie, canard, etc., sont identiques. Par contre, il n'y a pas de mot commun pour poisson ni pour aucun poisson : ici l'italo-celtique a un même mot

les Ary as primitifs, Essai de paléontologie linguistique, 1859-1863. — Il est souvent difficile d'interpréter les vocables apparentés : « Ceuxci peuvent avoir subi des modifications de sens telles qu'il est impossible de fixer la signification première » (J. Mansion).

e Assurément les populations qui parlaient l'indo-européen devaient être à un niveau de civilisation assez analogue à celui des nègres de l'Afrique ou des Indiens de l'Amérique du Nord * (Meillet, Introduction 2, p. 28). Du même: « Les populations de langue indo-européenne méritaient Fépithète de « barbares », à peu prés comme l'ont méritée plus tard les envahisseurs de langue celtique ou germanique. Mais leur civilisation était en somme assez avancée... il faut supposer qu'elles étaient bien douées pour l'action, capables de faire des conquêtes et de les administrer, supérieures à beaucoup d'autres... » (Langue grecque*, p. 9).

avec le gotique; le grec marche avec l'arménien et le lituanien; le slave, le sanscrit et l'iranien divergent. Si le mot yava désigne une sorte de céréale, il est impossible de s'assurer qu'il s'agit de Forge.

Les mots d'agriculture de l'Ouest appartiennent à une « langue de civilisation » qui s'étend aux domaines italo-celtique, germanique, balto-slave: semer, moudre, grain, orge, porc, fève : là aussi il y a des mots communs pour plusieurs arbres, aune, orme, pomme, des expressions communes pour exprimer certaines relations sociales, dette, hôte-étranger, et aussi pour couper, tresser, roue, timon, etc. (Meillet, Introduction *, p. 358). — Rien n'est plus probable que l'existence d'un (( vocabulaire du Nord-Ouest » qui englobe l'unité italo-celtique; ce vocabulaire s'est peut-être substitué à un vocabulaire plus ancien : on ne peut prouver qu'il ait rempli un vide. Mais, si le grec et l'indien ont, comme on le croit, emprunté leur nom de la hache (ni'kvAuç-paraçu) à l'assyrien pilakku, si les noms de la hache « diffèrent presque d'une langue à l'autre », s'il n'y a pas de mot indo-européen pour poisson, pour forêt, pour sel, faut-il conclure que les Indo- Européens ignorèrent des choses qui furent certainement connues à l'aube de la civilisation? (Meillet, Introduction, 361, 366). La pluie est désignée par des mots qui divergent; ainsi le plus sûrement indoeuropéen de tous, skr. varsa, hom. espav), irlandais frass, n'est connu que dans trois langues : le seul correspondant de u«i, « il pleut », est fourni par koutchéen suwam « pieu vent ï>,swese « pluie »1. Le koutchéen aussi, avec le grec seul, atteste l'existence ancienne du mot 'uloç « fîls ». (Meillet, J. As. 1912, i, 115). « Les langues de l'Europe ont pour a labou-

1. On rattache à cette racine lat. verres, lit verszis « veau >*

rer » une même racine attestée en slave, en lituanien, en gotique, en irlandais, en latin (aro), en grec ('apoo>), et l'arménien a arawr, « charrue » = lat. aratrum. Mais Pindo-iranien ignore ce mot, soit que les tribus indo-iraniennes l'aient perdu à la suite d'une période transitoire de vie nomade, soit, ce qui est moins probable, qu'elles ne Paient jamais connu, et qu'il ne se soit répandu en indo-européen qu'après la séparation complète de ces tribus » (Meillet, Introduction l, p. 351.) l.

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