‹ Histoire du Montréal, 1640-1672 [microforme]Chapitre 10 sur 27 · ET ETAT · texte numérisé non relu

ET ETAT

le parti Iroquois, lequel fit tout d’un coup faire bride en main à" nos gens et demeurer sur une défensive où ils eussent été battus! sans que M. le Major vint au secours, lequel voyant que la Barique M était le principal soutien de nos ennemis, il commanda à un fort bon tireur qu'il avait auprès de lui, de percer au plus tôt cel tonneau d’un coup de fusil afin qu’en ayant tiré le jus, les ennemis ne s’en pussent davantage prévaloir et fortifier. Cet homme com.! mandé ne manqua pas son coupet fit son approche sur ce person: nage, lequel était monté sur une souche où il exhortait ses gens et leur disait ce qu'ils devaient faire dans le combat, comme sil c'eut été un Européen, Notre Francais étant parvenu à la portée M raisonnable de son fusil, il en frappa si droit et si rudement [a Barique qu'elle en tomba par terre el commença à ruisseler de toutes parts à cause que le fusil était chargé de gros plombs et qu'il le reçut quasi tout dans son corps ; les ennemis furet: si découragés par la perte de cet homme qu’ils croyaient mort qu'ils | s’'enfuirent aussitôt et nous laissèrent maitre du champ, cela fait, on l’emmena ici. Lorsqu'il fut revenu à soi, sa cruautè se changea totalement par la douceur qu’on lui fit paraitre en le guérissant autant qu'il se pouvait ; il est vrai qu'il en est demeuré extrême. ment estropié et inhabile à tout, mais il a vu qu'il n’a pas tenu aux Français s’il n’a pas été complètement remis, c’est pourquoi il a été tellement gagné par cette humanité que depuis, il a pris toujours nos intérêts fort à cœur, ce qui n’a pas empêché que ses amis qui le croyaient mort ne nous fissent cruellement la guerre pour s’en venger, entre autres son frère, qui était tellement ! acharné sur nous, à cause de lui, que tous les jours nous lavions sur les bras, même une fois, il fit quatre attaques différentes dans une journée afin de se venger, mais à la dernière ayant ouï la Barique qui l’appelait et qu'on avait porté exprès sur le lieu du combat, il lui cria : “ Esi.ce toi, mon frère, es-tu encore en vie ?”-- Oui, lui dit-il, et tu veux tuer mes meilleurs amis.” A ces mots, il vint à lui doux comme un agneau et promit de ne nous jamais faire la guerre : il dit qu’il allait promptement chercher tous les prisonniers Français qu’il y avait dans leur pays, qu'il allait travailler à la paix pour revenir dans un certain temps qu'il marqua afin de la conclure. Tout ce qu’il promit, il le garda, hormis que n'ayant pu résoudre les esprits de ses camarades aussi vite qu’il Pavait promis, il fut obligé de retarder plus qu’il ne l’avait dit; mais dans ce retardement, il arriva une affaire qui rendit souple tous ses gens là à tout ce qu’il voulait d'eux. Voici comme la chose se passa. Les Iroquois ayant ce printemps détruit l’Zsle aux Oies et tout ce qui s’y rencontra hormis les petits enfants de Messieurs Moyen et Macar,

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une partie d'entre eux emmena dans leur pays ces petits prisonniers et le reste nous vint faire la guerre en cette Isle, où ils firent plusieurs s attaques et entrèrent en plusieurs pourparlers avec le sieur de la Barique que l’on portait toujours sur les lieux afin de leur parler, cethomme ne put jamais réduire à la raison ces aniimaux féroces : toujours ils tendirent à faire quelque méchant : “coup, il est vrai que Dieu nous assista bien, puisque pendant qu'ils “furent ici à nous faire des embuscades, jamais ils ne nous tuèrent “qu ‘un homme nommé d’Aubigeon. Peu après ce meutre, ils en “furent bien châtiés, car ils tombèrent à notre discrétion, ce qu'ils “firent ainsi. Ce mœuitre étant commis, ils passèrent de l’autre “côté du fleuve et envoyèrent ensuite quelques uns d’entre eux, feignant vouloir parlementer et être de ces nations qui n'avaient jamais eu de démélés avec nous, feinte dont ils ont usé en plusieurs dde leurs trahisons passées et qui leur était ordinaire, mais en même temps, M. Lemoine revenant de Québec dit à M. de Nan Neufve & Voila des gens qui ont fait un tel coup à l'Isle aux Oies, qui ont “tué d’Aubigeon et qui veulent encore nous trahir. Il faut les Dr car ce sont des fourbes et des menteurs.” Afin de les atta quer, Mr. de Maison-Neufve leur fit crier que le lendemain, ils % vinrent parlementer : cela dit, ils se retirent de l’autre côté de l’eau sans s'approcher plus près ; le lendemain venu, voici deux lroquois qui paraissent dans un canot avec un petit Anglais au milieu, A ils viennent un peu hors la portée du mousquet du château. Alors En le Gouverneur voulut envoyer à eux plusieurs personnes, mais 4 M. Lemoine l'en empècha lui disant qu’ils s'enfuieraient et que s’il À voulait, ilirait tout seul à eux dans un petit canot de bois avec deux LU pistolets cachés au fond de son canot, que dans cet état, il irait aborder sur la même bature où ils étaient ; qu’étant seul de la sorte ils le laisseraient venir sans se défier, qu’étant sur eux, il se leverait tout d’un coup avec ses pistolets, et qu'ayant pris le dessus, il leur ferait prendre malgré eux le courant qui vient vers le 2 château ; quoique la proposition fut hardie, elle fut néanmoins hcceptéc; mais pour en faciliter l'exécution, M. le Gouverneur fit

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