RÉ TEES
nouvelle de ce décès, mais enfin corime ils étaient dans le dessein de mourir à tout pour Dieu, ils ployèrent le col comme des victimes qui n’allaient pas pour éviter le sacrifice. Pour cela, ils ne tournèrent pas la tête en arrière, ils suivaient toujours M. de Maison-Neufve comme celui qui les devait mener dans cette bonne terre pour être le champ de leurs combats aussi bien que le théâtre de leurs triomphes. Quand ce fut le temps de partir, ils montèrent tous gaiement dansle vaisseau etsedisposèrentà affronter généreusement pour Dieu les plus élevés flots de la mer, ilest vrai que au commencement, elle sembla être la maitresse et fit mal au cœur à plusieurs, mais la partie supérieure qui dans les âines généreuses et chrétiennes ne cède pas volontiers aux souffrances corporelles, devint la maîtresse par la vertu de la patience qui les fit triompher de toutes les peines et hazards de la mer. Il est vrai que Dieu les assista bien dans ce voyage et que par urc protection de sa main, il les délivra de plusieurs grands et imminuents périls dans lesquels ils devaient faire naufrage ; mais enfin le ciel qui les destinait à toute autre chose, les délivra de tous ces accidents ; et les ayant mis dans le fleuve St. Laurent, ils naviguèrent heureusement vers Québec ; ce qui ne se fit pas sans goûter auparavant des rafraichissements de ce pays, parce que le père Deguan, les Rev. Pères Jésuites et Mr. d’Aillebout ayant su leur venue, ils s'en allèrent au devant d'eux jusqu'à l'Isle d'Orléans où ils les régalèrent avec des témoignages d’une si grande bienveillance que cela les obligea de venir passer quelques Jours à Québec avant de monter au Montréal, contre la résolution qu’ils en avaient faite ; quoi plus
… on complimenta Mr. l'abbé Quélus sur les lettres de grand Vicaire, " qu'on savait qu’il avait ou qu'on présumait avoir de Mgr. L’Arche-
vèque de Rouen. Ayant reçu leurs compliments et civilités sur ce sujet, il fut convié surtout par un des Révérends Pères Jésuites de s’en vouloir servir pour Québec, ce qu’il ne voulait pas faire d'abord, mais enfin il acquiesca aux instances, il n’y avait rien de plus doux dans un pays barbare comme celui-ci que d'y voir de si belles choses ; mais un temps si serein, ne fut pas longtemps sans se brouiller, les tonnerres commencèrent à gronder et nos quatre nouveaux missionnaires ne s’enfuirent pas pour être menacés. Ils
. se regardèrent comme des novices sous le père maître et se réso.
lurent de souffrir tout au long les rigueurs de leur noviciat.
Lais-
è . sons-les tous sur la croix, avec le Père Poner, très-digne religieux
de la compagnie de Jésus, ne disons rien de leurs peines afin que
» le ciel découvrant un jour toutes choses à la fois, fasse voir en . même temps la sincérité d’un chacun dans son procédé, et la
raison pourquoi il a permis tout ce qui s’est passé, J'espère que
nous verrons que comme tous ont eu bonne intention, que tous aussi en auront des récompenses, tant ceux qui auront jeté les balles que ceux qui les auront reçues. Quand à ce qui est du reste des choses qui regardent le Montréal, nous n’avons rien à vous en dire pour cette année, si ce n’est la joie singulière qu'on y reçut de voir ces quatre messieurs, mais cette satisfaction ne dura pas longtemps et fut bientôt mélangée de tristesse par la venue du R. P. Pauset qui fit descendre Mr. l'abbé de Quélus à Québec afin d'y exercer les fonctions curiales.
DEPUIS L'AUTOMNE 1657, JUSQU’A L'AUTOMNE 1658, AU DÉPART DES VAISSEAUX DU CANADA.
Nous avons une histoire bien funeste pour commencer cette -année, si toutefois nous pouvons trouver quelque chose qui puisse -être commencé de la sorte entre les gens de bien, la chose arriva -ainsi : Le 25 octobre 1657, un excellent menuisier nommé Nicolas Godet que la compagnie du Montréal avait fait venir ici avec toute -sa famille par Normandie dès l’an 1641, son gendre nommé Jean St. Père, homme d'une piété aussi solide, d’un esprit aussi vif et
tout ensemble, dit-on, d’un jugement aussi excellent qu’on ait vu ici, furent cruellement assassinés à coup de fusils avec leur valet, en couvrant leurs maisons, par des traîtres Iroquois, qui vinrent parmi nous,comme n'ayant plus de guerre les uns avec les autres depuis cette paix dernière et solennelle, dans laquelle ils nous avaient rendu nos gens et nous leur avions remis ceux des leurs qui étaient dans nos prisons. Certes cette perfide rupture nous fut bien fâcheuse, car ilest bien difficile de retrouver des gens tels que nous les perdons, 1l est bien sensible de voir périr les meilleurs habitants qu'on ait par des lâches infâmes qui après avoir mangé leur pain, les surprennent désarmés, les font tomber comme des animaux de dessus le couvert d’une maison ; au reste le ciel trouva cette action si noire, que ces barbares s’enfuyant ici trop vite pour recevoir la punition de leur crime, il les punit par des reproches qu’il tira de la langue d’un de ceux qu'ils avaient tués ; ce que j'avance est un dire commun qui prend l’origine de ces mêmes assassinateurs, lesquels ont assuré que la tête de feu St. Père qu’ils avaient coupée leur fit uantité de reproches en l’emportant, qu’elle leur disait en fort bon [roquois, quoique ce défunt ne l’entendait pas de son vivant ; “Tu nous tues, tu mous fais mille cruautés, tu veux anéantir les Français, tu n’en viendras pas à bout ; ils seront un
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