‹ Histoire du Montréal, 1640-1672 [microforme]Chapitre 14 sur 27 · EE EE EE · texte numérisé non relu

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maison de la Flèche, afin qu'on n'attendit pas après elle, quand on serait prêt de partir. Or ce coup, c'était un coup du ciel, et comme les affaires de Dieu ne se font jamais sans de grandes difficultés pour l'ordinaire, celle-ci n'en manqua pas. Quand il fut question de l’exécuter, Mgr. d'Angers se trouva si difficile pour son obédience qu'on désespéra quasi de l'avoir ; Mr. de la Doversière, qui était le principal arc boutant de l'affaire et sans lequel il n’y avait rien à espérer pour elle, se trouva si mal, que trois jours avant de partir, il fut en danger de mort et les médecins jugèrent qu'il ne relèverait pas de cette maladie ; mais Dieu qui voulait seulement sceller cette entreprise du sceau de sa croix et non pas la détruire, voulut que dans deux jours, il fut assez rétabli pour entreprendre le voyage de La Rochelle le lendemain ; il ne manquait pour cela que l'obédience de Mgr. d'Angers qui arriva le même jour que la restitution de sa santé, ce qui fit qu’on résolut de partir la journée suivante, cela étant su dans la ville, il se fit une émeute populaire, chacun murmura et dit : Mr. de la Doversière fait amener des filles par force en ce couvent, il les veut enlever cette nuit, il faut l'en empêcher ; Voilà tout le monde par les rues ; chacun fit le guet de son côté ; plusieurs disaient en se l'imaBinant: ‘ En voilà que nous entendons crier miséricorde.” Enfin plusieurs ne se couchèrent point cette nuit-là pour ce sujet dans la ville de La Flèche. Néanmoins à dix heures du matin, on se résolut de les faire partir ; mais pour en venir à bout, on y eut bien de la peine ; il fallut que.Mr. St. André et les autres qui devaient les assister pendant leur voyage missent l'épée à la main et fissent écarter le peuple par les impressions de la crainte, ce qui n’est pas difficile dans les villes champètres qui ne sont pas frontières : étant sorties, elles firent le chemin jusqu’à La Rochelle avec une grande joie et le désir de se sacrifier entièrement pour Dieu ; il est vrai qu’elles avaient besoin d'être dans cette disposition car elles eurent bien des épreuves, même dès à La Rochelle où on leur voulut persuader qu'on les renverrait du Canada la même année sans vouloir d’elles : de plus comme les deniers se trouvèrent employés, elles se trouvèrent fort embarrassées de quoi payer le frèt qu’elles n'avaient pas réservé à cause de la multitude des denrées dont on avait besoin, embarras où se trouvèrent aussi deux prêtres du séminaire de St. Sulpice qui partaient cette année-là pour Montréal, où depuis, ils ont été tués par les Iroquois. La peine qu'ils eurent tous deux avec Mlle. Mance fut telle qu’on ne les voulait pas embarquer à moins qu'ils eussent de l'argent de quoi payer ; cependant ils étaient 110 personnes auxquelles il fallait pourvoir, vous voyez assez qu’elle pouvait être sa mortification ; c’est pourquoi nous passons

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outre et jugez, comprenant tout ce qu'il fallait acheter pour le Canada, de la dépense qu'on fit surtout à cause du retardement à La Rochelle qui fut de trois mois cette année, jugez combien il en couta à Messieurs de la compagnie du Montréal, au Séminaire de St. Sulpice et à l'hôpital, qui tous trois portaient les frais de ce voyage ; jugez de la peine où étaient ces deux bons prètres et ces trois religieuses avec Mlle. Mance, car enfin tout se vit à la veille de demeurer sans qu'à la fin le maître du navire qui était préparé et qui ne tenait qu'à de l'argent et résolut de tout embarquer sur leur parole, les voilà donc en mer, mais n'allèrent pas longtemps, que leur navire qui avait servi deux ans d'hôpital à l’armée sans en avoir fait depuis la quarantaine infecta les passagers de la peste, 8 ou 10 de ces gens moururent de prime abord sans qu'on permit aux religieuses de s’exposer, mais enfin on accorda à leurs instances qu'elles commenceroient leurs fonctions d’hospitalières dans lesquelles elles eurent ce bonheur ayant commencé ces premiers travaux de leur mission qu’il ne mourut plus personne, encore qu’il y eut bien des malades, au reste nous pouvons bien dire que la Sœur Marguerite Bourgeois fut celle qui travailla autant pendant toute la route et que Dieu pourvut aussi de plus de sa santé pour cela, que s’il y eut bien des fatigues dans ce voyage il y eut aussi bien des consolations pour la bonne fin que faisaient ces pauvres pestiférés, que ces deux prêtres du séminaire de St. Sulpice dont nous avons parlé assistaient autant qu'ils le pouvaient, que leur corps aussi accablé de la maladie permettaient, ils assistèrent deux Huguenots entre ces malades qui firent leur abjuration avant de paraitre devant ce juge qui jugera rigoureusement ceux qui veulent défendre aujourd'hui de juger les erreurs de leur religion prétendue réformée, afin d’avoir la liberté d'y demeurer pour leur confusion éternelle ; maïs passons cette mer et disons qu'après les efforts de la maladie, les vagues de la mcr essuyées, voilà enfin le navire arrivé à Québecq, après avoir bien vogué, que si ces religieuses se croyaient être en ce lieu au bout de toutes les tempêtes, elles se trompaient fort, car elles y en essuyèrent une si grande qu'elles eurent de la peine à mettre pied à terre et ne l'eussent peut-être jamais fait si l’astre nouveau qui depuis ce temps éclaire notre église ne leur eut été assez favorable pour dissiper qui la causait ; de quoi le Montréal fut bien obligé, car il contribua ainsi à lui donner ces bonnes filles. Ensuite de ceci, nous avons le retour de Mr. l'abbé de Quélus en France qui affligea beaucoup ce lieu ; ainsi en cette vie, les douceurs sont mélangées d'amertumes. Quand à toute ia flotte arrivée par ce lieu, elle y monta à la joie extrême d’un chacun et ces deux bonnes religieuses qui y

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étaient comme nous avons dit l'an dernier, en descendirent après que celle qui était malade eut recouvré sa santé. La providence ayant permis que son mal eut duré pour le bien de cette hôpital jusqu'à l’arrivée de ces trois bonnes filles aux travaux desquelles Dieu a donné depuis une grande bénédiction. Plusieurs Iroquois et quantité d’autres sauvages y ont été convertis tant par leur ministère tant par l'assistance des ecclésiastiques du lieu et y sont morts ensuite avec desapparentes quasi visibles de leur prédestination. Grand nombre de Huguenots y sont en ce même bonheur ; même dans un seul hiver, il y en a eu jusqu’à 5 qui sont morts catholiques à la grande satisfaction de leurs âmes. Ces bonnes filles ont rendu et rendent encore de si grands services au public qu'il se loue tous les jours de la grâce que le ciel lui avait faite de lui avoir amené pour sa consolation dans un pays si éloigné que celuici, où leur zèle les a apportées. Outre les personnes que J'ai re. marquées être venues de France cetété je dois nommer Mr. Deletre, lequel servit bien ce lieu, tant dans les temps de la guerre que lorsque nous jouissions de la paix, à cause des avantageuses qualités qu'il possède pour l’une et l’autre de ces raisons. Je donne ce mot à sa naissance, à son mérite, sans préjudice à tous ceux qui ont été du mème voyage et faire iort à leur mérite particulier ; au reste on peut dire du secours de cette année en général qui était très-considérable au pays, lequel était encore dans une grande

désolation, et qu’il était nécessaire pour confirmer tout ce que celui de l’année 1653 conduit par Mr. de Maison Neufve y avait apporté, davantage, parceque sans cette dernière assistance tout le pays était encore bien en danger de succomber, mais il est vrai que depuis celle-ci on a moins chancelé et craint une générale déconfiture qu’on faisait auparavant,quelques combats de perte de monde

que nous ayons eus.

DE L'AUTOMNE 1659 JUSQU'A L'AUTOMNE 1660 AU DÉPART DES VAISSEAUX DU CANADA.

Nous entrons dans une année que le Montréal doit marquer en lettres rouges dans son Calendrier, pour les différentes pertes d'hommes qu'il a faites en plusieurs et différentes occasions ; il est vrai que si les belles actions doivent consoler en la mort des siens, le Montréal a tout sujet de l'être dans la perte qu'il a fait de tous les grands soldats qui ont péri cette année, parce qu'ils se sont tellement signalés et ont tellement épouvanté les ennemis en mou-

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marqué en eux, que nous devons le salut du pays à la frayeur qu'ils ont imprimé en eux, répandant aussi généreusement leur sang qu'ils ont fait pour sa querelle, ce qui se peut pour eux glorieusement remarquer, surtout dans une action laquelle se passa le 26 ou le 27 de mai, au pied du Long Sault, un peu au-Gessus de cette Isle où 7 de nos Montréalistes étant en parti furent attaqués par 800 Iroquois, sans qu'aucun d'eux voulut jamais demander quartier, chacun pensant à vendre sa vie le plus cher qu'il le pourrait. Voyons le fait: Sur la fin d'avril Mr. d'Aulac garcon de cœur et de famille lequel avait eu quelques commandements dans les armées de France, voulant faire ici quelque coup de main et digne de son courage, tâcha de débaucher 15 où 16 Français afin de les mener en parti au dessus de cette Isle, ce qu’on n'avait point encore osé tenter ; il trouva de braves garcons qui lui promirent de le suivre si M. de Maison-Neufve le trouvait bon, Daulac proposa la chose et il eut son agrément, ensuite chacun se disposa à partir, ils firent un pacte de ne pas demander quartier et se jur@ent fidélité sur ce point ; outre cela, pour être plus fermes à l'égard de cette parole et ètre mieux en état d'affronter la mort, ils résolurent de mettre tous leur conscience en bon état, de se confesser et communier tous, et ensuite de tous faire leur testament, afin qu'il n'y eut rien qui les inquiéta pour le spirituel ou temporel et qui les empêcha de bien faire ; tout cela exécuté de point en point ils partirent ; Mr. le major avait bien envie de grossir le parti, Mr. Lemoine et Mr. de Belètre avait bien demandé la même chose, maisil voulait faire différer cette entreprise jusqu'aprèsles semences qui se font icien ce temps-là; ils disaientque pour lors, ilsauraient une quarantaine d'hommes ; mais Daulac et son nombre avait trop envie de voir l'ennemi pour attendre, au reste Daulac voyant que sil différait, il n'aurait pas l'honneur du commandement, il poussa le plus qu’il put l'affaire et redoutant plus qu’il était bien aise de se pouvoir distinguer, pourvu que cela lui put sei ir à cause de quelque affaire qu'on disait lui être arrivé en France. Tellement que le voilà parti résolu à tout événement, il ne fut pas

bien loin sans attendre une alarme dans un Islet tout vis-à-vis où

nous perdimes trois hommes, il revint avec son monde et poussa si vivement les Iroquois qu’il les eut pris en canot sans qu'ils abandonnèrent tout pour se jeter dans le bois et se sauver, s'il n'eut pas la consolation de les joindre, il eut celle d'avoir leurs dépouilles, entre autres un bon canot dont il se servit pendant son voyage, qu'ils continuèrent aussitôt avec l'accroissement d'un des leurs, lequel eut honte d’avoir manqué àla parole qu'il avait donné, alors étant tous de compagnie Ce nouveau venu à eux, ils dirent un adieu

général qui fut le dernier à leurs amis, ensuite de quoi les voilà embarqués tout de nouveau, étant remplis de cœur mais étant peu nombreux peu habiles au canotage ce qui leur donna beaucoup de peines, même on a su par les hommes auxquels ils l'ont dit, qu’ils furent 8 jours arrêtés au bout de cette Isle par un petit rapide qui y est. Enfin le cœur les fit surmonter de ce que leur peu d'expérience ne leur avait pas acquis, si bien qu'ils arrivèrent au pied du Long Sault, où trouvant un petit fort sauvage, nullement flanqué entouré de méchants pieux qui ne valaient rien, commandé par un côteau voisin, ils se mirent dedans n'ayant pas mieux ; là bien moins placés que dans une des moindres maisons villageoises de France, Daulac atteridoit les Froquois comme dans un passage infaillible au retour de leurs chasses, il ne fut” pas longtemps seul en ce lieu, d’autaut que Honontaha et Métiumgué, l'un Huron, l'autre Algonquin eurent un défi aux Trois-Rivières pour le “ourage et se donnèrent pour cela rendez-vous au Montréal, comme au lieu d'honneur, afin de voir en ce lieu où les combats sont fréquents, lequel aurait plus de bravoure ; ce défi fait, Métiumegue viiit fui 4° de sa nation, et Honontaha lui quarantième de la sienne au Montréal. D'abord qu'ils furent ici, les Français dont le principal défaut est de trop parler lui direntque nous avions des Français en guerre d’un tel côté ; eux jaloux de se voir prévenus et étonnés de la hardiesse de ce petit nombre, demandèrent un billet à Mr. de Maison- Neufve pour porter à Daulac, afin qu'il leur fit grâce de les recevoir dans son parti pour faire ensuite tous ensemble quelques grandes entreprises ; Mr. de Maisonneuve fit tout ce qu’il put pour les empêcher, car il aimait mieux moins de gens et tous braves, qu'une telle marchandise mêlée en plus grande abondance, il se rendit néanmoins en quelque façon à leur importunité ; mettant le Sieur Daulac par les lettres qu’il lui écrivit à son option de le recevoir sans l'y engager toutefois, l’assurant au surplus qu'il ne s'assura pas sur ses gens là, mais qu’il agit comme s'il n’y eut que les seuls Français ; Les sauvages layant joint, ils demeurerent tous ensemble dans le lieu que nous avons dit pour attendre les Iroquois où enfin après quelque temps nos Français qui allaient à la découverte, virent descendre deux canots ennemis, l'avis en ayant été donné, nos gens les attendirent au débarquement près duquel ils étaient partis, où ils ne manquèrent pas de venir, mettant à terre on fit sur eux une décharge, mais la précipitation fut cause que l’on ne les tux pas tous, quelques uns se sauvèrent au travers du bois et avertirent neuf cents de leurs guerriers qui étaient derrière et les avaient envoyés à la découveite ; d’abord ils leur dirent, ‘ Nous avons été défaits au petit fort au dessous, ii y a des

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Français et des sauvages assemblés ;” cela leur fit conclure que c'étaient des gens qui montaient au pays des Hurons, qu’ils en viendraient bientôt à bout ; pour cela, ils commencèrent à faire leur approche vers ce petit réduit qu’ils tentèrent d’emporter par plusieurs fois ; mais en vain, Car ils furent toujours repoussés avec perte des leurs et à leur confusion ; ce qui leur faisait beaucoup de dépit c’est qu’ils voyaient devant eux les Français prendre les têtes de leurs camarades et en border le haut de leurs pieux ; mais ils avaient beau enrager, ils ne pouvaient se venger étant seuls ; c’est pourquoi ils députèrent un canot pour aller ‘chéréher 900 de leurs guerriers qui étaient aux Isles de Richelieu, et qui les atten daient, afin d’emporter tout d’un coup ce qu'il y avait de Français dans le Canada et de les abolir ainsi qu'ils en avaient juré la ruine, ne faisant aucun doute qu'ils auraient Québec et les Trois Rivières sans difficultés ; que pour le Montréal, encore qu’ils y fussent ordirairement mal reçus,ils tâcheroient cette fois là de l'avoir aussi bien que du... … à force de le harceler et de s'y opiniâtrer ; ce qu'ils dise.ent aurait été vrai apparemment, si nos 17 Français n'eussent détourné ce coup fatal par leur valeureuse mort, voyons comme le tout tourna dans la suite. Le canot qui était allé quérir du secours étant parti, le reste des ennemis se contenta de tenir le lieu bloqué hors de la portée du fusil et à l'abri des arbres; de là, ils criaient aux Hurons qui mouraient de soif dans ce chétif trou aussi bien que nos gens, n’y ayant point d’eau; qu’ils eussent à se rendre, qu'il y avait bon quartier, qu’aussi bien ils étaient morts s'ils ne le faisaient; qu'il leur allait venir 500 hommes et que alors, ils les auraient bientôt pris. La langue de ces traîtres qui leur représentaient l'apparence du fruit de l'arbre de la vie les deçut aussi frauduleusement que le serpent trompa nos premiers parents, lorsqu'il leur fit manger ce fruit de mort qui leur couta si cher. Enfin ces âmes lâches, au lieu de se sacrifier en vrais soldats de J. C., abandonnèrent nos 17 Français, les quatre Algonquins et Anontaha qui paya pour sa nation de sa personne, ils se rendirent tous aux ennemis, sautant qui d'un côté de l’autre, par dessus les méchantes palissades de ce trou où étaient nos pauvres relégués, ou bien sortant à la dérobée par la porte afin de s'y en aller. Jugez du crève cœur que cela fit à nos gens surtout au brave Anontaha qui, dit-on, manqua son neveu d’un coup de pistolet, le voulant tuer lorsqu'il le vit s'enfuir avec les 40 paignots qu'il avait amenés. Voyez après tout cela quel cœur avaient ces 22 personnes restées de meurant fermes et constants dans la résolution de se défendre jusqu’à la mort, sans être effrayés par cet abandon, ni par l’arrivée des 500 hommes dont le hurlement seul eut été

quois où il espérait qu'éclatant comme une grenade,

grand effet, mais y ayant mis le feu et l'ayant jeté, ua

capable de faire abandonner le parti à un plus grand nombre : ces nouveaux ennemis étant arrivés le cinquième jour,et faisant lors un gros de 800 hommes, ils commencèrent de donner de furie sur nos gens, mais jamais ils n’approchèrent de leur fort dans les différents assaults qu'ils lui livrèrent qu’ils ne s’en retirassent avec de grandes pertes ; ils passèrent encore trois journées après ce renfort à les attaquer d'heures en heures tantôt tous, tantôt une partie à la fois, outre cela, ils abatlirent sur eux plusieurs arbres qui Jeur firent un grand désastre, mais pour cela, ils ne se rendirent point car ils étaient

résolus de combattre jusqu'au dernier vivant, cela faisait croire aux ennemis que nous étions bien davantage que les lâches Hurons le leur avait dit. C'est pourquoi ils étaient souvent en délibération de quitter cette attaque qui leur coutait si bon,mais enfinle huitième jour de ce siége arrivé, une partie des ennemis étant prête à abandonner l’autre lui dit que si les Français étaientsi peu, ce serait une honte éternelle de s'être faitainsi massacrer par si peu de gens sans s'en venger, Cette reflexion fut cause qu'ils interrogèrent tout de nouveau les traîtres Hurons qui lesayant assurés du peu que nous étions, ils se déterminèrent à ce coup là de tous périr au pied du fort où bien de l'emporter ; pour cela, ils jetèrent des buchettes afin que ceux qui voudraient bien être Les enfans perdus les ramassassent, ce qui est une cérémonie laquelle s'observe ordinairement parmi eux lorsqu'ils ont besoin de quelques braves pour aller dans un lieu fort périlleux, incontinent que les buchettes furent jetées, ceux qui voulurent se faire voir les plus braves les levèrent et voilà qu'aussitôt ces gens s’avancèrent tête baissée vers le fort et tout ce qu'il y avait de monde les suivit; alors ce qui nous restait de gens commença à tirer pêle-mêle de grands coups de fusils et gros coups de mousquetons, enfin lennemi gagna la palissade et occupa luimême les meurtrières ; Lors le perfide Lamouche qui s'était rendu aux lroquois avec les autres Hurons cria dans son faux bourdon, avec lequel il aurait bien mérité voler jusqu'au gibet, à son illustre parent Anontaha, ‘qu'il se rendit aux ennemis qu'il aurait bon quartier.” A ces lâches paroles Anontaha répondit ; “J'ai donné ma parole aux Français, je mourrai avec eux.” Dans ce même temps, les Iroquois faisaient tous leurs efforts pour passer par dessus nos palissades ou bien pour les arracher : mais nous défendions notre terrain vigoureusement, que le fer et le sabre n’y étaient pas épar. gnés, Daulac dans cette extrémité chargea un gros mousqueton jusqu'à son embouchure, il lui fit une espèce de petite fusée afin de lui faire faire long feu et d’avoir le loisir de le jeter sur les Iroun

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préparé à nos ennemis, lesquels en auraient été fort endommagés, mais enfin ce coup malheureux ayant tué et estropié plusieurs des nôtres, il nous affaiblit beaucoup et donna un grand empire à nos ennexis, lesquels ensuite firent brèche de toutes parts. Il est vrai que .algré cette désolation, chacun défendait son côté à coups d’épées et de pistolets comme s’il eut le cœur d’un lion. Mais il fallait périr, le brave d'Aulac fut enfin tué et le courage de nos gens demeura toujours dans la même résolution, tous enviaient plus tôt une aussi belle mort qu'ils ne l'appréhendaient, que si on arrachait un pieux dans un endroit, quelqu'un y sautait tout de suite le sabre et la hache à la main, tuant et massacrant ce qu'il y rencontrait jusqu'à ce qu'il y fut tué lui même. Ensuite nos gens étant quasi tous morts, on renversa la porte et on y entra à la foule ; alors le reste des nôtres, l'épée dans la main droite l'épée dans la main gauche, se mit à frapper de toutes parts avec une telle furie que l'ennemi perdit la pensée de faire des prisoruiers, pour la nêécessité qu'il se vit de tuer au plus \ite ce petit nombre d'hommes qui en mourant les menaça't d'une générale destruction, s'ils ne se hâtaient de les assommer ce qu'ils firent par une grele de coups de fusils laquelle fit tomber nos gens sur une multitude d’ennemis qu'ils avaient terrassés avant que de mourir ; après ces furieuses décharges sur si peu qui restaient, ces bourreaux voyant tout le monde à bas coururent incontinent sur les morts pour voir s'il n°v en avait pas quelques-uns qui ne fusseat pas encore passées etqu’on put guérir afin de les rendre par après capables de leurs tortures, mais ils eurent beau regarder et fouiller ces corps, ils n’y purent jamais trouver qu'un seul qui était en état d'être traité et deux autres qui étaient sur le point de mourir, qu'ils jetèrent d’abord dans le feu, mais ils étaient si bas qu'ils n’eurent pas la satisfaction de les faire souffrir davantage ; quant à celui qui se pouvait rendre Capable de souffrances, quant il fut assez bien pour assouvir leur cruauté ; on ne saurait dire les tourments qu'ils lui firent endurer, et on ne saurait exprimer non plus la patience admirable qu'il fit voir dans les tourments, ce qui foreenait de rage ces cruels qui ne pouvaient rien inventer d'assez barbare et inhumain dont ce glorieux mourant n'emporta le triomphe. Quand à Anontaha et aux # Algonquins ils méritent le même honneur que nos 17 Français, d'autant qu'ils combattirentcomme eux, ils moururent comme eux et apparamment comme ils étaient chrétiens, ils se disposèrent comme eux à cette action ; ils allèrent dans le ciel de compagnie avec eux. Ce qu'on peut dire des Iroquois est que dans leur barbarie et cruauté, ils ont eu cela de louable qu ils $rent une partie de Ia

d'arbre le rabatit qui fit recevoir à nos gens ce que Daulac avait

jastice qui était due aux traîtres Hurons, parce qu'ils ne leurtinrent aucunement parole et en firent de furieuses grillades. On a appris ces choses de quelques Hurons qui se sauvèrent: :s mains de l'ennemi, la première nouvelle qu’on en eut fut par un de ces quararite Hurons, nommé Louis, bon chrétien et peu soldat, qui arriva ici le troisième juin tout effaré et dit que nos 17 Français étaient morts, mais qu'ils avaient tant tué et détruit de gens que les ennemis se servaient de leurs Corps pour monter et passer par dessus les palissades du fort où ils étaient ; qu’au reste, les Iroquois étaient tant de monde qu'ils allaient prendre tout le pays. Ensuite il dit tout leur dessein à Mr. de Maison-Neufve comme ils l'avaient entendu de leur propre bouche. Mr.de Maison-Neufve profitant de cetavismit son lieu en état de recevoir les ennemis aussitôt qu'ils viendraient ; il fit garder les meilleurs postes qu'il avait donné à Messieurs du Séminaire ; Mr. de Belestre pour aller commander dans leur maison de Ste. Marie à tout le monde qui y était,ce batiment étant le plus fort et le mieux en état de se défendre qu'il y eut. Après que Mr. notre Gouverneur eut ainsi sagement réglé et ordonné toutes choses, il envoya sans tarder les nouvelles qu’il avait aux Trois- Rivières et à Québec, partout on eut une telle frayeur lorsqu'on entendit ces choses, que même dans Québec on renferma tout le monde jusqu'aux religieuses dans le château et chez ,5s Révérends Pères Jésuites. Mais enfin grâce à Dieu et au sang de nos chers Montréalistes qui méritent bien nos vœux et nos prières pour reconnaissance, les Froquois ne parurent point et on n’en eut que la peur d'autant que après ce conflit, où ils eurent un sigrand nombre de morts et de blessés, ils firent réflexion sur eux-mêmes se disant les uns aux autres : “ Si 17 Français nous ont traités de la sorte étant dans un si chétif endroit. comment serons-nous traités lorsqu'il faudra attaquer une bonne maison où plusieurs de tels gens se seront ramassés, il ne faut pas être assez fou pour y aller, ce serait pour nous faire tous périr ; retirons-nous ;” Voilà comme on a su qu’ils se dirent après ce grand combat, qu’on peut dire avoir sauvé le pays qui sans cela était rafflé et perdu, suivant la créance commune, ce qui me fait dire que quand l'établissement du Montréal n'aurait eu que cet avantage d’avoir sauvé le pays en cette occasion et de lui avoir servi de victime publique en la personne de ces 17 enfants qui y ont perdu la vie, il doit à toute la postérité être tenu pour considérable, si jamais le Canada est quelque chose puisqu'il la ainsi sauvé dans cette occasion, sans compter les autres ; Mais passons outre et venons au premier juin qui fut celui auquel on fit ici les obsèques de feu Mr. d’Aïllebout qui était venu ici Pan 1643 comme un des associés de la compagnie du Montréal pour y

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assister Mr. de Maison-Neufve, par toutes les belles lumières dont il était avantagé et dont il usa très-favorablement pour tout le pays, où il a eu l'honneur de plusieurs commandements comme celui du Montréal en 45 et 46 en l’absence de Mr. de Maisonneufve, et même celui de tout le pays pendant quatre années ; trois desquelles étaient par commission du roi et la quatrième après quelque intervalle, pour suppléer et remplir la place de Mr. d'Argenson lequel ne vint pas en ce pays-là, première année de la commission ; sa mort fut fort chrétienne comme avait été sa vie, nous n'avons rien qu’elle nous oblige de dire en particulier si ce n’est que que nous avons oublié d'exprimer touchant sa personne lorsqu'il vint dans ce pays, qui est sa vocation pour le Montréal laquelle fut de la sorte. Deux ans durant, il fut pressé par des mouvements intérieurs à passer dans la Nouvelle-France, mais madame sa femme qui trouvait la proposition de ce trajet si éloignée de son esprit qu’elle ne pouvait en entendre la moindre parole sans le tenir pour extrèémement ridicule, surtout à cause qu’elle était toujours malade. Cependant le directeur de Mr. d’Aillebout ne rebutait point la pensée qu'il en avait, conduisait aussi madame sa femme et lui en parlait parfois, ce qui lui faisait beaucoup de peine, disant que c'était une chose mème à ne pas penser dans l’état où elle était, son Directeur lui dit que si Dieu le voulait, il la mettrait en état de le faire ; ce qu’il fit bientôt après, la guérissant lorsqu'elle croyait bientôt aller mourir, ce qui se fit si promptement et d’une maniere si extraordinaire qu'elle et tous ses amis, ne doutèrent point que ce fut une faveur singulière du ciel; mais après tout, elle n'avait pas envie de passer la mer sans qu’à la fin Dieu la changea par une réflexion qu'elle fit à ce propos, disant si mon mari y est appelé, j'y suis appelé aussi, parcequ’étant sa femme je le dois suivre. Cette pensée la fit aller trouver son mari et Le père Marnard, le directeur de l'un et de l’autre ; cet homme, joyeux de voir le tout résolu aux désirs de Mr. d’Aillebout ies fit voir au père Charles Lallemand qui ne jugeant pas à propos de les envoyer comme particuliers, leur procura l'union avec Messieurs du Montréal en la compagnie desquels ils furent reçus avec beaucoup de joie, et peu de temps après, ils partirent pour venir ici: à leur départ, ils entendirent la messe de Mr. Gauffre qui y devait venir évêque, fondant l'évêché de son propre bien, mais la mort l’a donné au cielen privant ce lieu du bonheur de posséder un aussi grand homme. Je n’aiplus rien à remarquer sur cette année-ci, ce n’est la mort de Mr. de la Doversière qui décéda peu après avoir mis nos bonnes hospitalières sur la mer ; apparamment Dieu l’avait conservé jusqu'à ce temps là pour lui laisser les moyens de coopérer à cet ouvragg qu’autant

qu'on peut juger naturellement, ne se fu. jamais fait s’il eut été mort auparavant, étant vrai qu'on a jamais pensé à elles, que par son mouvement ; il est bien admirable de voir le principal auteur d'une telle entreprise être prêt à mourir, être accablé de maladie, condamné par les médecins à n’en pas relever et néanmoins être trois jours après en Campagne lorsqu'ils'agit d'exécuter ces desseins et d'amener ces religieuses de la Flèche à La Rochelle comme nous vimes l'an dernier, et après cette œuvre faite, de voir mourir cet homme incontinent, tout cela me parait bien digne de remarque.

DE L'AUTOMNE 10600 JUSQU'A L'AUTOMNE 1661 AU DEPART DES VAISSEAUX DU CANADA.

Les Iroquois restèrent dans leur frayeur à case du combat de Daulac jusque bien avant dans l'hiver, mais ayant repris leurs esprits avec le commencement de l'année 1661, ils nous vinrent donner de tres-mauvaises étrennes, car dans le mois de janvier, février et mars, ils nous tuèrent ou prireut 13 hommes tout d’un coup, et en mars et tout d'un coupencore, et nous tuèrent 4 hommes et nous firent 6 prisouniers ; en février il n’y eut quasi de combat d'autant que nos gens étaient sans armes, mais en mars, le combat fut assez chaud ; il est vrai que les Iroquois qui étaient bien 260 avaient un tel avantage au commencement, à cause qu'ils étaient plus de vingt contre un, que nous pensâmes perdre tous ceux qui étaient au travail du côté attaqué, mais enfin la généreuse défense de nos gens ayant donné le loisir aux autres de les aller secourir et de sauver ceux dont ils n'étaient pas encore les maitres ce qu'ils avaient de plus fâcheux pour ceux qu'ils emmenaient, c'était que le nommé Beaudouin l'un d'entre eux se voyant entouré par une multitude de ces barbares sans se pouvoir sauver, il cl ‘un des principaux capitaines de tous les [roquois et le tua de son cou] de fusil, ce qui menaçait tous les captifs de tourments très horribles, surtout à cause que ce capitaine avait le renom de ne pouvoir point mourir, Mais Dieu exauça les vœux de nos captifs et les délivra la plupart de leurs mains comme nous verrons dans la suite, au reste dans le secours que les Françias donnèrent en cette occasion, un vieillard nommé Mr, Pierre Gadois, premier habitant de celieu,se fit fort remarqueret donna bon exemple à tout le monde, on dit que cet homme tout cassé qu'il était faisait le coup de fusil contre les [roquois avec la mème vigueur et activité que s’il n'eut que 26 ans,sans que qui que ce fut l'en putempècher,ce que j'ai omis de remarquable en l'affaire du mois de février, c’est le courage de

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la femme de feu Mr, Daulac, laquelle voyant que nos gens se sau. vaient tant qu'ils pouvaient à cause qu'ils n'avaient plus rien pour se défendre, hormis Mr. Lemoine qui avait un pistolet, ca cun se fiant à ce que les ennemis ne venaient point en ce tempslà, et voyant qu'il n'y avait aucun homme chez elle pour les aller secourir, prit elle-même une charge de fusils sur ses épaules, et sans craindre une nuée d'Iroquois qu'elle voyait inonder de toutes parts jusqu'à sa maison ; elle courut au devant de nos Français qui étaient poursuivis et surtout au devant de Mr, Lemoine qui avait quasi les ennemis sur les épaules et prêts à le saisir ; étant arrivée, elle lui remit ses armes, ce qui fortifia merveilleusement tous nos Francais et retint les ennemis, il est vrai que si ces armes eussent été plus en état, on eut pu faire quelque chose davan tage, mais toujours cette amazone méritent elle bien des louanges d'avoir été si généreuse à secourir les siens et à leur donner un moyen pour attendre une plus grande résistance, On ne saurait exprimer les afflictions que causèrent ici les pertes que nous fimes en ces deux occasions vu ces bons et braves soldats qui y élaient enveloppés, mais Dieu qui n'afilige les corps que pour le plus grand besoin des âmes, se servait me -veilleusement bien de toutes ces disgrâces et frayeur pour tenir ici un chacun dans son devoir à l'égard de l'éternité, le vice était alors quasi inconnu ici et la religion y fleurissait de toutes parts bien d'une autre manière qu'elle ne fait pas aujourd'hui dans le temps de la paix. Mais passons outre et venons au mois d'aout où il veut plusieurs attaques, l'une desquelles entr’autres fut très-désavantageuse à ce lieu pour la perte qu'il y fit d'un bon prêtre qui y rendait très-utilement ses services depuis deux ans que le Séminaire de St. Sulpice l'y avait envoyé. Cet ecclésiastique nommé Mr. Lemaitre avait de forts beanx talents que pour l'amour de Dieuilétait venn ensevelir dans ce lieu ici, bénéficiant de ce droit de sépulture que Mr. Ollier avait acquis à son séminaire dès l’année 1640 ; comme nous avon: remarqué, notre Seigneur le fit jouir ici deux ans des doux entretiens de la sainte solitude, après lesquels il lappela à lui du milieu de son désert, permettant que les Froquois lui coupassent la tête le même jour où Hérode la fit trancher à ce célèbre habitant des déserts de la Judée, St. Jean Baptiste, ce qui arriva de la sorte, Mr, Lemaitre ayant dit la messe et entrant comme il est à présumer de sa piété et ainsi que la fête l’exigeait, dans les désirs de sacrifier sa tête pour dJ. CO. comme son saint précurseur, il s'achemina vers le lieu de St. Gabriel, où étant entré dans un champ avec L& ou 15 ouvriers lesquels + allaient tourner du blé mouillé, ces braves gens se mirent à travailler chacun de son côté et lais-

sèrent leurs armes dispersées imprudemment en plusieurs endroits, tandis que Mr. Lemaitre auquel ils avaient dit qu'assurément il y avait des ennemis proches à cause de quelque chose qu'ils avaient remarqué, regardait de parts et d’autres dans les buissons afin de voir s’il n’y en avait pas quelques uns, or recherchant de la soïte, il s'avança sans y penser jusque dans une embuscade d'Iroquois, alors ces misérables, se voyant découverts, ils se levèrent tout d’un coup, firent leurs huées et voulurent courir sur nos gens, ce que ce bon père voyant, au lieu de prendre la fuite, il résolut à l'instant de les empêcher de joindre s'il pouvait nos Français avant qu'ils eussent le loisir de prendre leurs armes qui étaient de côté et d'autre, pour cela, il prit un coutelas avec lequel il se jeta entre nos gens et ces barbares et s'en couvrant comme d’un espadron, il cria à nos Français qu'ils prissent bon courage et se missent en état de garantir leur vie ; les Iroquois voyant ce prêtre leur boucher ce passage et leur faire obstacle au cruel dessein qu'ils avaient, de dépit, ils le tuèrent à coups de fusil, non pas qu’ils eussent aucune crainte d'en être blessé, parce qu'il ne se mettait pas en devoir d’en blesser aucun, mais parce qu'ils ne pouvaient pas l’approcher pour le prendre vivant et qu'il donnait du courage à nos Français pour se mettre en état de se défendre et de là se retirer en bon ordre vers la maison de St. Gabriel. Il est vrai qu'après l'avoir mis à mort ils en eurent un sensible regret et que leur capitaine qui fut celui qui fit le coup en fut fort blâmé des siens, lesquels lui disaient qu’il avait fait un beau coup, qu'il avait tué celui qui les nourrissait lorsqu'ils venaient au Montréal ; ce qu'ils disaient avec raison parceque Mr. Lemaître était économe de cette communauté et avait une singulière inclination de travailler au salut de ces aveugles dont il tâchait d'apprendre la langue ; c’est pourquoi il avait des entrailles de père pour eux etne leur épargnait rien, mais enfin voilà comme ils le payerent, salaire qui fut bien avantageux à son âme puisqu'il lui donna l’entière liberté. Ce bon prètre étant mort, nos Français ayant eu le loisir de se mettre en état, se retirèerent en bon ordre, hormis un qui y perdit la vie de ce monde pour en avoir une meilleure en l'autre comme sa grande vertu l'a donné à présumer. On dit une chose bien extraordinaire de Mr. Lemaitre qui est que le sauvage qui à coupé sa tète l'ayant enveloppée dans son mouchoir, ce linge reçut tellement bien l’impression de son visage que l’image en était parfaitement gravée dessus et que voyant le mouchoir, on reconnaissait Mr. Lemaître ; Lavigne, ancien habitant de ce lieu, homme des plus résolus, comme cette relation l’a remarqué et qui ne paraît pas chimérique, m'a dit avoir vu le

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mouchoir imprimé comme je viens de le dire, étant prisonnier chez les Iroquois, lorsque ces malheureux y vinrent après avoir fait ce méchant coup, et il assure que le capitaine de ce parti ayant tiré le mouchoir de M. Lemaître à son arrivée, il se mit à crier sur lui de la sorte, ayant reconnu ce visage, Ah! malheureux, tu as tué Daouandio(c’'est le nom qu'ils lui donnaient),car je vois sa face sur son mouchoir !” Alors ces sauvages ressérèrent ce linge, sans que jamais depuis, ils l’'aient voulu le montrer ni donner à personne, pas même au Révd. P. Lemoine qui, sachant la chose, fit tout son possible pour l'avoir ; ilest vrai que quand ces gens-là estiment quelque chose, il n’est pas aisé de l'obtenir ; je ne sais pas si c’est pour cela que cet homme était si réservé, ou bien si c'était pas la honte qu'il avait d'avoir fait ce méchant coup en tuant ce prêtre, car ce missionnaire était si aimé de cette nation qu'il en recevait des avanies publiques et qu’on ne le voulait pas regarder, et qui fit mème que de la honte qu'il en avait, il quitta, à ce qu'on dit, les cabanes pour n'y revenir de quelque temps ; quoiqu'il en soit de cette merveille, je vous en ai rapporté le fondement afin que vous en croyiez ce qu'il vous plaira ; je vous dirai qu’on m'a rapporté bien d'autres choses assez extraordinaires à l'égard de la même personne, dont une partie était comme les pronostiques de ce qu’il leur devait arriver un Jour et l’autre, regardant l’état de ces choses présentes et celui dans lequel apparemment toutes les choses seront bientôt. Ce Monsieur a parlé dans sa vie avec assez d'ouverture de tout ceci àune religieuse et à quelques autres personnes, pour m'’autoriser, si j'en voulais dire quelque chose, mais je laisse le tout entre les mains de celui qui est le maître des temps et des saisons et qui en réserve la connaissance ou bien la donne à qui bon lui semble. Finissons ce chapitre et ce qui regarde la guerre pour cette année, parlons des nouvelles que la France nous y donna, surtout disons un petit mot de Montréal, au sujet de M. l'abbé de Quélus qui y arriva environ le temps de la mort de M. Lemaitre ; aussi bien encore qu'il n'y ait paru cette fois que comme un éclair; il y a trop de choses à en dire pour s’en taire tout à fait, je ne veux pas néanmoins pour cela en grossir par trop notre volume, parce que cela nous donnerait trop de peine et ne laisserait pas au lecteur la maitrise d'exercer ses pensées ; ce qui étant, je me contenterai de dire que M. l'abbé de Quélus venant de Rome avait passé ici à l'italienne incognito, mais qu’on jugea qu’il ne devait pas se servir des maximes étrangères, qu'il était plus convenable à une personne de sa qualité et vertu de faire le trajet à la française; c'est pourquoi on l’obligea de repasser la mer cette même année, afin de revenir par après au su de tout le monde, avec plus de splendeur, à la mode de l’ancienne France, comme il l’a fait depuis.

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