‹ Histoire du Montréal, 1640-1672 [microforme]Chapitre 24 sur 27 · SE · texte numérisé non relu

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dans l'histoire du Montréal que je décris. Passons à l’arrivée des

vaisseaux laquelle amène une digne gouvernante au Montréal en

la personne de Madame Perrot, à la louange de laquelle nous dirons beaucoup sans nous écarter de ce qui lui est dû, quand nous dirons qu'elle se fait voir en sa manière d’agir pour nièce de M. de Tallon, l’Intendant de ce pays et son oncle. Il n’est pas aisé de juger quelle fut la joie de M. Perrot son mari et celle d’un chacun en ce lieu, quand on y eut les premières nouvelles de son arrivée, ma plume est trop faible pour le pouvoir exprimer, j'aime mieux le laisser à penser à chacun et venir au plus facheux point que nous ayons de cette année qui futla mort de M. Gallinier, très-digne prètre dont la mémoire est dans une singulière vénération, surtout parmi ses confrères qui soupirent après la bonne odeur de ses vertus. Il est mort de la mort de son lit; mais auparavant pour secourir le prochain et iui donner ses assistances spirituelles, il a exposé sa vie toutes les fois qu'il y eut ici des alarmes l’espace de 14 ou 15 années, sans se soucier de toutes les cruautés que les Iroquois auraient exercées sur lui, ne demandant pas mieux que de périr dans ses charitables emplois ; nous ajouterons à la perte de ce laborieux soldat de J. C. le départ de M. l'abbé de Quélus rappelé en France pour ses affaires domestiques et de deux autres ecclésiastiques de ce lieu, l’un appelé M. Dalbecq, qui est auprès de M. l'abbé de Quélus, l’autre nommé M. de Galli-

née dont nous avons parlé ci-devant.

DE L'ANNÉE 1671 JUSQU'A L'AUTOMNE 1672, AU DÉPART DES VAISSEAUX DU CANADA.

La précipitation avec laquelle je suis obligé de conclure cette histoire ne me permet pas de dire tout ce qui s’est passé en cette année où d’ailleurs je m'étais résolu de passer sous silence plu sieurs choses que la prudence ne permet pas à la vérité dénoncer; ce qui fait que je me contenterai seulement de quelques réflections pour finir agréablement cette relation en laquelle je joindrai un petit abrégé de celle de Quenté, à cause que ce sont les ecclésiastiques de ce lieu qui desservent cette mission. Première réflection ‘nr l'avantage que les femmes ont en ce lieu par dessus les hommes, qui est encore que les froids soient fort sains pour l’un et pour l’autre sexe, qu'il l'est incomparablement davantage pour le féminin, lequel s’y trouve quasi immortel,c’est ce que tout le monde a remarqué depuis la naissance de cette habitation et que moi-même j'ai remarqué depuis six ans, car encore qu’il y ait ici bien 14 ou

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15 cents âmes, il n’y est mort qu'une seule femme depuis les six années dernières, encore peut-être ce lieu eut-il gardé ses priviléges à l'égard de cette vieille caduque si le siége de La Rochelle où elle avait été renfermée n'eut imprimé quelques facheuses dispositions et qualités dans son corps cacochime, qui ont donné à la mort une entrée que les avantages de ce pays pour l'immortalité des femmes ne lui aurait point accordé. La seconde réflection sera la facilité que les personnes de ce sexe ont à se marier ici, ce qui est apparent et clair à tout le monde par ce qui s'y pratique chaque année, mais qui se fera admirablement voir par un exemple que je vais rapporter qui sera assez rare, c'est d'une femme laquelle ayant perdu cette année son mari a eu un banc publié, dispensé des deux autres, son mariage fait et consommé avant que son premier mari fut enterré. Ces deux réflections à mon avis sont assez fortes pour faire déserter la pitié et une bonne partie des filles de tous les hôpitaux de Paris, si peu qu’elles aient envie de vivre longtemps ou de dévotion au 7e sacrement. [La troisiè

me réflection sera un célèbre prisonnier que nous avons eu cette année, lequel s’est sauvé dix ou douze fois, tant ici qu’à Québec et ailleurs, dans lesquels endroits, les serruriers ont perdu leur crédit à son égard, les charpentiers et maçons y sont entré en confusion, les menottes lui étaient des mitaines, les fers aux pieds des chaussons et le carcan une cravate ; qu’on lui fasse des ouvrages de charpente propres a enfermer un prisonnier d'Etat, il en sort aussi aisément qu’un moineau de sa cage lorsque la porte en estouverte ;

il trouvait si bien le faible d’une maison, qu'’enfin il n’y a point de murailles à son épreuve, il tirait les pierres aussi facilement des murailles que si les maçons y avaient oublié le ciment et leur industrie, bref, il s’est laissé reprendre plusieurs fois comme s’il avait voulu insulter tous ceux qui voulaient se mêler de le garder,

une fois devant trois hommes qui l'avaient pris, lié, garotté, les mains derrière le dos, il se délia sans qu'aucun des trois hommes s’en aperçut, encore que celui qui l'avait flié ut un sergent lequel avait été prisonnier en Barbarie qui se ventait savoir bien s’assurer d’un esclave en pareil cas et qui m’a assuré n'avoir rien oublié

de sa science pour bien garotter celui-ci; bref cet athlète de la liberté a enfin si bien combattu pour elle qu’il semble s'être délivré une bonne fois pour toujours; aussi a-t-il fait un coup bien vigoureux en cette rencontre et on peut dire qu’il y a en quelque façon mérité sa liberté, car ayant été pris, il y a quelques mois et remis entre les mains de six ou sept hommes bien armés de chacun son

fusil, ces hommes ayant placé toutes leurs armes en un endroit pour jouer au pallot, leur prisonnier trouva à propos d’interrom-

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pre leur partie pour commencer la sienne, il sauta sur les fusils, les prit tous sous son esselle, comme autant de plumes provenues &e ces oisons bridés et avec un des fusils il coucha tous ces gens en joue, protestant qu’il tuerait le premier qui approcherait, ainsi reculant peu à peu en faisant face, il a pris congé de la compagnie et a emporté tous leurs fusils. Depuis ce temps, on ne l’a pu attraper et il est errant parmi les bois ; il pourra bien peut-être se faire chef de nos bandits et faire bien du désordre dans le pays quand il lui plaira de revenir du côté des Flamands, où on dit qu’il est allé avec un autre scélérat et une femme Française, si perdue qu'on dit qu’elle a donné ou vendu de ses enfants aux sauvages.

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