CHAPITRE PREMIER L'église
Développement et action du principe d'association. — La Société évangélique de Lausanne et Yévangélisation du canton. — Activité des autres sociétés évangéliques. (Veveij, Aigle, Yverdon, etc.) — Société pour la sanctification du dimanche. — Agents dans le canton. — Modifications opérées dans l'œuvre de la société. — Les assemblées annuelles des diverses sociétés religieuses. — La jeunesse académique. — Les Oratoires. — Leur multiplication. — Tolérance et hostilité. — Dispositions religieuses du gouvernement vaudois. — Les mandements de jeûne. — Réaction graduelle. — Mort du pasteur L. Manuel ; du pasteur Ch. Rochat. — La littérature religieuse, de 1831 à 1840, dans le canton de Vaud. — Publications étrangères. — Publications vaudoises. (Vinet, A. Rochat.) — Nouvelle traduction des saintes Ecritures. (Version de Lausanne.)
Durant les années 1838 à 1840, l'église nationale du canton de Vaud est fortement agitée et même profondément troublée par la préparation et la promulgation d'une nouvelle loi ecclé-
siastique. A cette époque, l'attention générale est absorbée par les graves questions qui surgissent de toutes parts. La vie de l'église semble par moments se confondre tout entière avec les préoccupations, si légitimes du reste, que soulèvent les questions étudiées. Toutefois on se tromperait si l'on en concluait qu'en dehors de ces questions toute autre activité a cessé dans l'église. Il n'en est rien; le principe d'association, sur lequel antérieurement déjà se sont établies un grand nombre de sociétés religieuses, déploie de plus en plus ses effets ; le développement et l'action de ces sociétés est même le caractère distinctif du mouvement religieux en ces années d'agitations et de tâtonnements sur le terrain purement ecclésiastique.
Les sociétés évangèliques continuent leur oeuvre et étendent le cercle de leur activité. La société de Lausanne, en particulier, entre dans une voie nouvelle en entreprenant Yèvangélisation du canton par le moyen de réunions d'édification. Considérant qu'il existe des besoins que les pasteurs, même les plus fidèles, ne peuvent satisfaire, la société tente de suppléer à ce qui manque sur ce point, en envoyant de côtés et d'autres des évangélistes qualifiés. Ce sont d'abord les paroisses situées à une petite distance de Lausanne qui sont visitées par un ministre de l'Evangile, M. Benjamin Cuénod. Ce dernier rencontre dans son œuvre des facilités et des encouragements; les réunions qu'il préside sont fréquentées par un public nombreux1. Cette œuvre intéressante se poursuit donc, modestement sans doute, mais sans interruption ; elle continue là où elle a commencé; elle commence dans d'autres localités. Partout elle est approuvée et recommandée par les pasteurs qui assistent aux réunions. Dans quelques endroits a lieu un service régulier. Il est même question de réunions en plein air, par exemple à la tour de Gonrze, où l'on compte de 500 à 700 auditeurs. Mais
1 Troisième rapport de la Société ôvangélique de Lausanne, 31 juillet 1838.