‹ Histoire du movement religieux et ecclésiastique dans le canton de Vaud (volume 2)Chapitre 2 sur 173 · CHAPITRE L · texte numérisé non relu

CHAPITRE L

c'est surtout, paraît-il, dans la paroisse û'Apples et dans quelques villages des paroisses voisines, que celte œuvre d'évangélisation prend un développement de plus en plus intéressant. M. le ministre Cuénod y tient régulièrement ses assemblées, le second dimanche de chaque mois, dans la jolie chapelle du village de Réverolles, qui a été choisie de préférence au temple de Bussy où ces assemblées avaient d'abord eu lieu, à cause de sa position centrale entre les villages des environs. La chapelle, quoique assez vaste, se trouve trop petite pour le nombre des auditeurs. Des hommes de tout âge, des jeunes gens, les régents de la paroisse, des syndics viennent passer là l'après-midi du jour du repos. Les dissidents de la localité s'y rencontrent également. Aussi, à la vue de ce qui se passe, les amis de l'œuvre, encouragés et reconnaissants, s'écrient-ils : « Jusqu'à présent tout a été succès dans cette bonne entreprise *. »

• L'essai tenté par la Société évangélique de Lausanne était justifié par l'état religieux de notre pays. Assurément le réveil s'était étendu et il continuait à s'étendre. Mais en même temps on voyait s'accentuer toujours davantage l'opposition naturelle du cœur à la loi de l'Evangile, et l'hostilité originelle du peuple contre le réveil se manifester de nouveau à l'occasion de la refonte des lois ecclésiastiques. Ce n'était donc pas, comme le disait M. Scholl dans la réunion de la Société évangélique, le 6 août 1839, le moment de se relâcher dans l'œuvre de l'évangélisalion. « Si jamais, ajoutait ce pasteur, nous avions pu croire que l'Evangile était généralement connu, aimé, apprécié dans notre pays, cette illusion doit être dissipée, et les événements de cette année relativement à notre église doivent nous avoir ouvert les yeux 2. »

• Xarrateur religieux, N° 108, 21 janvier 1839.

* Quatrième rapport de la Société évangélique. 1839.

Malheureusement, les efforts de la Société évangélique ne devaient pas venir se briser seulement contre la barrière de l'hostilité incrédule ou de l'indifférence, ils devaient être entravés encore par l'amère critique et le blâme peu mesuré de bien des gens pieux qui, ne sachant pas discerner les signes du temps, voyaient dans cet essai d'une libre évangélisation une entreprise des plus téméraires et dont il n'y avait à attendre que des désordres et des scandales.

Une chose qui nuisit encore grandement à l'œuvre entreprise par la Société évangélique, ce fut la retraite de M. Cuénod, en avril 1840. Jusqu'alors cette œuvre s'était continuée ainsi qu'elle s'était faite précédemment et avec les mêmes effets. Mais M. Cuénod avait cru devoir travailler seul, et personne ne s'était offert pour le remplacer. Cette œuvre si importante se trouva ainsi suspendue. Elle ne devait être reprise que bien des années après et dans des conditions absolument différentes1.

De même que la société de Lausanne, les sociétés évangéliques de Vevey, Aigle, Yverdon, Sainte-Croix, etc., etc., poursuivent avec des succès plus ou moins grands leurs œuvres particulières, sans que, pendant cette nouvelle phase de leur existence, elles aient rien de saillant à enregistrer dans leurs annales. Elles semblent être vues de bon œil et jouir d'une faveur générale. Tout au moins peut-on signaler un grand concours d'auditeurs à leurs assemblées générales. Ces dernières attirent de nombreux députés, non-seulement des diverses sociétés religieuses du canton, mais encore de plusieurs cantons de la Suisse, de villes étrangères, et même de Paris.

La société de Vevey s'était à plus d'une reprise préoccupée

Cinquième rapport de la Société évangélique, 20 août 1840.

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