CHAPITRE V
La loi, heureusement, nous laisse une grande latitude à cet égard. En suivant le texte de ses dispositions, nul pasteur, ni ministre impositionnaire ne sont astreints d'assister aux classes (sauf assurément pour y rendre compte de leur ministère), ni d'accepter leur nomination comme membres du synode. Aussi chacun de ces corps peut-il délibérer, quel que soit le nombre de ses membres présents. D'après la loi encore, ne sont doyens, inspecteurs de paroisses, députés à la commission de consécration et membres de la commission ecclésiastique, que ceux qui, étant nommés, veulent bien accepter ces mandats. Un seul office est obligatoire (loi, art. 77) ; mais la classe est autorisée à recevoir les motifs d'excuse. D'autre part, si nous voulons savoir quelles sont les fonctions que la loi exige impérativement de nous, nous les trouvons énumérées à l'art. 30 précité, et nous n'y voyons rien de contraire au serment que nous avons prêté de remplir les devoirs qu'impose la qualité de ministre du saint Evangile. (Loi du 24 juin 1803.)
En conséquence, messieurs, nous pourrions dès ce moment prendre la résolution de ne point participer à l'action gouvernementale proprement dite, comme la loi nous y autorise, et de nous renfermer dans ce qui constitue essentiellement, selon la loi elle-même, nos fonctions pastorales. Mais désirant conserver toute notre liberté, et prouver en même temps le désir qui nous anime de ne faire aucune démarche précipitée, et dont l'église puisse souffrir, nous nous bornons, messieurs, à vous prévenir que nous profiterons de la latitude que la loi nous accorde pour nous abstenir de tout acte qui serait en contradiction manifeste avec la déclaration de principe par laquelle nous avons commencé, ou qui ne se légitimerait pas à nos yeux par des considérations plus élevées encore, s'il se peut, que ces principes.
Nous espérons, messieurs, que notre démarche actuelle ne vous causera ni étonnement ni sentiments pénibles. Nous avons franchement accepté les articles 9, 10 et 95 de la constitution, persuadés qu'ils ouvraient une ère de liberté pour l'église nationale, et qu'ils assuraient dans son sein la libre profession des principes évangéliques. Vous-mêmes, messieurs, vous partageâtes une fois cette pensée. En conséquence, vous comprendrez nos scrupules, et vous sentirez que notre conduite se justifie par des autorités supérieures à la loi; nous voulons dire nos convictions religieuses, et le serment que nous avons prêté soit à l'Evangile soit à la constitution.
Nous demandons à Dieu que le jour vienne où nous puissions coopérer
sans réserve à la direction générale de l'église, comme nous lui demandons aussi d'augmenter notre affection pour nos paroisses, et notre zèle pour tout ce qui appartient à nos fonctions pastorales proprement dites. Enfin, messieurs, c'est du fond du cœur que nous lui demandons de répandre sur vous et sur vos conseils ses plus précieuses bénédictions.
Agréez, monsieur le président et messieurs, l'assurance de notre profond respect.