CHAPITRE V
Morges, 19 novembre 1840.
A monsieur le président du conseil d'état. Monsieur,
Sous date du 2 de ce mois, j'ai signé, de concert avec quelques-uns de mes collègues dans le ministère, une déclaration de principes au sujet de la loi ecclésiastique du 14 décembre 1839.
Quoique cet écrit ne renferme rien à quoi je n'aie pu adhérer, je trouve pourtant, après réflexion, qu'il ne s'exprime pas d'une manière assez catégorique pour l'entière décharge de ma conscience, et qu'après avoir été honoré de la confiance du conseil d'état, à l'origine de cette affaire, j'ai à lui exprimer d'une manière plus explicite mon sentiment actuel.
Je dois avant tout, monsieur le président, reconnaître un tort dont je me suis rendu coupable envers le conseil d'état, en ma qualité de membre de la commission législative. Le projet de loi sorti des travaux de cette commission, accordait au grand conseil et au conseil d'état, en matière spirituelle, plus d'autorité qu'il ne me semblait nécessaire et légitime. Cette autorité était bien inférieure à celle que leur attribue la nouvelle loi, mais encore elle s'étendait à trop d'objets. Elle avait des contre-poids qui n'existent pas dans la loi du 14 décembre1, mais toujours est-il que l'église était placée sous une sorte de tutelle quant à la doctrine. Moimême j'avais dévié aux vrais principes sur deux points et je le crois à présent, sans nécessité réelle; mais enfin, je me bornais à ces deux pointslà*. Toutefois j'aurais dû faire minorité dans la commission quant au reste qui était le plus important3, et ainsi que j'en eus d'abord l'intention. C'est le tort dont je m'accuse. J'eusse été de la sorte conduit à exposer au conseil d'état les motifs de haute politique et de christianisme tout a la fois qui interdisent à l'état de s'ingérer dans le spirituel de l'église. Je n'ai pas la prétention de croire que j'eusse empêché ce qui est arrivé; mais j'aurais mieux rempli mon devoir envers la vérité d'abord, puis envers des magistrats qui avaient daigné me demander ma part de conseils.
Aujourd'hui, monsieur le président, quoique dans une position bien 1 La confession de foi et le synode mixte.
* La sanction du grand conseil était réservée pour l'adoption des livres religieux à introduire dans les écoles et pour l'institution ou la suppression d'un jour de fête religieuse.
1 Formulaire de doctrine, catéchisme et liturgie.