CHAPITRE II
l'instruction publique, le conseil d'état décida qu'on demanderait un nouveau provisoire de six ans. La décision du gouvernement était tout à fait conforme aux vues du comité de l'école. Ce dernier avait présenté, le 30 avril 1835, au département de l'intérieur, un rapport qui ressemblait fort à une apologie, mais non sans raison, disait le comité, puisque certaines personnes ne s'expliquaient pas la marche de l'école et la croyaient stationnaire. Le rapport envisageait en premier lieu V école normale en elle-même. Elle est, disait-il, dans un état de prospérité. Le développement intellectuel des élèves, objet que le comité a essentiellement en vue, est très remarquable. Leur instruction n'a point été négligée et, sous le rapport moral, on a peu de sujets de mécontentement. Le rapport, envisageant en second lieu Y école normale devant le conseil de Vinstruclion publique, faisait remarquer que cette école n'ayant pas encore deux ans d'existence, les résultats ne pouvaient être très saillants. Cependant des succès positifs avaient été obtenus (brevets de capacité, examens, etc.), quoique le conseil eût été sévère et que les examens pour le brevet eussent été difficiles. En troisième lieu, le rapport se demandait ce qu'avait été Vécole normale à l'égard du pays, et il montrait le mouvement considérable imprimé aux esprits des instituteurs de toutes les parties du canton, l'activité toute particulière déployée par eux et la propagation de connaissances solides. L'école normale, ainsi s'exprimait le rapport, n'a pas été infidèle à son mandat. Les régents qui en sont sortis ont montré dans leurs écoles des aptitudes particulières (ordre et distribution du travail, principes éducateurs et méthodes d'enseignement, etc.).
Le rapport que nous venons d'analyser sommairement, et qui était dû à la plume de M. Monnard, président du comité de
l'école, fut communiqué au grand conseil dans sa session du printemps de 1835. Le 12 juin, une commission, présidée par M. A. Forel, présentait au conseil son rapport sur le projet de décret relatif à une allocation de 16000 francs (de Suisse), par année, pendant six ans, pour favoriser l'enseignement primaire. Les membres de la commission, « convaincus de la nécessité d'une école normale, pierre angulaire de tout l'édifice de l'instruction publique, témoins des heureux effets de l'école actuelle, n'avaient tous qu'un seul et même désir, celui de satisfaire un des premiers besoins de la patrie, de consolider ce qui existait, en y apportant successivement les améliorations qu'indiquait l'expérience. » Cependant la commission ne proposait encore qu'une mesure provisoire, mais trois années de cours au lieu de deux. Elle s'était également occupée de l'éducation des jeunes filles et signalait vivement la grande et fâcheuse lacune qui existait sur ce point dans l'éducation nationale.
Le projet de décret présenté par le conseil d'état fut amendé par le grand conseil dans ce sens que la somme allouée fut portée à 18000 fr. (soit 20 000 de France). Voici ce projet :