‹ Histoire du movement religieux et ecclésiastique dans le canton de Vaud (volume 2)Chapitre 14 sur 173 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

par année, pour être appliquée pendant deux ans au perfectionnement des régents et à l'éducation des élèves régents. Ce décret fut voté dans un religieux silence, comme si la mesure proposée était le résultat d'une vérité universellement reconnue et contre laquelle il ne pouvait raisonnablement s'élever aucune objection *. Le 19 février de l'année suivante (1833), un nouveau décret du conseil d'état instituait à Lausanne une n oir, normale provisoire, et peu de temps après le conseil nommait un comité de trois membres pour surveiller cette école. Le comité était composé de MM. André Gindroz, professeur, président; Muret-TalHchet, docteur en droit, remplacé plus lard par M. le professeur Van Muydcn, et Porta, ministre, régent au collège.

L'arrêté du conseil d'état portait qu'un directeur serait placé à la tête de l'école, et, sur le préavis du comité, le conseil appela à ce poste important M. Gauthey, alors pasteur à Lignerolles. Six maîtres, chargés des diverses parties de renseignement qui ne rentraient pas dans la tâche du directeur, furent bientôt adjoints à ce dernier et l'école s'ouvrit le 1er septembre 1833. Quarante et un régents s'étaient rendus à Lausanne pour profiter du premier cours dont la durée était fixée à deux mois.

Les circonstances au milieu desquelles s'ouvrait la nouvelle école semblaient bien peu favorables. Les esprits étaient encore tout préoccupés des troubles dont Yevey venait d'être le théâtre, et l'on pouvait craindre que le nom de M. Ganlhey n'éveillât des préventions contre l'établissement qu'il allait diriger. En effet, cet homme, si propre à remplir la charge que le conseil d'état venait de lui confier, était connu comme l'un des membres les plus vivants, les plus actifs du jeune clergé. S'il

1 De l'école normale du canton de Vaud, par L.-F.-F. Gauthey, directeur de cet établissement. Lausanne, 1839.

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avait embrassé la cause de ce dernier, c'est qu'il avait senti vivement le besoin de revenir aux principes fondamentaux de l'Evangile, voilés par le semi-pélagianisme de l'époque. M. Gauthey avait été encore l'un des principaux collaborateurs du journal fondé en 1831 par M. L. Burnier, dans le but de plaider la cause de la liberté des cultes. Mais le pasteur de Lignerolles s'était aussi occupé et sérieusement des questions relatives à l'instruction primaire dans le canton de Vaud. Il avait adressé à la commission chargée du soin de réorganiser l'instruction populaire un mémoire qui avait été couronné, et dont les conclusions avaient été adoptées dans ce qu'elles avaient d'essentiel. Il était donc naturel que l'autorité compétente jetât les yeux sur un homme que tout recommandait et qui ne devait point tromper la confiance dont il serait l'objet1.

A peine l'école était-elle constituée que M. Gindroz dut, pour des raisons de santé, renoncer à la présidence du comité. Cette perte fut vivement sentie ; c'était en effet M. Gindroz qui avait surtout provoqué la fondation de l'école normale ; c'était lui qui en avait conçu le plan et qui l'avait organisée. Heureusement, le conseil d'état nomma pour le remplacer un homme également populaire, et qui, alliant à des vues larges un dévouement éprouvé, était propre à donner un cachet national à l'œuvre de la nouvelle école. Cet homme était M. le professeur Monnard.

L'école normale n'avait été instituée que pour deux ans, et ces deux ans allaient expirer. Sur la proposition du conseil de

• Louis-François-Frédéric Gauthey était né en 1795, à Grandson. Sa première paroisse fut Yverdon, où déjà sa douceur, son onction, son talent comme prédicateur, le don qu'il possédait de toucher les consciences sans blesser de légitimes susceptibilités, le firent hautement apprécier. Il fut, pendant treize ans, chargé de la direction de l'école normale à Lausanne. Pendant dix-huit ans, à partir de 1846, il dirigea l'école de Courbevoie, près Paris. C'est là qu'il est mort, en 1864.

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