CHAPITRE V
tique le droit d'imposer à l'église nationale les livres religieux cjui doivent servir de règle à son enseignement et à son culte.
Nous gémissons à la pensée qu'on ait ainsi voulu établir par le fait, et contrairement à la Parole de Dieu, l'état chef et dominateur de la doctrine de l'église, à la place de son unique et légitime chef Jésus- Christ.
Par cet état de choses on a confondu ce que la constitution avait sagement séparé, l'état et l'église. Et celle-ci qui devait au milieu de nos institutions libérales jouir aussi, comme étant la plus importante, d'une sage liberté, a été asservie dans ce qu'elle a de plus précieux par la nouvelle loi, l'unité et la pureté de notre très sainte foi biblique, évaugelique, réformée, ayant été livrée à l'arbitraire du gouvernement civil.
Par conséquent les membres de l'église nationale qui ont manifeste tant de fois et si hautement leur volonté à l'époque de la constituante, et qui avaient obtenu pour garantie de leurs vœux l'article 9 de la constitution, ont été atteints, par la violation de cet article, dans leurs droits les plus sacrés et les plus précieux.
En partant de ces faits, nous croyons, messieurs, que nous serions infidèles à notre ministère dans l'église nationale de notre patrie, si nous laissions imprudemment s'établir un tel état de choses, sans faire, dès aujourd'hui, auprès du grand conseil, une démarche solennelle pour nous y opposer selon la mesure de nos droits constitutionnels.
En conséquence, au nom de la Parole de Dieu, au nom de la constitution, comme membres de l'église nationale et comme citoyens vaudois, nous avons l'honneur, monsieur le président et messieurs, de vous demander le retrait de la loi ecclésiastique du 14 décembre 1839.
Si nous n'envisagions que notre intérêt particulier, et la liberté que cette loi nous laisse pour le présent de remplir, selon notre serment, les fonctions du saint ministère dans notre église, nous aurions pu, sans doute, nous dispenser de faire auprès de vous une démarche dont nous préférerions pouvoir nous abstenir. Mais d'autres intérêts, ceux de la vérité de Dieu, et de l'église de Christ, nous pressent et ne uous laissent pas la liberté de rester muets devant les dangers qui menacent l'avenir religieux de notre patrie. Et vous vous attendez, sans doute, monsieur le président et messieurs, qu'aussi longtemps que les motifs impérieux qui ont dicté notre démarche pèseront sur notre conscience, nous agirons comme aujourd'hui, en réunissant nos efforts pour arriver, sous le regard de Dieu, paisiblement à notre but.
Or, ces motifs, nous en faisons en ce jour la déclaration au grand con-
seil, devant la nation et devant l'église, subsisteront pour nous aussi longtemps que la loi ecclésiastique du 14 décembre 1839 n'aura pas été rapportée, ou du moins si considérablement modifiée dans son principe, que la doctrine orthodoxe que nous possédions, comme un saint héritage de nos pères, savoir la vérité révélée de Dieu, telle qu'elle est en Jésus- Christ, ne soit plus en péril.
En vous priant, monsieur le président et messieurs, de bien vouloir accueillir favorablement notre requête et la franchise de notre démarche, nous avons l'honneur de vous offrir l'hommage de notre profond respect.
F. Vulliet, pasteur.
Sylvius Favre, pasteur.
A. Testez, ministre.
F. de Charrière, ministre.
H. Weibel, pasteur.
A. Muller, ministre.
J. Bonnard, ministre.
Nyon, le 30 octobre 1840.
F. Duvoisin, ministre.
A. de Mestral, ministre.