‹ Histoire du movement religieux et ecclésiastique dans le canton de Vaud (volume 2)Chapitre 58 sur 173 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

aux prises des hommes peu préparés à de pareils débats et que leurs divergences de vues compromettraient devant le pays. Mais c'est précisément cette éventualité, aussitôt entrevue par M. Druey, qui engagea ce dernier à appuyer chaudement la proposition de son collègue. Ennemi du clergé, le connaissant mieux que le clergé ne se connaissait lui-même, M. Druey était charmé de voir s'engager une discussion qui diviserait le corps pastoral. C'est ainsi que la délégation des classes fut décidée.

A la nouvelle qu'une grande commission ecclésiastique, une espèce de synode, serait appelée à discuter les projets de loi soumis à l'étude de conseil d'état, et bientôt aux délibérations du grand conseil; on se fit généralement d'étranges illusions. On parla de « cette mesure libérale qui venait s'ajouter aux preuves déjà nombreuses des excellentes intentions dont le gouvernement était animé; » on répéta que « le conseil d'état ne négligeait rien pour qu'une attention salutaire fût portée sur I importante affaire de l'organisation ecclésiastique, et pour que toute la lumière possible fût. répandue sur ce difficile sujet1.» La part faite, dans ces éloges, au libéralisme du conseil d'état, revenait essentiellement, nous l'avons dit, à. M. Jaquet ; mais le parti que représentait ce magistrat n'avait pas l'avenir pour lui ; il allait même assister bientôt à sa propre défaite. Dans cette lutte où le libéralisme ne triompherait pas, l'église allait être sacrifiée à la politique.

Cependant, on sentait aussi que la situation était grave. Jamais une aussi grande responsabilité n'avait pesé sur les actes du corps ecclésiastique. La réunion seule de ces représentants des quatre classes, réunion qui n'avait pas eu lieu officiellement depuis un siècle, constituait un événement des plus inarquants dans l'histoire de l'église vaudoise. L'entière

1 Conf. Narrateur religieux, N° 60, 22 février IS3S.

publicité des séances de la délégation, fait tout nouveau pour les assemblées ecclésiastiques, pouvait être un bien, mais elle était certainement une épreuve délicate. Les amis sincères du clergé et de l'église n'étaient donc pas sans éprouver quelque anxiété, et ils sentaient, il faut le dire, le besoin de beaucoup prier. Partout on se demandait quels seraient les résultats de cette réunion extraordinaire des représentants du clergé; les esprits étaient préoccupés, agités, dans l'attente. Les ministres impositionnaires, alors fort nombreux, pouvaient difficilement espérer qu'une place leur fût faite dans la délégation, bien qu'en droit ils dussent y prétendre. Ne voulant cependant point s'interdire à eux-mêmes toute participation légitime à la réorganisation projetée, ils se réunirent à deux reprises, les 42 et 19 février, à Lausanne, dans le but de s'éclairer sur quelques-uns des principes qui devaient présider à la future organisation ecclésiastique. Ils reconnurent entre autres que l'élément laïque devait être représenté dans le gouvernement de l'église.

Conformément aux décisions de l'autorité supérieure, c'était aux classes que revenait le soin de désigner ceux de leurs membres respectifs qui feraient partie de la délégation. La classe de Lausanne et Vevey, assemblée le 14 février dans cette dernière ville, choisit pour ses représentants: MM. Ler esche, pasteur et professeur, Gindroz, professeur, Vinet, professeur, Monneron, pasteur, V. Mellet, doyen, Grenier, diacre, Colomb, pasteur, Dufournet, professeur, S. Chappuis, Jules Chavannes et Ch.-Fr. Recordon, ministres.

Ce ne fut pas sans peine que la classe tomba d'accord dans le choix des hommes qui la représenteraient. Ce choix n'exigea pas moins de vingt-cinq tours de scrutin, et lorsque, selon

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