CHAPITRE II
l'invitation du conseil d'état, il s'agit de passer à la discussion des projets, on s'aperçut qu'on n'en avait plus le temps. La classe se borna donc à recommander à ceux de ses membres qui auraient des observations à présenter sur les projets de loi de les adresser à la délégation elle-même.
La classe d'Orbe et Yverdon, réunie dans la première de ces villes, entendit d'abord de la bouche de M. Bauly les explications que ce pasteur crut devoir lui fournir sur son rôle de constante minorité dans la commission législative. Après cela, elle passa au choix de ses délégués qui furent: MM. Bauty, Gauthey, Liardet, Germond, Vuitel, Mellet, de Concise, Correvon, Henri Thomas, de Bullet, Félix Chavannes et C-F. Yallotion.
Au printemps de 1837, cette même classe avait nommé une commission chargée de lui présenter des observations sur le projet de loi ecclésiastique. Composée de MM. le doyen Mellet, de Goumoëns; Liardet, ancien doyen ; Bauty ; Rochat, ancien doyen et Jaques, aîné, d'Oulens, cette commission s'était réunie le 26 décembre, à Yverdon, et lorsqu'elle se présenta devant la classe, ce fut simplement pour dire qu'elle n'avait pas voulu formuler d'observations sur le projet de la majorité, avant d'avoir pris connaissance du projet de la minorité. En conséquence, la classe décida de s'assembler de nouveau, le jeudi suivant, pour discuter les deux projets.
La réunion de la classe de Morges et Nyon, assemblée a Rolle, ne comptait que vingt-deux pasteurs sur trente-neuf. Son choix se porta en premier lieu sur un ministre imposilionnaire, M. Solomiac, principal à Morges ; puis elle nomma MM. Pache, doyen, Gindroz, doyen, L. Burnier, L. Leresche, Bolens, A. Curchod et Gaudard, pasteurs. Elle s'ajourna ensuite au 19 mars, pour présenter, s'il y avait lieu, au conseil d'état, des observations sur l'un et l'autre projet.
Quelques jours auparavant, les trois colloques composant cette classe s'étaient réunis exlraordinairement, ensuite d'une
convocation du doyen, pour s'occuper d'une préconsultation sur les deux questions suivantes : 1° Quels sont les inconvénients et les avantages que 'présentent lès deux projets d'organisation ecclésiastique présentés au conseil a" état, ou tout autre système intermédiaire? 2° Quelles qualités doivent avoir les députés que la classe aura à envoyer à la conférence centrale? Les entretiens auxquels se livrèrent les membres des colloques ne firent guère avancer la question d'église. Il est vrai que, à teneur de la circulaire du conseil d'étal, il ne s'agissait pas encore de résumer par une délibération officielle les observations des corps ecclésiastiques. D'ultérieures communications devaient être faites plus tard sur ce point par l'autorité \
La classe de Payerne et Moudon, après avoir nommé pour ses délégués : MM. Verrey, doyen, Morel, de Ressudens, Archinard, de Constantine, Golliez, de Montet, Fr. Leresche, de Dompierre, se livra à une discussion courte et sans autre résultat positif qu'un vote peu favorable an projet de la majorité.
Les trente-quatre représentants officiels du clergé vaudois étaient donc nommés. Dans quelques jours la délégation se réunirait ; elle entamerait la discussion des deux projets de loi soumis à son examen ; elle exposerait les vues et les principes du clergé sur la nouvelle organisation de l'église nationale. Moment décisif dans la vie de cette église ! Les membres de la délégation avaient-ils bien, avaient-ils au moins tous le sentiment net de la situation ? entrevoyaient-ils clairement la nature des ques tions qui s'imposaient à eux, qui exigeaient d'eux une solutio prompte et pratique? en un mot, étaient-ils préparés à l'œu vre que leurs collègues et l'autorité politique elle-même le chargeaient d'entreprendre et d'amener à bonne fin? C'est c que les pages qui suivent nous apprendront.
1 Narrateur religieux, N° 60, 22 février 1838; N° 61, 1er mars.
Le mardi 27 février, à dix heures et demie du matin, la délégation des classes se réunit pour la première fois, sous la présidence provisoire de M. More/, pasteur à Missy, son doyen d'âge. Après quelques mots destinés à rappeler la gravité des circonstances et la nécessité du secours de Dieu, le respectable président prononça une prière onctueuse et émouvante. Il donna ensuite lecture de la circulaire du conseil d'état et rassemblée procéda à la nomination de son bureau. Au premier tour de scrutin, II. le professeur Gùuiro: fut élu par 27 voix sur 33. En prenant possession du fauteuil, l'honorable président prononça ces quelques paroles graves et profondément senties :
« Messieurs et très honorés frères,
d J'éprouve une vive reconnaissance pour la confiance dont vous voulez bien m'honorer. J'ai occupé déjà quelques fois et longtemps ce fauteuil l, mais jamais, je puis le dire, je n'y suis monté avec un si profond sentiment de l'importance des objets dont il s'agirait que dans celte circonstance. Dans celle salle, messieurs, on a débattu de grands intérêts, de grandes questions, mais qui toutes se rapportaient au temps présent. Aujourd'hui une aulre part est offerte à nos délibérations. Il ne s'agit plus de questions civiles ou politiques, toujours par leur nature d'un ordre plus ou moins inférieur ; aujourd'hui, les intérêts du ciel, les intérêts de nos âmes doivent nous occuper. Aidez-moi, messieurs, de vos prières et de vos secours! Je me dévouerai tout entier à la tache que vous m'avez confiée, mais, sans le secours de Dieu, que pourrais-je?
> Messieurs, soyons vivement pénétrés de notre tâche, soyons
1 La délégation était réunie dans la salle du grand conseil, qui fut le lieu de ses séances.
graves, soyons dignes. Le pays a les yeux fixés sur nous. Les amis de la religion et ses ennemis (car elle en a encore), espèrent ; que ce soient les premiers dont les espérances soient réalisées, et qu'ils puissent bénir Dieu de la convocation de cette assemblée. Chacun de nous a été pénétré de la belle prière de notre doyen d'âge ; que maintenant encore nos vœux s'élèvent spontanément vers le Dieu qui a été invoqué. »
Après ce discours du président, MM. les impositionnaires Samuel Chappuis et Félix Chavannes furent nommés secrétaires.
M. Gindroz ayant eu l'heureuse idée de préparer d'avance un projet de règlement intérieur, ce règlementfut aussitôt communiqué à l'assemblée, discuté par elle et adopté après quelques modifications de détails. A teneur de l'article 1er, la délégation devait nommer une sous-commission de cinq membres, chargée de déterminer les articles des deux projets de loi sur lesquels porteraient les discussions de l'assemblée. Celte souscommission se trouva composée de MM. Gaulhey, rapporteur, Vinet, Liardet, Ler esche, professeur, et Burnier. La délégation était constituée, elle pouvait dorénavant se livrer tout entière à ses importants travaux, et c'est ce qu'elle fit dès le lendemain.
L'article 3 du projet de la majorité s'exprimait ainsi : « L'église nationale se compose de toutes les personnes domiciliées dans le canton qui appartiennent à la communion évangélique réformée, soit par le fait de leur naissance, soit par une admission postérieure et qui ne déclarent pas s'en retirer. » L'article 1er du projet de la minorité était conçu en ces termes : « L'église nationale évangélique réformée se compose de toutes les personnes domiciliées dans le canton, qui sont entrées dans l'église soit par le fait de leur naissance et de leur bap-