CHAPITRE I
A côté des sociétés évangéliques naissent d'autres sociétés qui s'imposent, non plus un programme varié et étendu, mais une œuvre spéciale à laquelle elles consacreront tout leur temps et tous leurs soins. Nous parlerons en premier lieu de la Société pour la sanctification du dimanche.
Déjà en 1832, dans les conférences ecclésiastiques de Vevey, il avait été question de fonder une société qui travaillerait à faire respecter et sanctifier le jour du repos1. Les conférences étant tombées, le projet était tombé avec elles. Mais, en 1834-, l'idée, qui n'avait point été abandonnée, fit de nouveau le sujet des discussions sérieuses de plusieurs ministres de Vevey et des environs. Le 1er avril de cette année-là, un certain nombre d'entre eux se réunirent dans le but de poser définitivement les bases de la société. Ils espéraient du moins pouvoir le faire. Mais, tous d'accord sur la nécessité d'une telle société, sur l'utilité de la sanctification, même simplement extérieure, du jour du repos, sur l'influence qu'elle peut avoir pour la prospérité et le développement religieux et moral d'un peuple, ces ministres se trouvèrent en complète divergence à l'égard d'un principe fondamental. Les uns, la minorité, admettant sur ce sujet les vues pratiques des chrétiens d'Angleterre et d'Amérique, voulaient que la société déclarât tout d'abord qu'elle était persuadée que la consécration du dimanche au repos religieux et au service du Seigneur était d'autorité divine: ils pensaient que ce n'était que sur cette base que la société pouvait s'établir et prospérer, cette déclaration n'étant d'ailleurs que l'expression de leur conviction profonde. Les autres, ne trouvant rien, disaient-ils, dans l'Evangile, qui pût les autoriser à une décla-
1 Revue chrétienne, 1832, pag. 176.
ration aussi formelle sur la question d'obligation du sabbat pour les chrétiens, ne pouvaient absolument pas faire cette concession de principes.
Cette divergence avait arrêté de prime abord la marche des délibérations, et les résolutions proposées le 1er avril à la réunion furent renvoyées à une commission qui devait chercher à les modifier de manière à ce qu'elles pussent se concilier avec les convictions de l'un et de l'autre parti1.
Voici maintenant les principes et les résolutions arrêtés dans la réunion du 1er avril et qui devaient être soumis à une assemblée convoquée dans le but exprès de fonder la société projetée.
La parole de Dieu nous enseigne que si tant de personnes refusent obstinément de se tourner du côté du Seigneur, c'est que le cœur de l'homme est mauvais et désespérément malin, et que ne voulant pas reconnaître et avouer la maladie qui le ronge, il ne va pas à Celui qui seul peut le guérir. De cette cause primitive et générale de tiédeur, d'incrédulité, de dépravation et de mort, découlent un grand nombre de manifestations irréligieuses, impies et funestes, aux progrès desquelles doivent s'opposer ceux qui désirent l'avancement du règne de Dieu, et, tout en les signalant, ils doivent chercher à répandre et à faire triompher les principes contraires.
Au nombre de ces manifestations est le mépris du jour du repos, mépris qui conduit à négliger les moyens de grâce que ce jour fournit en abondance, à le consacrer à la vanité, au lieu de le donner à Dieu, et à s'éloigner ainsi de plus en plus de Celui qui est la source et le centre de la vie de l'âme.
Que les hommes négligent leurs devoirs et ne sentent pas le prix des grâces de Dieu, cela est assurément bien triste et bien douloureux ; mais que ces grâces mêmes deviennent des moyens actifs de perdition, que des bienfaits signalés deviennent l'occasion même de témoigner l'ingratitude ; que le dimanche, ce jour de paix et de joie chrétiennes, ce jour auquel tant d'âmes peuvent rapporter l'origine de leur conversion, soit pour un grand nombre un jour distinct des autres seulement en ceci
1 Conf. Gazette évangélique, N° 15, 11 avril 1834. (Lettre de Ch. -F. Recordon.)