CHAPITRE L
cupent que peu ou point de leur instruction religieuse. Tout leur soin, lorsqu'ils font quelque chose à cet égard, consiste à leur dire d'apprendre leur catéchisme et à le leur faire réciter pour qu'ils soient prêts pour l'école ; peut-être, dans quelques cas, leur font-ils lire, le dimanche, quelque portion des saintes Ecritures, comme exercice de lecture ou comme acte de dévotion purement formaliste. Il est très rare que des parents, même bien intentionnés, sachent donuer à leurs enfants quelque explication de la Parole de Dieu, ou quelque exhortation basée sur des motifs évangéliques; ils n'ont en général aucune idée de l'usage pratique qu'ils doivent faire, quant à leurs enfants, des connaissances chrétiennes qu'ils peuvent avoir. Un très grand nombre de parents, l'immense majorité peut-être, n'ont d'autres vues pour leurs familles que leurs intérêts matériels et n'ont pas le plus faible sentiment de la nécessité de cultiver leurs âmes. D'autres, hélas! leur donnent l'exemple de toutes sortes de vices. Il en résulte que les secours religieux que nos enfants pourraient recevoir dans la maison paternelle se réduisent à très peu de chose, lorsqu'ils ne sont pas diamétralement opposés à ce que demanderaient leurs meilleurs intérêts, en sorte que le moyen qui pourrait être le plus efficace, qui pourrait atteindre l'enfant dès ses premières années et le saisir avec lumière et amour de toutes parts, l'action religieuse que ses parents devraient exercer sur lui, est ordinairement manqué, lorsqu'il n'est pas notoirement pernicieux.
Enfin, à l'âge de quatorze ans, les enfants commencent h recevoir
les instructions des pasteurs. Ils arrivent aux catéchismes, le plus souvent avec une grande ignorance des saintes Ecritures, du sens et des mots et des choses les plus élémentaires, avec une intelligence extrêmement bornée, un cœur léger et mondain, et, dans bien des cas, avec des habitudes vicieuses quelquefois déjà assez avancées.
— Il faut l'avouer avec douleur, une longue et triste expérience a démontré que notre jeunesse est, en général, très en arrière sous le rapport intellectuel et religieux, et que, par conséquent, nos institutions, quelques bonnes qu'elles soient en elles-mêmes, ne suffisent pas, dans notre état actuel, pour amener à cet égard un changement bien marqué. Il serait donc infiniment désirable de mettre en œuvre de nouveaux moyens d'action....
Entre autres moyens d'action, M. Chavannes recommandait l'essai d'écoles du dimanche sur le plan adopté en Angleterre et surtout aux Etats-Unis, comme élant ce qu'il y avait de plus
efficace, ce qui présentait le plus de garanties, ce qui était le plus propre à inspirer la confiance et à rassembler le plus grand nombre d'enfants *.
Le colloque, après avoir entendu la lecture de ce rapport, témoigna l'intérêt qu'il lui avait inspiré; il convint de porter ce sujet devant la classe à sa prochaine réunion à Lausanne, de demander la nomination d'une commission pour s'occuper de cet objet et de renvoyer à celle-ci le mémoire de M. Chavannes à titre de renseignement. C'est en effet ce qui eut lieu les 16 et 17 mai suivants, et la classe déféra aux vœux du colloque en nommant une commission composée de MM. Alex. Chavannes, Grenier, Yerrey, Ch. Hostache et Marquis, et en la chargeant de s'occuper de l'amélioration de l'instruction biblique de la jeunesse 2.
Dans la réunion de la classe, le 14 juin suivant, après une discussion provoquée par le rapport que M. Ch. Hostache avait rédigé, on décida qu'on ne s'occuperait pas pour le moment de la composition d'un catéchisme plus simple et surtout plus biblique que le catéchisme dit retouché, mais que les membres de la classe seraient instamment priés de mettre tous leurs soins aux catéchismes publics comme à tout ce qui avait pour objet l'enseignement religieux des enfants. La classe chargea la même commission de recueillir les diverses données propres à améliorer cette partie de l'instruction primaire et elle lui adjoignit un membre de chaque colloque, savoir MM. Dapples-de Molin, V. Mellet et Ch. Deloës. Les trois colloques devaient être convoqués pour s'occuper de cet objet, et le travail de chaque colloque devait être remis à la commission centrale qui ferait rapport à la prochaine assemblée de la classe3.
1 Rapport présenté au colloque de Vevey sur les écoles du dimanche, le 30 mars
2 Actes de la classe de Lausanne et Vevey, 1837.
3 Narrateur religieux, N° 26, 27 juin 1837.