CHAPITRE L
Le v2 juillet, dans la salle de l'Oratoire, à Vevey, eut lieu, sous la présidence de M. le ministre Ch.-Fr. Recordon, l'assemblée qui devait examiner ces principes et ces résolutions. Une discussion longue, animée et pourtant toujours fraternelle, s'engagea à la suite de la proposition que fit un frère qu'il fût fait mention de la conviction de l'assemblée à l'égard de la divine autorité du sabbat chrétien. Mais l'assemblée, à une grande majorité, demanda purement et simplement la suppression de toute exposition de principes. Elle adopta donc la résolution suivante : « La société emploiera tous les moyens à sa portée pour chercher à amener toutes les classes de notre peuple à observer religieusement le dimanche ; elle agira par la persuasion seulement, sans jamais recourir à aucun moyen de contrainte, i Les autres résolutions, plus ou moins amendées, furent généralement adoptées, ainsi que le règlement, modifié en quelques points relatifs à l'extension du champ de travail de la société et au nombre des membres du comité qui fut réduit de neuf à sept. La société une fois fondée, son comité se constitua ainsi: MM. Verrey, pasteur à Corsier, président; Bumier, avocat, vice-président; Rewje-Passel, négociant; caissier; Reeor<lon, Clt.-Fr., ministre, secrétaire; Rambert, instituteur, id ; Grenier, diacre à Monlreux; Dur, ministre. Dans la première séance, le comité s'adjoignit MM. Gaudard-Couvreu, municipal, et François Cochard, de Baugy.
Dans l'assemblée du 2 juillet, certains orateurs auraient voulu qu'on prêchât tout d'abord Vobservation extérieure du dimanche, la fréquentation du culte, l'abstention de tout ce qui est contraire à la sanctification de ce jour. Dans le cours de la discussion on employait indistinctement les mots d\)nanche et sabbat. On représentait lu sabbat chrétien comme le sabbat juif spiri-
tualisé. Mais M. S. Chappuis, suffragant à Montreux, s'opposait à ce qu'on fît du sabbat une loi formelle pour les chrétiens. Il disait que Y opinion qu'on avait du sabbat était an reste de notre première éducation. Néanmoins il estimait que l'œuvre proposée était non-seulement religieuse, mais éminemment patriotique. La profanation du dimanche était grande chez nous. Entre autres scandales, les huissiers n'annonçaient-ils pas les encans, le dimanche, à la porte du temple1 ?
Dans la première assemblée générale, tenue à Yevey, le 8 juillet 1835, on annonça la formation de comités locaux à Aigle, à Ormont- dessus, à Sainte-Croix, à Yverdon. Le comité de la société avait écrit à des magistrats dans les dix-neuf districts du canton, pour se procurer une statistique des crimes et délits commis pendant les deux dernières années, le dimanche et les autres jours. Le comité avait encore adressé, mais sans succès, au grand conseil, une pétition en vue d'affranchir le dimanche des exercices militaires. Une circulaire avait enfin annoncé aux pasteurs et ministres l'existence de la société.
Dès le jour de sa fondation, la société s'efforça d'agir sur les esprits et sur les cœurs par le moyen de publications populaires. Les plaisirs du dimanche (n° 1), par Merle-d'Aubigné, peinture fidèle des mœurs de notre peuple, est une simple histoire villageoise destinée à montrer les suites funestes de ces plaisirs que tant de gens recherchent le dimanche, qu'ils considèrent comme innocents, et qui éloignent leurs âmes de la seule chose nécessaire2. Le repos (n° 2), par Vulliémoz, renferme des pensées fort belles, mais présentées sous une forme au moins singu-
1 Réunion à Vevey dans le but de fonder une société pour la sanctification du dimanche dans le canton de Vaud, Lausanne 1834. 1 Vevey, Lœrtscher, 1835. 52 pages.