‹ Histoire du movement religieux et ecclésiastique dans le canton de Vaud (volume 3)Chapitre 113 sur 171 · CHAPITRE I · texte numérisé non relu

CHAPITRE I

lière, dans des sentences et des aphorismes imitant le langage des prophètes l. Le dimanche (n° 4), dû à la plume du pasteur Dupraz, estime étude sur ces deux questions : Comment le dimanche est-il généralement observé? Gomment doit-il être observé ? C'est là tout le plan et tout le fond de cet appel *. De la sanctification du jour du Seigneur (n° 10), développement de Esaïe LVIII, 13, 14 s. L'esprit de ces publications est excellent, mais elles donnent parfois contre l'écueil du légalisme sabbatique. Bien qu'elles renferment toutes des considérations pratiques fort justes, elles ne pouvaient manquer de provoquer des réactions.

N'oublions pas en effet qu'il y avait deux courants dans le sein de la société, aussi bien que parmi les chrétiens qui n'en faisaient point partie, le courant sabbatisle et le courant antisabbatiste. Ces deux tendances, qui s'étaient manifestées dès les premiers jours, s'accusèrent plus fortement encore dans la suite, et, au troisième anniversaire de la société (4 juillet 1837), elles se trouvèrent en présence d'une manière très sensible et très dramatique. M. César Malan, de Genève, qui assistait à cette réunion, y prononça un. discours dans lequel il assimilait complètement le dimanche au sabbat. M. le ministre Samuel Chappuis se leva aussitôt et parla en ces termes :

J'étais venu ici dans l'intention d'écouter le rapport et de m'édifier à l'ouïe des bénédictions accordées à cette société et des paroles d'exhortation que j'espérais entendre. Après ce qui vient d'être dit, je dois à ma qualité de chrétien, à ma foi, à mes convictions, d'élever aussi la i voix en témoignage de ce que je regarde comme la vérité, et de dire dans un autre point de vue que celui qui vient de nous être présenté, qu'on peut être un dans la foi et dans l'espérance, s'intéresser de cœur à l'œuvre qui nous réunit, s'en réjouir, prier pour ses succès, tout en partant de bases différentes de celles que la société a admises. Je dois

1 Lausanne, Marc Ducloux, 1835. 28 pages. * Lausanne, Marc Ducloux, 1835. 48 pages. 3 Lausanne, Marc Ducloux, 1837. 60 pages.

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avouer que je fais partie de ceux qui ne partagent pas ces vues, qui n'admettent pas ces bases. Non, je ne regarde pas le sabbat juif comme étant passé dans le christianisme ; je crois que, sous l'Evangile, tous nos jours doivent être consacrés au Seigneur comme autant de sabbats saints et spirituels.

Dans le judaïsme, on observait les jours, les mois et les années ; la piété était, pour ainsi dire, fragmentaire. Mais il en est tout autrement dans le christianisme ; ici l'Esprit de Dieu a pris possession permanente de l'âme tout entière; plus de différence entre les jours qui tous également doivent être sanctifiés au Seigneur. Voilà le sabbat chrétien tel que je le comprends. A Dieu ne plaise que nous pensions que ceux qui partagent ces convictions renversent une des tours des murailles de Sion1 ! Nous qui n'avons pas reconnu l'origine divine du dimanche, nous n'en désirons pas moins, pour l'avancement du règne de notre commun Sauveur, qu'un jour soit consacré au culte de notre Dieu, parce que nous savons que c'est une chose bonne que les frères se réunissent pour prier et s'édifier ensemble, et que par conséquent il est convenable d'avoir un jour fixe destiné à ces réunions. Tout comme, quoique notre vie doive être une prière continuelle, puisqu'il nous est -ordonné de prier sans cesse, nous pensons qu'il est bon d'avoir des moments plus particulièrement consacrés à des prières et à des supplications; de même, quoique notre vie doive être dévouée au Seigneur, nous croyons qu'il est bon qu'il y ait aussi des jours plus particulièrement dévoués au service et à l'adoralion du Seigneur. Ainsi nous voulons les mêmes choses, quoique par des motifs divers. Que le Seigneur bénisse cette société de plus en plus, et qu'il nous donne à tous de croître dans sa grâce, pour que nous nous rencontrions en Celui qui est le chef, savoir Christ, afin qu'étant enracinés et fondés dans la charité, nous puissions comprendre, avec tous les saints, quelle en est la largeur, la longueur, la profondeur et la hauteur, et connaître l'amour de Christ qui surpasse toute connaissance; afin que nous soyons remplis de toute plénitude de Dieu.

La discussion, qui semblait devoir s'engager ainsi au sein de l'assemblée, n'eut cependant pas lieu, le président, M.Alex. Chavannes, ayant exprimé le désir que le point discuté ne fût pas relevé. Pendant qu'il parlait encore, et à la grande édification de l'assemblée, M. Malan embrassa M. Chappuis.

1 Allusion à une phrase du discours de M. Malan.

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