CHAPITRE I
nourrissent en eux l'espérance de renverser un jour ces institutions? C'est là un de leurs rêves les plus chers, et tout leur cœur bat de joie à la pensée de ces temps où, à ce qu'ils croient, le culte public cessera dans la plupart de nos communes, où la bête de somme fera sa demeure dans le lieu saint, où notre pauvre peuple sera réduit à traverser les monts et les vaux pour aller chercher où il pourra quelque pâture spirituelle. Les circonstances dans lesquelles l'église de notre pays se trouve, semblent favoriser ces desseins, et quoique assurément ils soient plus faciles à concevoir qu'à exécuter, ce n'en est pas moins notre devoir et notre droit de les signaler à l'attention de notre peuple.
Au milieu de cette espèce de lutte qui réellement s'est engagée, parmi nous, entre ceux qui croient et ceux qui ne croient pas, la majorité delà nation ne présente pas, avouons-le, un spectacle bien intéressant à observer. Que font, en effet, dans les circonstances où nous sommes, les masses de notre population? quel parti prennent-elles dans ce grand conflit auquel il semble si difficile de rester tout à fait indifférent ? Hélas ! elles n'en prennent aucun. Les efforts des croyants, les entreprises des incrédules, tout cela est à peu près égal à la plupart de nos compatriotes. On vaque à ses affaires, ou court après ses divertissements, et on laisse les partisans de la vérité évangélique et les adversaires de la vérité évangélique débattre leurs intérêts comme ils pourront. Les grandes fêtes chrétiennes, les jours de jeûne surtout, viennent de temps en temps soulever ces pauvres cœurs de la terre, et le lendemain ils y retombent tout aussi pesants et tout aussi charnels que la veille. On ne peut pas dire, sans doute, que, dans toute la force du mot, ils aient renié la foi; mais certes, on ne peut pas dire non plus qu'ils se soient prononcés pour elle. On ne saurait les accuser de s'être, à proprement parler, enrôlés dans les milices du démon ; mais on serait tout aussi peu fondé à leur rendre le témoignage qu'ils marchent sous les drapeaux de l'Eternel des armées. Hommes frères, nous ne recherchons pas jusqu'à quel point cette peinture peut s'appliquer à chacun d'entre vous ; nous vous demandons seulement si telle n'est pas la position religieuse du gros de notre nation, et par conséquent d'un grand nombre de personnes à qui nous nous adressons aujourd'hui1*,,,,
* Sermons de L. Manuel, lom. I, pag. 310-316.
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MOUVEM. REL1G. III.