‹ Histoire du movement religieux et ecclésiastique dans le canton de Vaud (volume 3)Chapitre 122 sur 171 · CHAPITRE t · texte numérisé non relu

CHAPITRE t

ainsi plus de force et de consistance, et sans les fâcheuses et inexcusables divisions qui s'y sont introduites, il en acquerrait encore bien davantage. Remarquons de plus, mes frères, que l'effet de ces relations plus fréquentes et plus étroites qui se sont formées entre les croyants, c'est que ce zèle pour l'avancement du royaume des cieux, dont tous les chrétiens doivent être animés, n'est pas tout à fait nul parmi nous. Plusieurs sociétés, les unes déjà assez anciennes, les autres d'une date plus récente, continuent leur œuvre, et il s'en élève encore assez souvent de nouvelles. Le but de ces sociétés n'est nullement, quoi qu'on en ait pu dire, de propager des doctrines ou des opinions que la généralité des chrétiens n'approuve pas; elles se sont mises tout simplement au service de l'Evangile éternel, tel que la Bible nous le propose, et tel que l'église à laquelle nous appartenons l'admet; et si la Parole de Dieu se répand toujours plus dans nos campagnes et dans nos villes, si elle y est accompagnée, en quelque sorte, d'une foule d'écrits religieux qui contribuent à la faire lire et à la faire comprendre, si les établissements destinés à élever chrétiennement les petits et les pauvres se multiplient au lieu de diminuer, c'est essentiellement à ces sociétés qu'on le doit. Quelques personnes qui ne croient pas devoir s'y réunir, travaillent au moins en leur particulier à la propagation de la vérité telle qu'elle est en Jésus. LeS uns écrivent, les autres parlent, les autres agissent pour elles. Il s'est formé, en un mot, dans notre pays, une ligue contre les puissances des ténèbres, et quoique cette ligue pût être encore tout autrement nombreuse et tout autrement active qu'elle ne l'est , elle n'en a pas moins le droit de compter sur la promesse du Dieu fort: « J'établirai leur œuvre dans la vérité, et je traiterai avec eux une alliance éternelle.»

Il peut donc être permis de dire, mes frères, que le devoir de confesser et d'annoncer à tous le glorieux auteur de notre salut n'est pas entièrement mis en oubli parmi nous ; mais ce qui se fait dans un sens ne doit pas nous faire oublier ce qui se fait dans un sens opposé. L'observation commune que toute opinion qui se montre et qui agit, réveille par là même l'opinion contraire, se confirme encore dans la présente occasion. Plus les croyants se déclarent, plus les incrédules se prononcent de leur côté. Bien des gens qui autrefois ne répudiaient pas le nom de chrétiens, et qui se montraient au moins de temps en temps dans les temples, ont dépouillé maintenant tout extérieur de religion. Ce jour de repos qui avait encore pour eux quelque douceur et quelque solennité, cette Parole de vie, dont la sainte onction remuait encore

quelquefois les entrailles, n'exerce plus sur leur cœur aucun pouvoir. Certaines pratiques religieuses, qu'à d'autres époques ils toléraient dans leurs maisons, ils les ont aujourd'hui complètement abolies. On ne prie plus, sous leur toit, à l'heure du pain quotidien, ce Dieu qui nous donne abondamment toutes choses pour en jouir; on n'y ouvre plus, du moins avec leur permission, le volume sacré de la Parole. Leur conduite enfin est celle de gens qui ne veulent plus rien avoir affaire avec la religion, et leurs discours sont parfaitement d'accord avec leur conduite. Toutes les occasions leur sont bonnes pour proclamer hautement que leur parti est pris, qu'ils ont rompu avec la foi de leurs pères, et que les convictions, les espérances des chrétiens ne sont plus à leurs yeux que des superstitions dont ils ont pu être un moment les esclaves, mais qu'ils ont pour toujours secouées. Quelques-uns ne s'en tiennent pas même là, mes très chers frères. Après avoir renié le Fils, ils renient aussi le Père ; et se faisant les échos de quelques livres et de quelques journaux, ils annoncent fièrement que le trône des cieux est vacant, et que l'Ancien des jours qui y recevait depuis six mille ans les hommages de son peuple, en a été renversé par deux ou trois hommes de notre siècle. Les démonstrations, les propos de ce genre ne sont peutêtre pas aussi pernicieux qu'ils le paraissent, mes frères; on peut leur trouver du moins le mérite de la franchise et de la loyauté. Mais ce qu'il est essentiel d'ajouter, c'est que si les incrédules se montrent de nos jours, ils commencent aussi à agir. Oui, mes frères, comme il s'est formé parmi nous des associations pour l'Evangile, il s'en forme aussi contre l'Evangile. L'ennemi se met en mouvement; et quoique ses progrès ne soient pas encore de nature à nous alarmer beaucoup, on en voit déjà çà et là des marques. Allez, en effet, dans tel lieu public qui ne soit pas sous la surveillance d'un homme qui respecte la religion ; et à côté de la Bible que la piété d'un fidèle y aura déposée, vous pourrez bien y trouver quelques livres où l'on dément, où l'on insulte la Bible. Allez dans telle paroisse où les opinions opposées à la vérité passent à tort ou à raison pour avoir accès : le pasteur prêche, dans sa chaire, les jugements et les miséricordes de Dieu, et dans le même moment, à quelque distance, on ramasse quelques malheureux pécheurs pour leur dire que Dieu n'existe pas ou qu'il ne daigne pas faire attention aux fautes et aux souffrances des hommes. On nous dira peut-être que les institutions religieuses que nos pères nous ont léguées seront toujours, avec l'aide de Dieu, un puissant rempart contre les tentations de l'esprit d'incrédulité et de mensonge ; mais ignorez-vous, mes frères, que les ennemis de la foi

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