CHAPITRE IV
si, en provoquant de cette manière contre lui l'accusation de méthodisme, il fournissait des prétextes à ceux qu'irritait la religion prise au sérieux, si même il préparait ainsi sa chute, d'un autre côté, il gagnait l'estime et In considération des hommes sérieux en tous pays. On cilait à l'étranger les mandements de jeûne du gouvernement vaudois comme des modèles de force, d'onction, de fidélité, en même temps que de convenance quant à la forme l. Le grand conseil ne pouvait manquer de subir l'influence d'un gouvernement aussi respectable, et cela d'autant plus que le pouvoir législatif lui-même était généralement bien composé. Les Monnard, les Gindroz, les Pidou, les Nicole, y occupaient alors le premier rang. On pouvait donc s'attendre à ce que les questions religieuses portées devant la représentation nationale seraient traitées avec la sagesse, la modération et le sérieux qui seuls garantissent à ces questions une solution équitable. C'est ce qui arriva le plus souvent, et si même de légitimes exigences ne parvinrent pas toujours à briser les préjugés, ni à mettre fin à la routine , la raison et le droit remportèrent cependant plus d'une victoire.
Une question soulevée déjà aux premiers jours de l'indépendance de notre canton, et qui se représente de temps à autre dans la période qui nous occupe, est celle de la célébration religieuse du vendredi saint. On sait que, jusqu'à une époque encore récente (1864), l'Annonciation (25 mars) était fêtée parmi nous, tandis que le jour anniversaire de la mort du Sauveur était envisagé comme un jour ordinaire. Cependant le caractère à demi papiste de l'Annonciation provoqua de bonne
1 Le Semeur, N« il, U octobre 1835. — Voir encore, sur le mandement de 1837, le Sartateur religieux, NA 38, 21 septembre.
heure quelques protestations, et des voix s'élevèrent pour faire sentir la convenance qu'il y aurait à substituer le vendredi saint à la fête du 25 mars. En 4803 déjà, M. Sam. Duvoisin, mort l'année suivante premier pasteur de Grandson, présenta sur ce sujet à la classe dont il était membre un mémoire que celleci se hâta de communiquer aux autres classes. L'auteur ne doutait pas que le gouvernement n'autorisât le changement demandé. Mais les classes crurent devoir renvoyer cette affaire à des temps plus tranquilles, et l'autorité, voyant les pasteurs partagés sur un point auquel ils devaient prendre le premier intérêt, ajourna indéfiniment la question. Le mémoire de M. Duvoisin resta donc sans effet.
En 1826, parut une brochure généralement attribuée au doyen Monneron, de Lonay : Le vendredi saint, ou appel à la piété de ceux qui honorent la croix de Christ, brochure qui plaidait la cause antérieurement défendue par le pasteur de Grandson. A partir de ce moment, les classes ne cessèrent d'exprimer sur ce point des vœux positifs, mais toujours inutiles *. II était réservé à une autre génération et à d'autres législateurs d'accomplir cette réforme.
11 était de mode au canton de Vaud que les rassemblements et exercices militaires eussent lieu les jours de fête et surtout le dimanche. Plus d'une fois des réclamations sur ce point s'étaient fait entendre dans le sein des classes, et ces réclamations avaient été transmises au gouvernement. Elles se renouvelèrent après 1831. La classe de Lausanne et Vevey, celle de Morges et Nyon, en particulier, présentèrent de nouveau leurs doléances, et
1 Actes de la classe de Lausanne et Vevey, 13 juin 1832. — Le Narrateur religieux, N° 12, 23 mars 1837.