CHAPITRE IV
celte dernière insista en outre pour que le gouvernement veillât à l'exécution de l'a rrêté de 1803 sur l'observation du dimanche1. Le mouvement dans ce sens s'accusa à cette époque assez fortement pour que le comité central de la Société pour la sanctification du dimanche dans le canton de Vaud jugeât opportun de provoquer une manifestation de l'opinion publique. Ce comité soumit donc à la signature des citoyens la pétition ci-dessous, adressée au grand conseil :
Monsieur le président et messieurs les membres du grand conseil. Messieurs,
Les soussignés prenuent la respectueuse liberté de vous prier d'apporter, par amendements, les modifications suivantes au projet de loi sur Y instruction des milices.
Ils demanderaient, à l'article 14, cette adjonction, après le premier membre: « Ces exercices, sauf les cas d'urgence, ont lieu dans trois demijournées consécutives. »
De même après le second membre du même article: « Ces exercices, sauf les cas d'urgence, ont lieu dans six demi-journées consécutives. » Enfin, après le premier membre de l'article 16: « Ces réunions, sauf les cas d'urgence, ont lieu dans deux demi-journées consécutives. » En d'autres termes, les soussignés voudraient uniquement appeler votre attention sur les inconvéniens que présentent les exercices et réunions, tels qu'ils ont eu lieu jusqu'à présent, et sur les avantages divers qu'offrirait le système nouveau qu'ils ont l'honneur de vous proposer.
Permettez-nous d'exposer succinctement les principaux motifs qui nous paraissent devoir justifier notre demande.
Nous partons de l'idée que les exercices et les rassemblements de contingents auront lieu le dimanche, comme ci-devant. Le projet ne le dit pas, il est vrai ; mais les lois précédentes gardaient le même silence à cet égard. Nous sommes donc, par les antécédents, autorisés à juger comme nous le faisons. Or, regardant l'usage établi comme dangereux et funeste, nous croyons qu'il est de notre devoir de le combattre, et nous estimons que les amendements que nous indiquons pourraient, d'abord,
1 Actes de la classe de Lausanne et Vevey, 24 et 25 mai 1831 ; de la classe de Marges et Xyon, 21 mai 1831.
diminuer considérablement et, après quelque expérience, faire entièrement disparaître cet abus.
A notre avis, une qualité essentielle de la législation d'un état chrétien, c'est qu'elle ne renferme rien qui soit opposé à la sanctification du jour du Seigneur par les citoyens. Il nous semble que la loi doit être aussi explicite que possible à cet égard, et proscrire un usage qui conduit évidemment à la profanation du jour du repos.
Nous ne voulons point agiter la question de savoir si les exercices militaires sont en eux -mêmes en opposition directe avec le quatrième commandement de la loi de Dieu; nous admettons d'ailleurs, sans hésiter, que le gouvernement a le droit, en cas d'urgence, d'appeler les citoyens sous les armes, le dimanche aussi bien qu'un autre jour; mais nous croyons que, ces cas exceptés, les rassemblements militaires du dimanche sont préjudiciables à la moralité d'un peuple, et par conséquent à la vraie prospérité de la patrie.
Il est évident en effet que les exercices actuels conduisent généralement à la profanation du sabbat chrétien ; chaque année apporte successivement une masse de faits déplorables à l'appui de cette assertion. Il est des localités où les exercices empêchent une partie des citoyens de se rendre au culte public; en général ils en détournent; ils donnent fréquemment lieu à des excès d'intempérance ou de légèreté, peu propres à former des mœurs vraiment républicaines, et doublement condamnables, sous le point de vue religieux, parce qu'on les commet dans un jour qui appartient au Seigneur.
Et qu'on ne dise pas que le nombre des exercices étant restreint, nous en exagérons les résultats fâcheux. Messieurs, nous savons tous avec quelle facilité on prend une habitude. Oh ! que la loi ou l'usage ne contribue plus à faire mépriser un seul dimanche dans l'année, car ainsi un grand nombre de jeunes gens peuvent être amenés, plus aisément qu'on ne le suppose, à les mépriser tous. Quel effet ce mépris n'a-t-il pas sur la moralité d'une nation! N'est-ce pas le dimanche surtout que l'éducation religieuse des masses doit se continuer ? Quelle moralité espérer de ceux qui se privent de ce moyen d'éducation, qui le tournent en dissolution? Que peuvent être les mœurs d'un peuple où manqueraient les seules bases d'une vraie moralité, les principes religieux ? Et comment ces principes pénétreraient-ils dans les masses, si le jour spécialement destiné à ce but est détourné par elles à d'autres objets? Et pourrionsnous dire encore, n'est-ce pas au nom de l'état que le bienfait d'une instruction chrétienne est offert chaque dimanche aux citoyens? N'est-