‹ Histoire du movement religieux et ecclésiastique dans le canton de Vaud (volume 3)Chapitre 34 sur 171 · CHAPITRE m · texte numérisé non relu

CHAPITRE m

contraire, d'élever la voix plus haut que jamais? On dit que l'assemblée du casino du 20 janvier, et surtout la Discussion publique, ont fait tout le mal. On assure que, si nous fussions restés bouche close, nous aurions maintenant la liberté des cultes. Nous respectons trop notre assemblée constituante pour la croire capable de céder à des motifs indignes d'elle. Nous aimons mieux penser qu'elle ne regarde pas la liberté religieuse comme un des droits de l'homme, car si elle l'eût regardée comme telle, aucune raison sans doute n'eût pu l'empêcher de la proclamer hautement.

La majorité de ceux qui paraissent destinés à nous donner des lois sont donc, par conviction, les adversaires de la liberté des cultes. Or, les amis de cette liberté attendront-ils dans le silence que les premiers la leur octroient? Ce serait vouloir qu'un prince autocrate proclamât de lui-même la souveraineté du peuple. Non, non, ne cessons pas de réclamer la liberté comme un droit inaliénable et insaisissable. Bien plus, exerçons-la, lors même qu'on persisterait à la refuser. Prouvons, puisqu'il le faut, que les droits sont des droits ; que la liberté politique n'est rien sans la liberté religieuse ; que l'on peut plus facilement faire le sacrifice de celle-là que de celle-ci, et que Dieu nous demandera compte des droits de conscience dont nous nous serons laissé priver par une lâcheté criminelle.

Et si la suppression de l'article 12 du projet de constitution nous impose la nécessité de poursuivre avec un nouveau courage notre entreprise, l'admission fort sage du second paragraphe de l'article 10 ne nous y oblige pas moins.

Quand nous conçûmes- le projet de cette publication, et même quand nous composâmes notre Prospectus, nous étions loin de prévoir les événements du 18 décembre. Alors, au nombre des choses sur lesquelles nous ouvrîmes la discussion, se trouvait la nécessité de refondre nos ordonnances ecclésiastiques. Cette question n'en est plus une. Encore quelques années, et nous aurons pour notre église une organisation nouvelle. Mais que sera cette organisation? Si nous en jugeons par ce qui s'est dit, les 16, 18 et 19 avril, dans l'assemblée constituante, nos hommes d'état sont loin d'être d'accord sur les principes fondamentaux. Tous redoutent les empiétements du clergé, et certes rien n'est plus à propos; mais a-t-on saisi le problème dans toute son étendue? Comprend-on qu'il s'agit de diminuer le pouvoir du clergé, sans augmenter d'autant celui du conseil d'état, et tout en favorisant celui de l'Evangile? Quant à la manière de résoudre ce problème, tous ceux qui devront s'en occuper

ont-ils déjà trouvé la véritable solution ? Les uns voudront donner au pouvoir civil encore plus d'autorité qu'il n'en a ; d'autres demanderont pour l'église un conseil dépendant du conseil d'état, comme il y en a un pour l'instruction publique ; d'autres proposeront un corps représentatif de Vaudois évangéliques réformés, corps composé de pasteurs et de laïques, lequel traiterait toutes les affaires religieuses, en soutenant avec l'état les relations déterminées par la loi ; d'autres enfin ne voudront pas entendre parler de laïques dans les conseils d'église, et penseront à établir une balance de pouvoirs entre un synode tout de ministres et le conseil d'état.

On voit qu'il y a dans tout cela matière à d'importantes discussions. Nous sommes donc bien loin d'être au bout de notre tâche *.

Le projet de constitution, après avoir été amendé en plusieurs de ses articles, avait été adopté le 25 mai. Le lendemain , un discours de M. Gindroz clôtura les séances de l'assemblée. Mais le jour même où la nouvelle constitution était adoptée par les représentants du peuple, les classes du clergé se trouvant réunies, quelques regrets et quelques vœux se firent entendre dans leur sein. Le doyen de la classe de Morges etNyon ayant exprimé la profonde douleur qu'il avait éprouvée en remarquant que l'attachement du clergé de l'église nationale aux doctrines de la confession de foi helvétique avait été suspecté à diverses fois et en dernier lieu dans l'assemblée constituante, la classe crut devoir, en cette dernière circonstance qui avait quelque chose d'officiel, protester hautement et à l'unanimité de son attachement aux doctrines de cette confession, attachement qu'elle n'aurait pas cru que l'on pût mettre en doute. En outre, sur la proposition du colloque de Morges , la classe nomma une commission de quatre membres pour s'occuper à

1 Discussion publique, N° 15, 1" mai. (Que fera maintenant la Discussion publique?)

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