CHAPITRE IIL
blâmer le vote de l'assemblée constituante. C'est ainsi que le Protestant de Genève*, après avoir raconté à sa manière les événements religieux dont le canton de Vaud avait été le théâtre de 1821 à 1830, et prétendu qu'après la révolution de décembre les séparatistes avaient estimé qu'il était temps de jeter le masque et de tenter brusquement de renverser l'église nationale, ajoutait que la liberté reconnue aux églises dissidentes aurait fortifié l'église nationale, tandis que maintenant les méthodistes resteraient dans le sein de cette dernière église pour lui nuire. De leur côté, les Archives du christianisme, de Paris, exprimèrent en ces termes leur jugement sur la récente décision de l'assemblée constituante : « L'ignorance et les préjugés, joints à l'inimitié contre l'Evangile, l'ont encore une fois remporté, et la belle devise du canton de Vaud continue à quelques égards très importants à n'être qu'une trompeuse enseigne. La majorité de l'assemblée constituante, dans ses séances du 15 et du 19 avril, s'est prononcée contre la liberté d'enseignement et contre
la liberté des cultes Nous n'avons trouvé nulle part, dans la
discussion sur cette importante matière, une pareille absence de lumières, de principes, de connaissance des hommes et des choses; faiblesse des arguments mis en avant par les ennemis des deux libertés demandées par tout ce que l'assemblée renfermait d'hommes éclairés et vraiment libéraux, les Nicole, les Monnard, les Pellis, les Pidou, les Gindroz, etc. Les constituants ont eu peur ou ont feint d'avoir peur de tout, excepté de Tinjustice et de l'intolérance.... Par cette décision, le canton de Vaud s'est placé de nouveau en dehors des nations éclairées et véritablement libres '. »
• 1831, N° 3, 1" juillet.
" Archives du christianisme, 1831, pag. 299.
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Il semblait que le plus ardent champion dans le canton de Vaud d'une cause maintenant perdue devait se taire dorénavant, et que la Discussion publique n'avait plus qu'à succomber avec les amis de la liberté religieuse dans le sein de l'assemblée constituante. Mais non, la Discussion voyant une œuvre à reprendre et à poursuivre décida de continuer sa publication. Elle annonça en ces termes sa résolution :
L'article 12 ayant été rejeté, la continuation de notre œuvre devient encore plus nécessaire. En garantissant l'intégrité de notre église, en lui assurant à elle seule des salaires, en refusant de garantir l'exercice des autres cultes chrétiens, sauf celui du culte romain en quelques communes, l'assemblée constituante a consacré l'intolérance légale, autant que faire se pouvait dans ce XIXe siècle et sous l'influence des révolutions de 1830. Elle nous a mis dans une position pire que celle d'où nous sortons; car, d'un côté, jamais les privilèges de notre église ne furent plus formellement garantis, et jamais jusqu'ici la liberté des cultes n'avait été solennellement bannie de nos constitutions. En 1803 et 1814, on croyait la posséder, si ce n'est pas en termes exprès, du moins tacitement réservée; maintenant, il est décidé qu'elle n'est pas au nombre de nos droits. Tout citoyen vaudois est tenu d'embrasser la religion de la majorité, à moins qu'il ne préfère de vivre sans religion (ce qu'on appelle liberté de conscience), ou de s'exposer à des peines correctionnelles, et peut-être bientôt infamantes, s'il veut une religion, mais non pas celle de la majorité.
Il est vrai que l'assemblée constituante, se plaçant dans une position singulière, émet, auprès de notre futur grand conseil, le vœu de voir disparaître de nos codes la honteuse loi du 20 mai 1824. Mais l'accomplissement de ce vœu dépend après tout du personnel de nos autorités à venir, et quand bien même elles prononceraient enfin l'abrogation de cette loi, en serions- nous beaucoup plus avancés en fait de liberté religieuse?
Serait-ce donc le moment de garder le silence ? Ne s'agit-il pas, au