CHAPITRE I
aux yeux de tous ses confédérés et à pouvoir fonder sur lui l'espérance du maintien des plus chers intérêts de la patrie.
Les impôts sont légers et répandus avec égalité. La comptabilité est si claire que la moindre dilapidation serait impossible.
Le canton a recueilli le fruit de la confiance qu'inspire la gestion de ses finances, dans les années calamiteuses de 1816 et de 1817. Il nous fallut emprunter des millions pour sauver le pays des horreurs de la famine. Nous les trouvâmes sans peine et sans donner aucune sûreté.
De l'administration passant à la justice, nous voyons un code unique, par lequel ont été remplacées les huit à dix coutumes qui régissaient les différentes parties du canton. Ce code a diminué le nombre des procès.
Qui pourrait contester la vérité de ce tableau? Cette prospérité toujours croissante, nous l'avons due, très chers concitoyens, à notre organisation sociale, à l'utile emploi des ressources que vous aviez confiées à votre gouvernement, et au zèle que vous avez mis à seconder ses vues pour le bien du pays.
Cependant, il existait dans ces institutions dont nous venons de louer les résultats un vice qui pouvait altérer, dans un avenir plus ou moins éloigné, les principes de liberté et d'égalité que nous chérissons tous; et certes, ce n'est pas à nous qu'on peut le reprocher. Rappelezvous la crise violente de 1814, c'est avec un sentiment de juste fierté que vous pouvez le faire.
Vous vîtes alors renverser, avec la même douleur que nous , une constitution qui marquait l'époque de notre existence politique et que le temps avait déjà sanctionnée. Ce ne fut pas seulement pour notre liberté que nous eûmes à craindre ; notre indépendance fut menacée, presque perdue, car la volonté des grands de la terre paraissait être de renverser tout ce qu'avait créé l'ennemi qu'ils venaient de vaincre.
Mais votre union, votre constance, l'attitude ferme que vous montrâtes, la confiance et l'appui que vous nous accordâtes, l'énergie qu'en conséquence nous pûmes déployer, nous facilitèrent les moyens de sortir avec honneur de cette dangereuse lutte. Toutefois, la prudence exigea que, pour sauver l'indépendance, nous consentissions à l'introduction dans notre charte, de dispositions contraires à nos vœux.
Mais, comme l'abus ne pouvait naître qu'à la longue, nous pûmes compter sur le temps pour en extirper la racine. Unanimes sur la nécessité de le faire, nous ne nous sommes divisés que sur l'époque. Quelques citoyens, ces années passées, crurent le moment favorable; d'autres, au
contraire, estimaient qu'il pouvait y avoir du danger à s'en occuper déjà. L'opinion des premiers s'étant propagée, un grand nombre de pétitions furent présentées à ce sujet. Le conseil d'état, qui jusqu'alors n'avait point été appelé à examiner la question, crut devoir l'approfondir.
Les circonstances politiques, auxquelles nous devions les changements faits en 1814 à notre constitution, s'étaient sans doute modifiées par le temps, mais elles existaient encore dans le fond, et rien n'assurait qu'en détruisant l'ouvrage de cette époque, nous ne fissions renaître les mêmes embarras.
D'un autre côté, une lutte violente s'était élevée dans le pays que nous avons le plus à ménager , et une sage politique semblait conseiller d'en attendre l'issue, avant de se livrer à une opération sur laquelle cette issue -pouvait avoir pour nous les plus graves conséquences. Représentez-vous, en effet, le succès de ces coups d'état dont la valeur des Français a si bien fait justice, et qui oserait affirmer qu'en tel cas nos intérêts n'eussent pas été fortement compromis, si nous eussions bouleversé avec éclat nos institutions de 1814 ?
Cependant, pour calmer l'impatience, et pour éviter en même temps des renvois et de longues discussions qui auraient pu réveiller trop fortement l'attention du dehors, nous nous décidâmes à hâter la réforme du système électoral, qui était principalement demandée, en laissant aux années suivantes à régler ce qui, vu sa moindre importance et son peu d'urgence, pouvait l'être tranquillement et sans risque.
Tels furent, très chers concitoyens, les motifs des dispositions adoptées l'année dernière dans un moment où personne ne prévoyait les mémorables événements de Paris, qui, en dominant toutes les pensées, ont fait trop perdre de vue notre position antérieure.
Espérant dans l'avenir, nous avions proposé un article additionnel qui permettait les changements futurs à la constitution, et déjà nous nous étions occupés du projet de loi à présenter à ce sujet au grand conseil dans sa première session ordinaire. Nous ne pouvions marcher que dans les voies de la constitution; il ne nous appartenait ni de la méconnaître, ni de la violer.
Et, d'ailleurs, nous ignorions que des vœux nouveaux et plus étendus seraient formés et accueillis par une partie du peuple vaudois; aucune manifestation ne nous avait été faite à cet égard.
La rapidité avec laquelle les événements se sont précipités au moment de l'ouverture du grand conseil et pendant sa session du mois de décembre, et la vivacité toujours croissante des désirs exprimés pour