CHAPITRE L
une révision complète de nos institutions fondamentales, ont amené le résultat qui vous est connu. Un jour l'histoire impartiale prononcera ot sur la conduite de votre gouvernement et sur tout ce qui s'est passé dans cette importante circonstance. En attendant, nous ne craignons pas de soumettre à votre jugement les faits que nous venons de vous exposer, et de vous demander si vous avez été malheureux, opprimés ou vexés sous l'administration qui va bientôt finir. Quant a nous, en rentrant dans la classe des simples citoyens, nous y rentrons les mains nettes et la conscience pure.
Fixant aujourd'hui nos regards sur l'avenir de notre chère pairie, nous fondons, comme vous, toutes nos espérances sur cette assemblée constituante que vous allez nommer. Nos intérêts sont les mômes que les vôtres; ce sont ceux de la patrie, de sa liberté et de son indépe- dance. Mais ces grands intérêts ne peuvent être sauvés et garantis que par l'ordre public et par la tranquillité. Il faut nous replacer dans une position calme, qui seule pourra permettre à l'assemblée constituante de procéder avec sagesse à la tâche difficile qui lui est imposée. Que chacun de nous se pénètre de la gravité des circonstances tant extérieures qu'intérieures. Sans perdre l'espérance de la paix générale, craignons que le danger ne nous surprenne désunis et désorganisés. Sans nous alarmer sur les chances des événements futurs, reconnaissons que, dans ces moments d'orage, le concours de tous les vrais amis de leur pays est nécessaire pour assurer le salut commun. C'est ce concours, très chers concitoyens, que nous venons vous demander. Union, concorde, respect aux lois, confiance réciproque, voilà les sentiments que nous espérons trouver en vous. Réunissez donc vos efforts aux nôtres, pour qu'avec le secours de la divine Providence, notre canton sorte de la crise actuelle plus libre, plus fort et aussi plus heureux que précédemment.
Donné en conseil d'état, à Lausanne, le 10 janvier 1831, pour être publié en chaire le dimanche 16 dit.
Le landammann en charge, E. De la HARPE.
Le chancelier.
Gay.
Un gouvernement qui affirme n'avoir rien à se reprocher, est en général un gouvernement qui sent le besoin de se justi-
fier de quelque chose. « Dans nul autre pays , lisons-nous dans le message ci-dessus, la liberté, l'égalité ne furent plus entières, point de privilège pour qui que ce soit. » Une telle assertion ne pouvait être hasardée qu'à la condition de tenir pour rien la liberté religieuse. Or, l'une des causes de la révolution du 18 décembre avait été précisément l'absence et la négation de cette liberté1. Au lendemain même de la révolution, il fallait se hâter de la solliciter, il fallait faire effort pour la conquérir 1 Mais l'absence de liberté impliquant et entraînant le défaut d'égalité entre tous les citoyens, il y avait donc eu privilège au moins pour quelqu'un.
Le conseil d'état prétendait en outre que le sort du clergé avait été amélioré. En quoi donc ? En ce que les honoraires des pasteurs avaient été augmentés. C'était placer le sort du clergé tout entier dans sa pension et transformer une question de dignité en une question de finance. Mais il aurait été facile de prouver que le gouvernement vaudois, à partir de 4803, n'avait pas traité les pasteurs mieux que ne l'avaient fait avant lui LL. EE. de Berne. En augmentant les honoraires du clergé, le pouvoir prétendait-il avoir fait tout ce qu'il y avait de plus essentiel pour améliorer le sort de ce dernier? Les magistrats qui parlaient ainsi avaient encore six mois devant eux, et ils ne devaient pas résigner définitivement le pouvoir sans demander encore une fois au peuple un bill d'indemnité et un verdict approbatif.
Nous venons de le rappeler, parmi les causes qui avaient amené la révolution du 18 décembre la question religieuse occupait une place importante. Dès le début, le régime de la loi du 20 mai avait été intolérable. En donnant plus d'intensité
' De la révolution du 18 décembre et de ses causes, par L. Pellis.