CHAPITRE r
d'autres eût été des plus importuns. Mais ce n'était pas seulement en agissant ainsi sur ses sens et son imagination qu'il se préparait à la mort ; ce qui valait mieux encore, il cherchait aussi à se dépouiller de lui-même et à se revêtir de Christ dans lequel il avait mis toute sa confiance.
» Ceux qui l'ont entouré l'ont entendu souvent parler de lui-même avec humilité, et professer hautement de ne compter que sur Jésus et sur son œuvre pour aller au Père. Aussi vitil venir la mort avec une paix parfaite. Bien loin de vouloir se rattacher à cette vie, son âme tendait véritablement à déloger pour être avec Christ. Quelques jours avant sa mort, il prononça ces paroles qui, pour être antithétiques, n'en exprimaient que plus fortement la pensée de son cœur: « Si un ange de Dieu » venait m'annoncer que je suis rendu à la vie, je crois que j'en •» mourrais de douleur. »
» Il parla très peu depuis le jour où il garda le lit. Il avait peu de forces, et il paraissait craindre d'être distrait de ses saintes contemplations. Il dit un jour à une parente qui le soignait : « Si je pouvais parler, je pourrais te dire bien des choses » que je vois clairement maintenant. »
» — Pauvre ami, comme tu souffres, lui disait cette parente.
» — Non, pas pauvre, lui répondit-il, puisque je vais être mis en possession de si grandes richesses.
» C'est avec cette paix, cette victoire sur le monde et sur la mort, que ce respectable vieillard quitta cette terre. C'est avec cet insigne honneur que la grâce de Dieu avait fait reposer sur lui, que ses cheveux blancs descendirent dans le sépulcre. Que le nom du Seigneur en soit béni 1 Après sa mort, son exécuteur testamentaire donna connaissance des intentions de M. Levade quanta sa sépulture. Il désirait qu'elle fût aussi modeste que possible, et que sur sa tombe fussent gravées ces paroles de la Bible : J'ai cru a ta Parole. Il demanda de plus que sa tête reposât sur le testament grec qu'il lisait journellement. « C'est
i un ami, disait-il, dont je me suis toujours bien trouvé, et dont » je ne veux pas me séparer \ i
Il était naturel autant que juste que nous fissions quelque mention de la mort d'un homme qui, vingt ans auparavant, avait été l'un des instruments dont Dieu s'était servi pour réveiller dans notre pays la piété et le zèle chrétien. La part prise par Levade au mouvement religieux de notre époque a été aussi réelle qu'efficace, quoique lui-même ne soit pas sorti du cercle d'activité dans lequel il avait cru dès l'abord devoir se renfermer. Nature modeste, Levade était un homme de paix, et, entouré comme il Tétait, il faut lui savoir gré de s'être tenu en dehors de toutes les intrigues ecclésiastiques ou autres qui avaient pour but d'entraver la marche du réveil et de persécuter ses adhérents.