CHAPITRE L
plus souvent peut nuire au vrai développement ou amendement religieux de ceux qui en sont atteints et de ceux qui l'exercent. » Après un long détour et de nombreuses expériences sur lui-même et sur d'autres, après avoir vu et étudié dans d'autres pays la marche des congrégations dissidentes de diverses dénominations, et après les avoir comparées avec le bien qui s'opère dans une église nationale, lorsqu'elle conserve et laisse librement circuler la vérité, M. Chavannes était, disait-il, revenu sur ces points, avec connaissance de cause, aux vues qui étaient entretenues, croyait-il, par la généralité des membres éclairés des églises nationales de tous les pays. Il demeurait convaincu « que cet ordre de choses est plus conforme aux desseins de miséricorde de notre Dieu envers les nations que tout autre. » De retour au canton de Vaud, M. Chavannes désirait donc s'unir ostensiblement- à l'église dans le sein de laquelle il avait reçu un ministère l.
Le désir exprimé par M. Chavannes ne pouvait être que bien accueilli par l'académie. Antérieurement déjà, on avait manifesté dans les classes des sentiments de charité chrétienne et de fraternité à l'égard des séparatistes qui reviendraient à l'église nationale, et la classe de Morges, en particulier, avait adopté une proposition tendant à demander au gouvernement que les ministres de l'Evangile qui avaient été rayés comme dissidents du rôle des ecclésiastiques du canton, et qui se sentiraient appelés à exercer de nouveau leur ministère dans l'église nationale, y fussent réintégrés à mesure qu'ils en exprimeraient le désir. L'académie approuva donc la démarche de M. Chavannes et, par arrêté du 17 juillet 1833, le conseil d'état prononça la réintégration de ce ministre dans le rang des impositionnaires de la consécration de 1819.
La rentrée de M. Alexandre Chavannes dans l'église nationale
Procès-verbaux de l académie, 25 juin 1 S 3 3 .
MOUYEM. RELIG. III
était une perte sensible pour la dissidence. Ce ne devait pas être la seule, comme nous le verrons dans la suite, mais elle indiquait déjà quels progrès la vie religieuse et la largeur de vues avaient faits dans le clergé national et, en revanche, dans quelle phase nouvelle la dissidence était entrée. La grande importance donnée à la discipline ecclésiastique repoussait maintenant plusieurs de ceux qui, à l'origine, avaient cru voir dans cette discipline le palladium de la vérité et la garantie de la pureté de l'église.
C'est à la fin de la période dont nous retraçons l'histoire et au moment où, après les troubles de Vevey, le grand conseil s'apprêtait à révoquer la loi du 20 mai, que mourut le professeur Levade. Il termina sa carrière terrestre le vendredi lOjanvier 4834, à l'âge de quatre-vingt-quatre ans.
Levade, nous le savons, avait été en 1814 le fondateur de l'œuvre biblique dans notre canton. Jusqu'à son dernier jour il n'avait cessé de prendre un vif intérêt à l'accroissement de cette institution, et à la multiplication parmi nous des sociétés destinées à répandre la Parole sainte et les livres religieux qui peuvent réveiller le goût et le besoin de la lire. Seulement, par le fait des circonstances, Levade avait été un peu relégué à l'arrière-plan, et il faut ajouter qu'il ne désirait pas sortir du demi-jour dans lequel il se trouvait depuis un certain nombre d'années. « Quoique jouissant d'une fortune considérable pour ce pays, et de tout ce qui est propre à attacher à la vie, M. Levade avait reçu de Dieu cette grâce de considérer toujours sa fin. Il y avait vingt ans qu'il avait fait construire le cercueil qui devait renfermer sa dépouille mortelle. Il le tenait dans sa chambre, il l'avait couvert de passages écrits de sa main, ei ses yeux se fixaient souvent avec joie sur cet objet qui pour