CHAPITRE III La dissidence
Etat de la dissidence à cette époque. — Symptômes fâcheux. — L'église d'Yverdon.
— Le lardonisme. — Vauto-da-fè sur la route de Grandson. — La tentative de Lucens. — Protestation des autres églises dissidentes. — Exode des lardonistes.
— La controverse sur la question de l'église. — Ecrits de MM. Vivien, F. Olivier, Bauty, Grandpierre (les Archives du christianisme), Guers.
Au commencement de 1831 , on comptait dans le canton de Vaud environ cinq cents dissidents, répartis entre seize églises au moins et ayant à leur tête huit pasteurs. Cependant, à celte époque, pas une seule assemblée dissidente n'aurait été assez nombreuse pour être mise au bénéfice de l'égalité des cultes, si celte mesure avait été décrétée par l'assemblée constituante. Les hommes qui voyaient avec le plus de regret la dissidence, ceux qui auraient redouté par-dessus tout que la constitution proclamât la liberté des cultes, pensaient donc pouvoir se tranquilliser au sujet des progrès futurs des églises séparées. C'est ainsi que Y Ami de l'église nationale, dans un article intitulé : La dissidence augmentera-t-elle 1 ? après avoir reconnu que les dis-
1 Du 4 mai 1831.
sidents étaient fidèles à l'Ecriture, que leur doctrine et leur morale étaient les mêmes que celles de l'église nationale sur tous les points; après avoir constaté que la dissidence ne pouvait avoir quelque succès qu'auprès « des âmes tendres, comme un moyen plus vif de piété; des âmes inconsidérées, en inspirant de la curiosité par le bruit qu'elle faisait ; des âmes susceptibles d'un secret amour-propre ; des âmes qui nourrissaient un esprit d'opposition à la règle ; » c'est ainsi, disons-nous, que VAmi, après avoir établi tout cela, concluait que la dissidence ne faisait courir aucun danger « à l'église constituée par les lois. »
Il est certain que la persécution légale, après avoir donné naissance à la dissidence, avait encore contribué à son extension et à son affermissement dans le pays. Après chaque procès intenté aux sectaires, en vertu de la loi du 20 mai, on avait constaté une recrudescence dans le mouvement dissident. La liberté religieuse devait être plus préjudiciable à ce mouvement que l'oppression et la violence. La dissidence fit cependant encore quelque progrès dans le pays après 1830, et le nombre des églises de ce type s'accrut jusqu'à une trentaine. Malgré le brevet d'impuissance que Y Ami de Véglise nationale et les hommes de ce parti se plaisaient à donner à l'activité dissidente, celle-ci avait donc pour elle l'ardeur du prosélytisme, quelques principes justes et les imperfections criantes de l'église nationale. Mais le plus grand obstacle que la dissidence devait rencontrer n'était pas tant extérieur qu'intérieur: c'était en elle-même qu'elle portait le germe de sa dissolution et elle devait finir par se dépouiller et se détruire de ses propres mains.
Déjà depuis quelques années des symptômes inquiétants s'étaient montrés dans plusieurs des troupeaux séparés. Nulle