CHAPITRE III
est écrite avec une franchise, une loyauté toute chrétienne. On ne pouvait attendre moins d'un homme tel que M. Guers. Lorsqu'il stigmatise Yélroitesse de certains chrétiens qui veulent soumettre tous les frères à leur schibboleth, il fait certainement allusion à des faits bien connus dans les églises. Au début même de son ouvrage, il s'était déjà cru autorisé à signaler, comme fort à craindre dans les troupeaux du Seigneur, l'esprit d'indépendance charnelle et d'insubordination. A la vérité, ce n'était encore qu'une petite nuée qui se montrait à l'horizon des églises1, mais l'impression de Y Essai n'était pas achevée que la nuée avait singulièrement grossi. M. Guers lui-même, en parlant de l'église comme ayant été complètement bouleversée par Vhomme dépêché-, ne contribuait-il pas, sans s'en douter assurément, à préparer la ruine des congrégations dissidentes par l'effroyable tempête que le darbysme allait déchaîner sur elles, en exploitant si habilement l'idée de Y apostasie de l'église?
L'Essai sur la nature des églises de Christ, bien que publié à Genève et par l'un des chefs de la dissidence genevoise, appartient directement à notre sujet, et constitue l'un des éléments de cette polémique commencée par M. Olivier et dont nous aurons à nous occuper de nouveau lorsque nous retr niirtn l'histoire du mouvement religieux dans le canton cfè ?diid après 1834. Mais Y Essai a encore un autre genre d'importance; c'est toute une systématisation du sujet ou un compendium qui entre dans une foule de détails sur la vie intérieure de l'église au point de vue dissident. Or, cet ordre de vie intérieure a été expérimenté dans les troupeaux séparés et l'on a pu voir par la pratique ce que la théorie avait à la fois de bon et de mauvais.
L'ouvrage de M. Guers renferme un posl-scriptum qui n'est autre chose qu'une réponse à Y Adresse de M. Grandpierre. Nous
1 Essai, pag. 93.
* Essai, pag. 208.
avons fait à ce dernier écrit la part qui lui revenait dans le débat, mais nous avons été frappé de la vie, du feu, du nerf dont M. Guers fait preuve dans sa réponse. Nous comprendrions que beaucoup de ceux qui avaient d'abord acclamé Y Adresse eussent été calmés et rendus quelque peu hésitants par \e jiost-scriptum de YEssai. Il est plus facile maintenant de faire le départ entre le vrai et le faux, entre le possible et L'impossible, dans toutes ces théories, dans tous ces systèmes que le temps s'est chargé de commenter à sa façon et d'illustrer par des expériences fréquemment renouvelées.