‹ Histoire du movement religieux et ecclésiastique dans le canton de Vaud (volume 3)Chapitre 75 sur 171 · CHAPITRE Ht · texte numérisé non relu

CHAPITRE Ht

gile ne porte pas le caractère d'une logique saine.... C'est sur une base beaucoup plus large que les premières églises furent édiûées. L'église (pour les apôtres) n'a pas été uniquement, ni même avant tout une société, mais principalement un établissement d'éducation, une école.

Les Archives constataient les progrès de la dissidence, l'apparence de solidité qu'avaient revêtue leurs églises ; mais elles attribuaient ce fait en partie aux persécutions qui leur avaient inspiré un esprit de corps, en partie à la délicatesse des nationaux qui n'avaient pas voulu attaquer les dissidents persécutés. La question de la dissidence n'avait point, jusqu'aux derniers temps, été portée sur le terrain de la discussion publique. Mais le silence avait été rompu par les dissidents eux-mêmes ; l'écrit de M. Olivier avait ouvert la discussion sur ce sujet et cet écrit pouvait être considéré comme le manifeste officiel, le symbole de cette fraction de l'église réformée.

Au jugement des Archives, l'avantage de l'étendue de la pensée, de l'esprit philosophique et de la fidélité de fait aux instructions de la Parole sainte, restait à l'auteur de Y Adresse fraternelle. La Revue chrétienne, de son côté, recommandait l'œuvre du pasteur de Paris comme une « réfutation calme et solide des principes de la dissidence1. »

Mais le combat ne devait point finir ainsi. Déjà même avant l'apparition de Y Adresse fraternelle, M. le pasteur Guers, de Genève, mettait sous presse un volume intitulé: Essai sur la nature et l'organisation des églises de Christ, sur la séparation des enfants de Dieu d'avec le monde et son culte, etc. 2 L'auteur, dans

1 Revue chrétienne, 1832, pag. 498.

* Genève et Paris, 1833.

son avanl-propos, s'exprimait ainsi : « C'est sur le principe de l'imitation des églises apostoliques que repose tout le travail que nous publions. C'est sur ce même principe que sont établis tous nos troupeaux. » Du reste, V Essai n'était la profession de foi d'aucune église ; il exposait simplement les convictions de l'auteur et de quelques-uns de ses frères.

La première partie, principalement composée de témoignages de l'Ecriture, établissait ce que M. Guers envisageait comme l'enseignement de la Parole de Dieu sur la nature et l'organisation des églises de Christ. La seconde partie déduisait la légitime conséquence de tout ce qu'enseignait la première, savoir la séparation des enfants de Dieu d'avec le monde et son culte, et leur réunion en églises pour servir le Seigneur selon sa Parole. « Il faut, disait l'auteur, quitter les églises nationales, ce ne sont pas de vraies églises, » et il prétendait que la séparation résultait en particulier du but de la cène, car la cène n'appartient qu'aux enfants de Dieu et chacun d'eux ne doit la prendre qu'avec ses frères. Il va sans dire que M. Guers voyait la séparation commandée encore par d'autres raisons, et, d'une manière décisive et générale, par la Parole de Dieu tout entière. Il va également sans dire qu'il interprétait dans ce sens ces mêmes paraboles qui semblaient fournir à MM.Bauty et Grandpierre des arguments tout aussi péremptoires dans leur propre sens. M. Guers admettait du reste à la cène des églises de Christ tout ce qui était né de Dieu ; donc, des chrétiens nationaux aussi bien que d'autres. Cela paraissait large ; toutefois, dans la pratique, il était apporté un grand obstacle à cette admission , l'église [devant constater par examen suffisant, chez celui qui s'approchait de la cène, la qualité ù' enfant du Père.

U Essai renferme un chapitre d'un intérêt tout particulier. En effet, les Avis fraternels aux chrétiens séparés sont, à bien des égards, comme l'auteur le dit lui-même, une page de l'histoire ecclésiastique du moment, et il faut reconnaître que cette page

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