CHAPITRE PREMIER
La révolution et les cultes extra-légaux.
A bas le méthodisme! — Ce que signifie ce cri. — Discrédit jeté sur le clergé et sur la piété. — L'objectif des promoteurs de la révolution. — Attaques violentes dirigées contre les oratoires. — Nombreuses émeutes. — La conduite du gouvernement. — Lettres du conseil d'état au préfet de Lausanne. — Les désordres d'Iran. — La lettre du conseil d'état au préfet de Lavaux. — Etrange position du conseil d'état. — La circulaire aux préfets du canton. — Les doctrines du conseil d'état interprétées par les préfets et par le peuple.
La révolution de février ayant réussi, et même au delà des espérances de ses promoteurs, il semblait que, la question des jésuites, au nom de laquelle cette révolution avait été faite, une fois entrée dans une nouvelle et dernière phase, la phase
fédérale, le canton de Vaud dût recouvrer aussitôt le calme dont il avait joui antérieurement.
Il n'en fut rien. L'agitation, bien loin de se calmer, continua, redoubla même, mais en changeant subitement de cause, ou plutôt de prétexte. Au cri de : A bas les jésuites 1 on entendit succéder immédiatement celui de : A bas les méthodistes !
Gomment expliquer ce changement à vue dans les manifestations populaires? Comment s'est-il fait qu'aussitôt après la révolution la question des jésuites soit rentrée dans le silence, et que la colère d'une partie notable du peuple se soit tournée contre ceux-là seuls qui étaient en mesure de faire une opposition vraiment sérieuse aux disciples de Loyola?
Il ne faut pas s'y tromper! Ce changement fut plus apparent que réel. Dans les cris poussés par les masses, le 14 et le 15 février, perçaient déjà des dispositions très hostiles à l'égard de ceux qu'on appelait indifféremment aristocrates ou méthodistes. Peu de temps avant la révolution, des indices non équivoques auraient pu ouvrir les yeux des moins clairvoyants sur ce qui se préparait, et les articles haineux du Nouvelliste vaudois étaient bien faits pour ne laisser aucun doute à cet égard. L'organe du parti radical prenait à tâche de soulever le peuple contre ceux qu'il appelait, avec une rare impudence, les jésuites protestants1. Aussi, quiconque avait observé depuis quelques années ce qui se passait dans le pays, pouvait, sans trop s'avancer, prévoir pour un temps donné l'explosion des passions habilement et perfidement excitées. Sous le calme apparent s'accomplissait un travail lent mais sûr.
Depuis sept ou huit ans, l'école radicale faisait parmi nous d'incontestables progrès. De temps à autre, elle remportait une victoire qui jalonnait pour elle la route du pouvoir absolu. La loi ecclésiastique du 14 décembre 1839 devait être l'une, et non la moins signalée, de ces victoires.
4 Nouvelliste vaudois, 1845, N° 11, 7 février.