CHAPITRE I
Tant que sa sécurité, son repos, la moralité publique sont respectés, il a celle de laisser faire, de laisser chacun jouir du droit de se réunir à d'autres. La force armée, dont dispose le gouvernement, ne doit pas être mise à la disposition de l'assemblée qui se forme, pas plus qu'elle ne doit agir pour la dissoudre. Il y a des tribunaux et une police. Et, du reste, comment l'état protégerait-il préventivement les réunions religieuses? Elles changent constamment de jour et de lieu. Au fait, à peine, sur vingt, une a-t-elle été troublée (!!!). « On dit que néanmoins, dans leurs homélies, les méthodistes chantaient déjà la sublimité du martyre et la gloire de mourir sur le bûcher, s Pour l'ordinaire, cependant, ces troubles étaient peu de chose. Quinze ou vingt individus, des curieux, des enfants, des agents provocateurs (11), qui stationnaient en criant devant la porte de la maison, actes très peu inquiétants, dont souvent les lésés ne se sont pas même plaints. Le gouvernement a posé en principe qu'il ne déploierait pas de mesures préventives, ce qui, pris isolément, signifie déjà que lorsque des plaintes seraient faites, justice aurait son cours (11?). Le gouvernement a fait encore plus, il s'est adressé d'une manière pressante aux adversaires des méthodistes, pour arrêter les éventualités de troubles et de désordres, comme le démontre la seconde partie de sa lettre au préfet de Lavaux1 (!lî).
Voilà avec quels sophismes, sur quel ton, le journal du président du conseil d'état pensait justifier la conduite ambiguë, équivoque du gouvernement et calmer les passions excitées. Au moins la Gazelle, malgré sa poltronnerie habituelle, n'avaitelle pu s'empêcher de protester contre les doctrines du conseil d'état qu'elle trouvait « impolitiques et dangereuses pour l'ordre social2? » Le gouvernement pouvait émettre des circulaires pleines de protestations en faveur de la liberté religieuse, les
1 Nouvelliste vaudois, 1845, N° 33, 25 avril. * Gazette de Lausanne, 1845, N° 31, 18 avril.
amateurs de désordre n'en croyaient pas moins que l'interprétation du Nouvelliste était la bonne. En rendant compte d'un nouvel acte de violence commis, le dimanche 4 mai, dans la rue Saint-Pierre, à Lausanne, entre dix et onze heures du matin, contre une réunion de plymouthistes, ce journal n'avait-il pas ajouté, sous forme de conclusion : « Le fanatisme et la persistance de quelques sectaires à se réunir hors de l'église sont, au reste, la cause de tout ce bruit. » Les vrais coupables n'étaient pas les perturbateurs, mais leurs victimes. Quelle négation du droitl