CHAPITRE I
Lorsque cette circulaire du conseil d'étal aux préfets, et par eux aux municipalités, eut été rendue publique., on fit remarquer, avec raison, que si elle prouvait l'intention du gouvernement de ne pas empêcher le cours de la justice, elle prouvait aussi qu'il avait abdiqué jusqu'à un certain point sa plus haute prérogative de gardien naturel de tous les droits et de tous les intérêts des citoyens, pour se réduire de son plein gré au simple rôle de marguillier. L'exercice de la police judiciaire était entravé par la violence des perturbateurs, par l'intimidation des lésés, qui craignaient que leurs plaintes n'eussent d'autre effet que d'empirer leur position, et par les doctrines inadmissibles du gouvernement sur les mesures protectrices du droit des citoyens. D'ailleurs d'autres faits, d'une gravité particulière, avaient déjà donné lieu de craindre qu'il n'existât quelque désaccord entre les intentions avouées du conseil d'état et les actes secrets de son administration. Au besoin, la manière dont l'organe semi-officiel du gouvernement exposait les faits et commentait les doctrines, aurait été de nature à ne faire croire aux bonnes intentions du gouvernement que sous un sérieux bénéfice d'inventaire.
Il semble que le sentiment du désaccord auquel nous venons de faire allusion ait existé dans cette portion du peuple qui est toujours prête pour le bruit et le désordre, car, malgré les injonctions du conseil d'état à ses préfets, à celui de Lausanne, en particulier, on vit tout aussitôt se renouveler les scènes qui avaient motivé ces injonctions. Croyait-on réellement à la ferme volonté du conseil d'état de maintenir la justice pour tous? On pourrait en douter. Nous avons vu comment le préfet de Lavaux interprétait la pensée du gouvernement. Celui de Cossonay ne comptait pas davantage sur un appui énergique du pou-
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voir. La société évangélique de cette ville s'étant réunie dans son local ordinaire, apprend que la séance va être troublée; elle en prévient la municipalité. Le préfet, consulté, rend la société évangélique responsable de tout ce qui pourrait arriver, si elle bravait V opinion publique!!! A Vallorbes, sur le vu de la circulaire du conseil d'état, les services libres qui avaient eu lieu jusque-là dans le temple, sans aucun obstacle, sont immédiatement suspendus par ordre de la municipalité.
A Lausanne, le dimanche 20 avril, entre neuf et dix heures du soir, au Clos-de-Bulle, une bande d'individus jette d'énormes cailloux contre la maison d'habitation. Ils en font autant au Pré-du-Marché, au Chemin-neuf. A Beaulieu, à la même heure, deux hommes se présentent; ils déclarent qu'ils viennent fouiller la maison et dissoudre l'assemblée, qui n'existait pas. Le gouvernement ne veut ni jésuites, ni mômiers, ni aristocrates, disent-ils, et ils prétendent avoir le droit d'entrer. Comme on leur résiste, quinze ou vingt individus de même espèce accourent à leur aide. Les menaces et les injonctions recommencent ; on parle d'incendier la maison. Cette scène dure fort longtemps, mais les assaillants s'apercevant qu'on est allé chercher du secours, battent enfin en retraite. Aucune des personnes attaquées n'était méthodiste ou dissidente; aucune assemblée religieuse n'avait eu lieu dans cette campagne. 0 liberté 1
Mais quoi? cinq jours après ce que nous venons de raconter, le Nouvelliste ne déclarait-il pas que le conseil d'état s'était placé vis-à-vis des méthodistes sur le terrain du droit et de la justice!? Qu'on relise le très curieux article intitulé : Des méthodistes et de l'état. Rien de plus instructif que cette habile apologie de la conduite du gouvernement. Envisagée au point de vue de l'état, la liberté des cultes se lie à un droit primordial, antérieur à toute constitution et plus fort qu'elle, c'est le droit des citoyens de se réunir dans un but quelconque. Les méthodistes possèdent ce droit. Quelle est à leur égard l'obligation de l'état?