CHAPITRE IL
pendante de Morges. Deux députés de cette église, MM. Humbert et Mousson, assistaient à cette séance et répondirent aux questions qui leur furent adressées. Malgré ces explications et la lettre de M. Burnier, la commission partagea les sentiments de son bureau. Elle exprima la peine qu'elle éprouvait de cette scission momentanée, et se montra pénétrée de la nécessité où l'on était de marcher d'accord et de ne pas fournir, par des divisions, des armes aux adversaires. Ne pouvant examiner en détail la constitution de l'église déjà organisée, elle lui tendait cependant la main d'association, tout en insistant sur les principes anticongrégationalistes et sur la croyance où étaient les membres de la commission que l'église peut, dans certaines conditions, s'unir à l'état*.
Malgré tout, l'initiative prise par quelques frères de Morges ne fut certainement pas sans exercer une influence heureuse sur la marche des événements. Il fallait que quelqu'un allât de l'avant pour montrer à la masse des démissionnaires et des paroisses libres le chemin qui, seul, s'ouvrait devant leurs pas, mais qu'ils hésitaient encore à suivre. Nul n'était mieux placé ni mieux qualifié pour cela que M. L. Burnier. Nul n'avait une vue plus claire sur la situation, un discernement plus fin de l'état des esprits à cette époque et au sein des troupeaux qui se formaient lentement. « 11 me paraît, disait-il alors dans une prédication faite à Morges, que les obstacles à la formation de l'église sont plus considérables au dedans qu'au dehors. Hélas l que de formalisme n'avons-nous pas à déraciner, que de préjugés à combattre, que de préventions contre les personnes, quelle ignorance des premiers principes, combien de pusillani mité, que de peine à prendre de soi-même un parti et en même temps que de lenteur à suivre ceux qui sont décidés*. »
* Dixième circulaire de la Commission, 30 avril.
■ Trois sermons pour le temps présent. (Second sermon : L'église en formation, pag. 40.) Lausanne, Georges Bridel, 1846. 63 pag. in-8.
S'il est, dans l'histoire religieuse et ecclésiastique de notre canton, quelque chose d'instructif, c'est le fait que les mesures arbitraires, injustes ou despotiques du gouvernement ont presque toujours fourni aux doctrines attaquées l'occasion de s'affirmer, et, par conséquent, de s'affermir. Le moment où nous sommes parvenus nous en fournit un nouvel exemple.
Dans sa circulaire du 24 décembre aux préfets et aux municipalités, le conseil d'état, faisant allusion à l'établissement d'une église « prétendue libre ou indépendante, » posait cette alternative : cette église aura une doctrine différente de celle de l'église nationale, ou la même doctrine; « pas de milieu. » Et, naturellement, le conseil d'état en concluait que cette doctrine devant être différente, ne serait que ce « méthodisme » qui avait déjà assez fait de mal au pays, et « contre lequel on ne saurait trop se tenir en garde. »
La commission générale des démissionnaires, pénétrée de la gravité d'une semblable accusation, crut qu'il y avait quelque chose à faire, soit pour rassurer les églises chrétiennes protestantes sur la foi de l'église en formation, soit pour s'unir avec ces mêmes églises dans une communion plus étroite. Sans doute, la commission préparait déjà, pour les églises étrangères, un historique complet des faits qui avaient amené la démission 1 ; mais cela ne lui paraissait pas suffire ; il fallait une déclaration de foi, courte et catégorique, destinée à dissiper tous les doutes sur les croyances de la future église et à fixer le point de départ historique de la phase religieuse actuelle2.
1 11 s'agit ici du Précis des faits, etc., par M. Baup, ouvrage qui parut en avril
* Sixième circulaire de la Commission, etc., 21 janvier 184G.