CHAPITRE II
furent prorogés et l'on écrivit à ceux qui avaient gardé le silence. Un mois après la révolution, la correspondance sur ce sujet entre les préfets et les pasteurs n'était pas encore arrivée à son terme1.
L'arme dont le gouvernement avait réussi à se munir n'était point destinée à se rouiller dans le fourreau. Il importait d'avoir l'occasion de s'en servir, d'abord sur une petite échelle à la vérité, mais d'une manière suffisamment efficace pour rappeler aux pasteurs qu'ils dépendaient de l'autorité civile.
La circulaire réclamant l'adhésion au nouvel état de choses avait été adressée aux seuls pasteurs et non à leurs suffragants. Ceux-ci, ou du moins la plupart d'entre eux, ne se crurent donc pas appelés à envoyer de réponse. Tel fut le cas en particulier de MM. Jordan, à Lutry, et H. Monneron, à Perroy. Ils furent destitués. Invitée à les remplacer, la commission ecclésiastique présenta au conseil d'état quelques observations. Les deux suffragants destitués se trouvaient dans le cas du très grand nombre des impositionnaires qui, n'ayant reçu aucune invitation à formuler leur soumission, ne l'avaient pas envoyée. La commission demandait qu'une invitation générale fût adressée aux suffragants, ou que la mesure sévère dont deux d'entre eux venaient d'être les objets fût révoquée. Le conseil d'état répondit à la commission en confirmant la résolution prise par le gouvernement provisoire. Mais la paroisse de Lutry protesta contre cet acte arbitraire par la pétition suivante :
1 Nous avons entre les mains la lettre adressée, le 10 mars, par le préfet de Vevey, M. de Mellet, à M. F. Frossard, pasteur à Jongny. Le préfet donnait six jours au pasteur pour adhérer par écrit, à défaut de quoi, « il serait déclaré démissionnaire. » C'est le 7 mars que le conseil d'état élu de la veille s'était décidé à employer ces moyens extrêmes contre les récalcitrants.
Lutry, le 8 mars 1845.