‹ Histoire du movement religieux et ecclésiastique dans le canton de Vaud (volume 4)Chapitre 17 sur 269 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

tionalité et de toute morale, à la justice surtout. D'une part donc se trouvaient des chefs qui, précédemment, comme gouvernants ou comme particuliers, ne s'étaient pas toujours fait connaître comme des modèles de moralité, ou avaient professé des principes funestes, et qui, bien certainement au moins, n'avaient participé en rien au mouvement religieux. D'autre part, se voyaient les hommes cultivés, les hommes moraux, les hommes pieux, et, en tant que tous ces traits convenaient à leur caractère, les pasteurs. Ces derniers avaient toute raison de se défier des premiers, de même que les premiers se défiaient des pasteurs auxquels, malgré tout, il devait être très difficile de persuadera leurs ennemis qu'ils étaient dégagés de toute préoccupation politique. Aussi le chef-d'œuvre de diplomatie du gouvernement provisoire fut-il de placer les pasteurs dans une situation critique, et de les compromettre aux yeux du peuple en exigeant d'eux l'adhésion. Cet acte d'autorité eût pu hâter de plusieurs mois la démission si les pasteurs avaient mieux connu leurs antagonistes, s'ils avaient eu le droit d'être moins patients, et peut-être aussi si leurs adversaires avaient été plus certains de tous les succès qu'ils devaient remporter dans la suite. On peut se demander si, non seulement comme citoyens, mais encore comme ministres de l'Evangile, ils n'auraient pas dû refuser franchement toute adhésion. La rupture inévitable se serait alors accomplie dans de meilleures conditions.

Quoique le Nouvelliste1 eût pris le soin de donner une formule d'adhésion pure, simple et absolue, un grand nombre de pasteurs furent loin de s'y conformer. La plupart répondirent que, sans pouvoir approuver la manière dont la révolution s'était accomplie, ils se soumettaient franchement au gouvernement de fait, puisque l'Evangile leur en faisait un devoir. Sauf

1 N° 14, 18 février.

les différences de rédaction, les adhésions exprimaient presque toutes la même pensée. Voici, entre autres, la réponse qui fut faite et signée par neuf pasteurs de la conférence de Vevey.

Vevey, 20 février 1845.

Messieurs,

Comme le Maître dont nous sommes les ministres nous prescrit la soumission aux autorités qui existent, nous déclarons nous soumettre franchement au gouvernement provisoire1. Toutefois, le respect que nous devons à la sainteté du serment que nous avons prêté à la constitution, ne nous permet pas d'adhérer aux résolutions des assemblées populaires des 14 et 15 courant. Notre attachement à nos paroisses et le désir d'éviter, autant qu'il est en nous, des embarras aux autorités, nous font un devoir de continuer les fonctions qui nous ont été confiées, et cela jusqu'à ce qu'il en ait été ordonné autrement.

Recevez, messieurs, nos salutations respectueuses.

Toutes les formules d'adhésion furent envisagées comme valables par le gouvernement encore hésitant : l'important pour lui était de les obtenir. Cependant il fut irrité, paraît-il, de la réserve faite par les pasteurs relativement aux actes souverains. Cette réserve d'un côté, cette irritation de l'autre, devaient être le point de départ des événements subséquents et du conflit qui ne tarda pas à naître et à s'aggraver. Pour obtenir des actes semblables de la part de tous les pasteurs, les délais primitifs

4 Le gouvernement de fait, telle fut l'idée à laquelle se rattachèrent la plupart des pasteurs. Le 19 février, la conférence de Moudon-Payerne était réunie à Marnand, chez M. Fréd. Mellet, pasteur à Granges. Vingt et un ecclésiastiques étaient présents. MM. Druey et Briatte, se rendant à la diète de Zurich, vinrent à passer en ce momenflà à Marnand. Pendant qu'on changeait les chevaux, un des pasteurs M. B. de Montpreveyres, s'approcha de la voiture et questionna MM. D. et B. au sujet de la formule d'adhésion. On lui répondit qu'on pourrait la faire dans les termes qu'on voudrait. « Nous adhérerons, dit M. B., au gouvernement de fait ! — Et de droit! » cria M. Druey d'un ton impérieux, tandis que la voiture se remettait en marche. Pour beaucoup de pasteurs, le fait accompli faisait de l'adhésion une nécessité. Ils s'y soumettaient comme à la grêle, disait l'un d'eux.

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