‹ Histoire du movement religieux et ecclésiastique dans le canton de Vaud (volume 4)Chapitre 20 sur 269 · chapitre n. 4b · texte numérisé non relu

chapitre n. 4b

M. Marquis, second pasteur de Montreux, n'était pas une personne agréable au conseil d'état. Son zèle, ses vertus, plus encore que sa position de fortune, lui avaient acquis une grande influence dans la contrée qu'il habitait, et nous avons vu quels efforts il avait faits pour arrêter dans leur marche sur Lausanne les bandes de la plaine du Rhône. Tout à coup, le 22 mars, on apprit que M. Marquis venait d'être brusquement destitué. Pourquoi? On l'ignorait. Bientôt cependant il transpira que M. Marquis s'était laissé adresser deux circulaires successives avant de répondre à l'interpellation officielle et qu'en répondant, comme ses confrères, au préfet, qu'il obéirait au gouvernement de fait, il avait dit : « Je ne puis m'associer, ainsi que votre première communication, du moins, paraissait m'y inviter, aux résolutions des assemblées populaires des 14 et 15 février, ni adhérer aux principes de la révolution que ces deux journées ont vu consommer, révolution que je ne regarde pas seulement comme un événement grave, mais comme un vrai malheur. Cette réserve faite, je puis bien, après avoir enseigné comme pasteur le devoir de la soumission aux puissances supérieures, vous prier, Monsieur le préfet, de faire savoir au gouvernement actuel, né de la révolution de février, que je le reconnais et que je suis prêt à entrer en relation avec lui pour tout ce qui concerne la charge pastorale qui m'a été confiée. »

Bien qu'il ne différât pas essentiellement d'un grand nombre d'autres, ce dernier acte de soumission fut jugé insuffisant et son auteur déclaré démissionnaire. On se demanda alors avec étonnement en quoi l'opinion de M. Marquis sur le principe de la révolution et sur cette révolution elle-même pouvait nuire à l'exercice de son ministère, ou compromettre la sûreté de l'état? Fallait-il donc, pour prêcher avec fruit l'Evangile, pouvoir approuver toutes les révolutions qui arrivent les unes après les autres dans un pays et les considérer comme un bien? D'ailleurs, aux yeux de beaucoup, le principe de la révolution de

février était-il autre chose que la prétention d'accorder aux minorités le droit d'usurper la souveraineté du peuple, de se mettre en lieu et place de la nation et de prendre des résolutions en son nom, sans avoir reçu d'elle aucun mandat pour agir de la sorte1?

Le conseil d'état, qui destituait M. Marquis parce qu'il ne jugeait pas suffisant l'acte de soumission écrit le 14 mars par ce pasteur, était-il au moins dans son droit? Il le prétendit, en alléguant qu'il était resté nanti des pouvoirs extraordinaires du gouvernement provisoire, bien que des élections régulières eussent depuis reconstitué le grand conseil, qui avait lui-même nommé le nouveau conseil d'état.

La prétention était excessive, et c'est ce qu'on chercha aussitôt à démontrer au conseil d'état. Le bureau de la classe de Lausanne et Vevey, prévenu officiellement par une lettre de la commission ecclésiastique du 24 mars, de la destitution du pasteur de Montreux, se hâta de rappeler au conseil d'état que, « d'après la loi ecclésiastique, un pasteur pouvait être soumis à des peines disciplinaires, dont la plus grave était la destitution ; mais que cette loi prescrivait, pour les procédures dirigées contre les pasteurs, des formes protectrices de leur honneur et de leurs droits. » Le bureau de la classe signalait entre autres l'art. 144 de la loi qui disait que les dénonciations venant du conseil d'état étaient nécessairement soumises à la classe, et l'art. 44-5, que la classe entendait la personne inculpée dans ses moyens de défense et prononçait ensuite sur le cas. Or M. Marquis avait été destitué par le conseil d'état (et non par le gouvernement provisoire) sans que ces formes protectrices eussent été suivies. C'étaient là des procédés bien propres à inspirer aux pasteurs de vives inquiétudes, et le bureau de la

1 Conf. Courrier suisse, 1845, N° 27, 4 avril. (Lettre de M. le pasteur Grenier, à propos de la destitution de M. Marquis.)

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