‹ Histoire du movement religieux et ecclésiastique dans le canton de Vaud (volume 4)Chapitre 21 sur 269 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

classe demandait au conseil de revenir sur la résolution qu'il avait prise à l'égard de M. Marquis, aucun pasteur ne pouvant être déposé qu'en suivant la marche tracée par la loi *.

Quelques jours plus tard, le 15 avril, quarante-cinq pasteurs et ministres, membres de la classe de Lausanne et Vevey, ou impositionnaires, se réunissaient en conférence dans cette dernière ville et se joignaient à la demande du bureau que M. Marquis fût réintégré dans ses fonctions, ou, à ce défaut, que sa cause fût soumise à toutes les formalités tracées dans le chapitre XII de la loi ecclésiastique2. Ce jour même, le conseil d'état décidait de ne pas prendre en considération la réclamation du bureau, et le 17 il repoussait également la demande des pétitionnaires. Il prétendait, en destituant M. Marquis, avoir simplement exécuté des décisions du gouvernement provisoire, lequel, le 7 mars, au moment de céder la place au nouveau conseil d'état, avait déclaré démissionnaires les fonctionnaires qui, dans six jours, n'auraient pas adressé aux préfets de leurs districts respectifs des explications satisfaisantes. M. Marquis ayant reçu le 12, du préfet de Vevey, l'ordre d'adhérer, avait envoyé, comme nous l'avons vu, le 14, son acte de soumission. Il était donc, semblait-il, en règle avec le pouvoir, mais celuici avait besoin de faire un exemple, et le second pasteur de Montreux devait être sacrifié. Sa lettre était écrite dans des termes peu convenables. Ainsi en jugeait le conseil d'état qui s'attribuait dans cette occasion un pouvoir discrétionnaire absolu et en usait de la manière la plus arbitraire, puisqu'en aucun cas la destitution n'aurait dû avoir lieu sans l'information préalable exigée par la loi de 1839. C'est ce que la classe de Lausanne et Vevey, réunie le 18 juin suivant, se permit de rappeler au conseil d'état. En approuvant les démarches faites par

1 La lettre du bureau était datée de Pully, 7 avril, et signée du doyen C. Dapples. et du secrétaire Espérandieu.

• Ces deux pièces se trouvent in extenso dans le Précis de M. Baup, pag. 85-88.

son bureau à propos de la destitution de M. Marquis, elle déclarait que, selon son jugement, ces réclamations étaient fondées ; elle demandait donc que le pasteur fût réintégré dans son rang et ses droits de membre de la classe *.

En destituant, sans forme de procès, un pasteur sur lequel ne pesait, en réalité, aucune charge, le gouvernement levait en partie le voile qui cachait encore ses intentions à l'égard du clergé, de même que, dans la fameuse lettre au préfet de Lavaux, il avait laissé pressentir la politique qu'il comptait adopter vis-à-vis des réunions religieuses extraofficielles. Qu'il eût affaire avec les nationaux ou avec les dissidents, avec les cultes réguliers ou avec les oratoires, au fond, peu lui importait. A ceux qui se préparaient à faire de l'église établie un « moyen de contenir le sentiment religieux dans de sages limites, » la liberté devait déplaire, parce que la liberté engendre la vie et qu'ils avaient peur de la vie. Aussi la lutte engagée entre le gouvernement et le clergé ne doit-elle pas être réduite aux mesquines proportions d'une querelle de ménage, et ce serait faire preuve d'un esprit bien superficiel que de voir dans les événements qui ont préparé et suivi la démission des pasteurs vaudois une tempête dans un verre d'eau. Les intérêts engagés dans cette lutte n'ont été rien moins que ceux de la liberté la plus précieuse et de cette vie supérieure qui est l'atmosphère même de la vraie liberté.

C'est là ce que comprirent, ce dont ils eurent au moins l'intuition profonde, ces pasteurs de l'église nationale qui ne purent ni ne voulurent rester spectateurs indifférents des scènes qui déshonoraient déjà leur patrie. Ils se sentirent pressés,

1 Actes de la classe de Lausanne et Vevey, 18 juin 1845.

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