CHAPITRE IV
projet, mais ce dernier contient de si excellentes dispositions qu'il peut y adhérer en toute conscience. Il ajoute que, bien qu'il n'ait pas une grande réputation de sensibilité, son cœur est plein de reconnaissance envers Dieu et d'affection pour tous ces frères dont il a été trop longtemps séparé par des divergences de vues, peut-être par des préventions, sans que cependant sa charité ait été refroidie; qu'il est heureux de pouvoir en ce jour leur prouver qu'il n'est point si exclusif et qu'il sait faire des concessions à l'union; qu'enfin il embrasse tous ses chers frères dans les étreintes de l'affection fraternelle et de la charité et qu'il adopte le projet de constitution.
M. Bauty dit que lui aussi se sent pressé de rendre grâce à Dieu pour tous ses bienfaits; qu'il avait dû combattre plusieurs des dispositions du projet, tant en son nom qu'en celui d'un grand nombre de ses frères; qu'il remercie l'assemblée du support dont elle a usé à son égard, des concessions qui lui ont été faites et qui mettent sa conscience à l'aise; qu'il bénit Dieu de ce que, de part et d'autre, on a cédé de ses prétentions dans un esprit d'union, surtout de ce que des frères, trop longtemps divisés, viennent de constater qu'ils ont la même foi et la même espérance, et qu'ils se trouvent de nouveau réunis sur un terrain neutre dans le lien de la charité, pour marcher désormais tous ensemble, avec des moyens communs, vers le même but. M. Bauty accepte donc le projet.
M. Samuel Thomas témoigne de sa sympathie pour l'union; il prie l'assemblée de l'excuser pour l'insistance avec laquelle il a cru devoir défendre des vues qu'il estimait justes. Il justifie sa congrégation des vues à'exclusisme qu'on lui suppose, en montrant que ses actes, mal interprétés, sont un effet de modestie et du désir de se placer dans une position vraie, plutôt que la prétention de servir de modèle.
M. Lochmann demande pardon de ce qu'il ose prendre la parole dans un moment aussi solennel, mais son cœur est trop
plein, il éclaterait en sanglots. Il n'oubliera jamais ce grand spectacle. Il est pour lui visible que le Saint-Esprit est descendu sur l'assemblée et a produit l'union et la concorde qui l'animent. Le souvenir de cette effusion le soutiendra le reste de sa vie et il peut, comme Siméon, s'en aller maintenant en paix.
Plusieurs orateurs, entre autres MM. Scholl et Rivier, ajoutent encore quelques mots d'action de grâce et d'adhésion, puis M. Miéville, président du synode, demande la parole.
11 commence par remercier l'assemblée de la bienveillance avec laquelle elle a supporté sa faiblesse dans une aussi grande tâche; il remercie le bureau de l'appui qu'il lui a prêté, et rend grâce à Dieu de ce qu'il a amené à bonne fin une œuvre aussi difficile et aussi considérable. Toutefois, il doit faire connaître en toute franchise qu'il se soumet à la constitution plutôt qu'il n'y adhère. Non seulement plusieurs de ses dispositions ne sont pas dans ses vues, mais en général il estime qu'il aurait été préférable d'attendre encore sous la main de Dieu avant d'achever une organisation aussi complète, aussi nouvelle que la constitution qui lui est imposée; mais il reconnaît en même temps qu'il lui est bon d'être humilié; qu'il est impossible qu'il ait mieux jugé dans sa faiblesse et dans son isolement que ce grand concours de frères remplis de dons excellents, d'intentions si droites et de vues si claires, tous réunis maintenant pour adopter la constitution discutée, et qu'il se soumet en toute humilité à la décision qui va être prise. Il invite en conséquence ceux qui adoptent le projet de constitution à le faire connaître en se levant.
Le moment était solennel; il devait laisser dans le cœur de tous les assistants d'impérissables souvenirs. La constitution était achevée, mais elle n'était pas encore votée. L'onction du Saint, l'Esprit de Celui au nom duquel le synode était assemblé, manifestait vivement sa présence. Tous les cœurs étaient sous l'empire d'une profonde émotion. Spectacle saisissant et qui
rappelait avec force aux membres ecclésiastiques du synode les assemblées du 11 et du 12 novembre 1845! Alors, répondant à l'invitation de son président, toute l'assemblée se leva comme un seul homme1.
Tout le monde pleurait; mais les larmes répandues étaient des larmes de joie et de reconnaissance. Alors M. le pasteur Vallotton se fait l'interprète de ces sentiments. Dans une admirable prière de clôture, il rend grâce à Dieu d'avoir permis au synode de terminer l'œuvre de la constitution et d'avoir opéré la conciliation des esprits. Il prie pour les jeunes églises qui ont soutenu le synode par leurs prières continuelles; il prie pour l'église évangélique libre, pour l'église universelle, pour la patrie et le rapprochement des cœurs de tous ses enfants 1... pour le développement de la constitution adoptée, afin qu'elle devienne l'étendard haut élevé de la vérité sous lequel viennent se rallier ceux qui combattent Terreur, jusqu'à ce qu'ils passent de l'église militante dans l'église triomphante 1
La constitution qui venait d'être adoptée pour l'église évangélique libre du canton de Vaud, devait être présentée aux églises et recommandée à leur acceptation. Le synode, avant de se séparer, arrêta la déclaration suivante :
Nous soussignés, membres du synode constituant des églises qui se sont formées dans le canton de Vaud en vue de maintenir les droits de Jésus-Christ sur son église, la pureté du ministère évangélique, la liberté religieuse et la saine doctrine, déclarons accepter, pour notre part, le plan général d'organisation exposé ci-dessus2.
1 C'est du moins là ce que constate le procès-verbal des délibérations du synode. Il paraîtrait cependant qu'un délégué, un seul, de Morges, demeura assis à son banc. Son nom ne se trouve pas reproduit dans la Déclaration que nous donnons plus bas.
1 Cette déclaration accompagnait la première édition imprimée de la constitution de l'église libre.
Nous le présentons aux églises qui nous ont délégués, afin qu'elles l'acceptent comme nous.
De plus, nous nommons dans la personne de nos frères, MM. Espérandieu, pasteur, Rivier et Wyttenbach-Chappuis , une commission chargée de recevoir les actes d'acceptation des églises, de pourvoir à leur organisation définitive, selon les règles énoncées ci-dessus, et de convoquer le premier synode.
Et que le souverain chef de l'église lui-même daigne mettre son sceau à l'acte de ce jour, appeler à continuer cette œuvre ceux de ses serviteurs qu'il y jugera les plus propres, et répandre sur eux son Esprit de sagesse et de force, pour la gloire de son nom. Amen. Lausanne, le 12 mars 1847.
aigle : A. Nicati, pasteur; — Dr Bezencenet.
ballaigues : Fréd. de Charrière, pasteur; — Sam. Truan.
baulmes et valleyres : Ad. Tachet, pasteur; — Agénor de Gasparin.
bottens : Const. Mercier, pasteur ; — Keller, pasteur.
chateau-d'œx : Ch. Morel, pasteur ; — Alex. Gronicod.
cheseaux : L. Monastier, pasteur; — H. Bovey.
chevroux : Ch.-Fr. Vallotton, pasteur; — David Rod.
duillier : Solomiac, pasteur; — H. Giral.
echallens : Germond, pasteur; — Golay.
etoy et lussy : H. Martin, pasteur; — Armand de Mestral, pasteur.
grandson : F. Décoppet-Lambert, pasteur; — Hinderer-Porta.
granges de sainte-croix : Raiss, pasteur; — A. Margot.
la sarra : Th. Carrard, pasteur; — Fréd. Gaudin.
la-tour-de-peilz : Ls. Centurier, pasteur.
Lausanne : Phil.-L. Bridel, pasteur; — Ch. Scholl, pasteur.
Espérandieu, pasteur; — S. Chappuis, professeur.
Ed. Chavannes; — Félix Marcel.
François Manuel; — R. Wyttenbach.
Amédée Kohler; — F. Vulliet, pasteur.
Théodore Rivier.
lutry : Leresche, professeur; — Mégroz; — Jordan, ministre, suppléant. missy et grandcour : R. Clément, pasteur; — Aug. Blanc. montreux : Marquis, pasteur; — Eugène Masson. montricher et pampigny : Léger, pasteur; — A. Monastier. morges : Ls. Leresche, pasteur. — S. Descombaz, pasteur. Vallotton-Dapples. — Ls. Burnier, suppléant.