CHAPITRE IV
été mû uniquement par la rédaction obscure de la phrase du projet. On aurait pu croire que la repentance était une œuvre préalable, à accomplir par la force humaine, pour avoir part au salut en Jésus-Christ, et, en outre, qu'il peut y avoir une autre voie de salut pour les pécheurs non repentants1. Nous ne nous étendrons pas davantage sur cet épisode auquel, dans la première partie de cet ouvrage, nous avons déjà consacré une place suffisante2.
Le synode avait fixé au mercredi 10 mars le second débat sur le projet de constitution. Le premier article fut de nouveau modifié, et cela dans un sens plutôt conforme aux idées du projet. L'article second fut également remanié, mais d'une manière peu heureuse, bien que le fond fût maintenu. Malgré les instantes recommandations de Vinet, le synode conserva le symbole massif sorti des discussions du premier débat.
On en était là, lorsque le président, M. Miéville, annonça que, d'après les renseignements positifs qu'il venait de recevoir, le synode allait être attaqué par des perturbateurs. C'était, en effet, le moment où, par suite de la réélection de M. Dapples comme syndic, une vive agitation avait été provoquée à Lausanne par les radicaux, et où les cercles conservateurs de Y Espérance étaient dissous par l'autorité supérieure, au chef-lieu d'abord, puis dans d'autres villes du canton3. Sur la proposi-
1 La Réformation au XIXe siècle, 1847, N° 14, 8 avril.
2 Voy. tom. II, pag. 359-361.
3 Voy. Courrier suisse, 1847, N° 20, 9 mars. — D'après ce qui transpira plus tard relativement aux projets d'attaque contre le synode, il paraît que le conseil d'état, tenu très au courant de ce qui se passait, n'aurait pas laissé l'attaque se produire, parce qu'il espérait que le synode se diviserait, qu'il en sortirait deux ou trois églises dont on aurait alors facilement raison. Le conseil d'état fut donc très irrité de l'entente qui se produisit, et l'un des conseillers d'état n'en fit pas mystère en accusant IL Espérandieu d'avoir causé tout le mal, parce qu'il avait fait réussir la transaction.
tion de M. Bauty, le synode décida de lever la séance avant l'heure ordinaire et de se réunir ailleurs. M. Benj. Cuénod mit sa maison ù'Epenex, près Renens, à la disposition du synode, qui accepta cette offre.
La séance du jeudi 11 mars eut donc lieu à Epenex. Ce fut la plus importante de toutes par la gravité de la question et la manière dont elle fut résolue. Le synode délibéra de nouveau sur l'art. 5. La discussion fut longue. Le point de vue professioniste fut habilement et chaudement soutenu. M. Bautij, dans un discours étendu, argumenta moins qu'il ne fit appel à l'esprit de conciliation, et il demanda le rejet de l'article. Cependant l'esprit de fraternité et la prudence se donnèrent la main, et, avec des amendements de MM. L. Burnier, Miéville et Ch. Baup, le tout passa à une bonne majorité. Cependant la minorité ne fut insignifiante ni par le nombre ni par la qualité de ceux qui la composaient.
Le vendredi 12 mars, onzième et dernière séance du synode, on se réunit déjà à sept heures du matin, chez M. le pasteur Scholl, à la rue Saint-Pierre1. M. Bauty et ses amis craignaient qu'on ne revînt sur l'art. 5. Mais non; on acheva le second débat et on passa immédiatement au troisième, après que M. le président Miéville eut donné lecture du projet de constitution tel qu'il avait été arrêté par une commission de coordination. La discussion générale sur cet acte étant ouverte, M. le professeur Chappuis se lève. Il estime que les amendements ont un peu dérangé l'harmonie du projet de constitution et amoindri quelques-unes de ses dispositions, mais qu'on a en général amélioré beaucoup de points importants; il en rend grâce à Dieu et il adopte ce projet avec reconnaissance. M. L. Burnier regrette vivement de n'avoir pas assisté au premier débat, il déplore qu'il y ait un certain nombre de taches dans ce beau
1 Dans la maison dite Milliquet, à côté de celle où se trouve actuellement la banque cantonale.