CHAPITRE III La question religieuse à la barre du grand conseil
Les pétitions pour et contre la liberté religieuse, les oratoires, les dissidents et les ministres. — Le silence du projet de constitution sur la liberté religieuse. — Etat de l'opinion publique dans le. canton. — La brochure de Vinet : Quelques mots sur une question à l'ordre du jour. — L'assemblée populaire de la Grenette. — Le 20 mai au grand conseil. — Le rapport de M. Tavel sur les pétitions contre les méthodistes. — L'art. 9 du projet de constitution et le droit d'association. — Discours de MM. Blanchenaij et Druey. — L'opposition. — La motion Mercier. — Discussion orageuse. — Impressions diverses. — La presse vaudoise.
Le lundi 5 mai 4845, le grand conseil avait ouvert, sous la présidence de M. Schopfer, sa session ordinaire du printemps. On sait qu'il cumulait les fonctions réglementaires d'un grand
1 M. Baup, dans son Précis, a donné le texte des protestations de deux conférences pastorales, pag. 13-17.
conseil et celles d'une assemblée constituante. De là, l'importance capitale de cette session dans les circonstances graves où se trouvait le pays. La question religieuse devait forcément se poser devant la représentation nationale et en recevoir une solution quelconque. Aussi, durant tout le cours de la session, jusqu'au moment du second débat, des pétitions pour et contre la liberté religieuse, pour et contre les oratoires, pour et contre les dissidents et les méthodistes, enfin, pour et contre les ministres eux-mêmes, ne cessèrent-elles d'affluer sur le bureau du grand conseil. Il en venait de toutes les parties du canton. Les unes étaient individuelles, et, dans le nombre, on en remarqua une de M. Vinet; la plupart étaient collectives. Plusieurs de ces pétitions se distinguaient par un ton modéré; d'autres, en revanche, trahissaient, par la violence même de leur langage, les sentiments les plus hostiles à la liberté religieuse. Parmi ces dernières, une pétition (XAran ne demandait rien moins que le rétablissement de la loi du 20 mai!! Deux pétitions autographiées proposaient que les pasteurs qui exerceraient des fonctions en dehors de celles que la loi leur attribuait, cessassent d'être salariés par la caisse de l'état 1 Cette idée ne devait pas passer inaperçue. Un honorable syndic de village allait plus loin encore, il voulait qu'on posât en principe, dans la constitution ou dans la loi, que non seulement les ministres, mais tous les employés publics qui ne se conformeraient pas aux règles et usages de l'église nationale seraient révoqués !1
Les pétitions dirigées contre la liberté religieuse étaient malheureusement en beaucoup plus grand nombre que les pétitions écrites en faveur de cette liberté. On prétendit bien que les premières avaient été provoquées par les secondes. Mais la première impulsion donnée aux manifestations hostiles vint certainement d'autre part. Il nous serait facile de transcrire ici le texte de ces diverses pétitions; nous n'en citerons qu'une dont la rédaction nous a paru particulièrement étrange :