‹ Histoire du movement religieux et ecclésiastique dans le canton de Vaud (volume 4)Chapitre 23 sur 269 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

mais ils pouvaient conclure des dispositions du conseil d'état à celles d'un grand conseil absolument inféodé au pouvoirexécutif.

Le 15 mai, le conseil d'état adressait à MM. les pasteurs de l'église nationale une circulaire trop importante pour que nous ne la transcrivions pas ici in extenso. Elle marquait un nouveau pas dans la voie de l'arbitraire qui devait caractériser la conduite du gouvernement vis-à-vis du clergé et de l'église.

Messieurs,

Vous n'ignorez pas que des réunions religieuses, tenues en dehors de l'église nationale, des églises catholiques garanties par la constitution et des chapelles de ce culte autorisées par la loi, ont été et sont encore, dans quelques parties du canton, l'occasion de manifestations populaires contre les méthodistes. Il importe de faire cesser un pareil état de choses, qui est une source de désordres et qui peut compromettre gravement la tranquillité publique et la liberté religieuse elle-même. Le moyen le plus facile et le plus sûr de mettre fin à ces manifestations et de détourner les conséquences qu'elles peuvent avoir pour l'ordre public et la religion, c'est, dans la disposition actuelle des esprits, de faire cesser la cause des manifestations dont il est question. C'est pourquoi le conseil d'état, qui apporte toute sa sollicitude à obtenir ce résultat par la voie de la persuasion, croit le moment venu de rappeler à MM. les pasteurs que, comme ministres de l'église nationale, il est de leur devoir de s'abstenir de diriger ou de favoriser des réunions qui, quelle que soit la piété de ceux qui les fréquentent habituellement, n'en ont pas moins un caractère de dissidence et une tendance à la séparation : telles sont évidemment des assemblées qui, abstraction faite des doctrines dans lesquelles nous n'entrons pas, se tiennent ailleurs que dans les temples de l'église garantie par l'état, et hors des heures que l'autorité a fixées pour le service divin, quelquefois sans la publicité inséparable du culte national.

La participation à de telles réunions ne se concilie donc pas avec votre position dans l'église nationale, surtout pas lorsque les assemblées dont il s'agit deviennent une occasion de troubles.

Sans doute la plupart des pasteurs sont demeurés étrangers à ces réunions, telles que les oratoires, mais les avertissements renfermés dans la présente circulaire ont dû être portés à la connaissance de tous, afin qu'aucun n'ignore ce que l'autorité attend de lui dans les circonstances actuelles.

Loin de se prêter à des réunions qui ne peuvent qu'entretenir l'irritation, MM. les pasteurs s'efforceront donc de faire prévaloir un esprit de paix et de modération dans leurs paroisses. Ils comprendront la responsabilité morale qui pèse sur eux comme ministres d'une religion qui recommande la charité : leur sagesse et les intérêts bien entendus de l'église au service de laquelle ils sont entrés, les guideront sûrement dans leur conduite et leur prédication.

Agréez, messieurs, l'assurance de notre considération.

Le président du conseil d'état, H. Druey. Le chancelier, C. Fornerod.

A la réception de cette circulaire, grande fut la surprise, et plus grande encore la tristesse des pasteurs auxquels elle était adressée. Devaient-ils, par respect pour l'autorité établie, tenir compte d'injonctions qui, sous le prétexte de favoriser le retour du calme dans le pays, n'auraient d'autres conséquences que d'entraver la liberté du ministère évangélique, tout en diminuant la mesure des secours religieux offerts à tous et en favorisant précisément celte dissidence contre laquelle les oratoires étaient un boulevard si puissant? Encore si le conseil avait eu un texte de loi à invoquer à l'appui de ses exigences! Mais nonl et c'est à juste titre que M. le pasteur Miéville, le premier, put avertir ses collègues dans le ministère qu'il ne s'agissait ici que d'un conseil, d'un vœu et de rien autre; que les pasteurs useraient à cet égard de leur liberté d'examen et de leur liberté d'action. 11 fallait empêcher, en effet, Yopinion publique de s'égarer sur un sujet aussi sérieux i, et de s'imaginer que le conseil d'état avait le droit d'agir comme il le faisait. Il le fallait d'autant plus que, par un procédé inqualifiable, le conseil, en glissant habilement dans la circulaire le mot rappeler, laissait croire qu'il était du devoir des pasteurs nationaux de s'abstenir des réunions religieuses hors des temps et des lieux assignés par la loi au culte officiel. Or, dans les lois et

1 Courrier subse, 18i5, N° 42, 27 mai. (Lettre de M. Miéville aux rédacteurs.)

règlements ecclésiastiques, il n'y avait pas vestige d'une semblable disposition, et le mot rappeler n'était qu'une expression trompeuse. Aussi, on comprend que des pasteurs aient senti le besoin de rappeler, eux, au gouvernement qui semblait l'oublier, tout ce qu'emportait leur charge de ministres de l'Evangile; qu'ils aient protesté, non pas précisément contre l'invitation du conseil d'état de suspendre momentanément les réunions religieuses, — quelques-uns l'avaient déjà fait par motif de prudence, — mais contre les principes contraires à l'Evangile et à la loi ecclésiastique que la circulaire proclamait. Malheureusement ces protestations et d'autres semblables ne purent arriver entre les mains du gouvernement avant le 20 mai. Il est vrai qu'elles n'auraient eu aucune influence sur les décisions prises ce jour-là par le grand conseil *.

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