M. LE PRÉSIDENT ET MM. LES MEMBRES DU GRAND CONSEIL
Messieurs,
Le peuple vaudois vous a confié le soin de reviser sa constitution. C'est là une tâche grande et belle; elle a toutes nos sympathies, et nous nous
1 Cette pétition sortait de l'imprimerie Maulaz, à Vevey.
associons d'esprit et de cœur à cette œuvre qui doit consolider et agrandir l'édifice de nos libertés publiques. La plus précieuse, messieurs, pour un peuple qui sent ses devoirs et qui connaît ses droits, est assurément la liberté religieuse : notre pays la possède; il en jouit depuis bien des années; elle a pénétré dans nos mœurs, et nous pensons qu'il est convenable de la proclamer dans nos institutions.
En conséquence, nous avons l'honneur de vous exprimer le vœu que, tout en maintenant et garantissant l'église nationale évangélique dans son intégrité, vous consacriez aussi la liberté religieuse dans l'acte constitutionnel que vous préparez.
Nous l'attendons, messieurs, de votre sagesse, de votre respect pour les droits du citoyen et de votre attachement aux principes du protestantisme.
Agréez, etc.
Le 20 mai était le jour fixé par le grand conseil pour entendre le rapport sur les pétitions contre les méthodistes, ou, d'une manière plus générale, contre les réunions religieuses extra-légales. Mais, avant que de raconter ce que fut cette séance dont les conséquences devaient être si graves pour l'église et pour le pays, passons rapidement en revue quelques-uns des faits qui précédèrent et, en quelque mesure, préparèrent les délibérations du grand conseil.
Les attaques dirigées contre la liberté religieuse n'avaient pas eu lieu sans soulever de nombreuses protestations, dans les journaux indépendants en particulier. Déjà quelques pétitions, adressées au conseil d'état, avaient insisté sur la nécessité, pour la paix et pour l'honneur du pays, de réprimer énergiquement les désordres commis sous prétexte d'assemblées religieuses non autorisées1. D'autres démarches avaient eu un caractère plus individuel. M. de Saint-George, docteur en droit et juge au tribunal du district de Nyon, avait, à la date du 19 avril, écrit
1 Voy. une de ces pétitions dans le Courrier suisse, 1845, N° 35, 2 mai.