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au conseil d'état une lettre pleine de franchise, de raison et de dignité, à L'occasion des scènes d'Aran. Membre de l'église nationale, il réclamait, même pour ceux qui, en fait d'église, penseraient différemment que lui, la liberté religieuse entière et complète. Il la réclamait comme chrétien, comme citoyen et comme juge, n Au nom de la liberté, disait en terminant M. de Saint-George, au nom de la justice, au nom du bien de mes concitoyens, je viens donc réclamer de vous, messieurs, l'inviolabilité du domicile, la répression des attentats contre la liberté religieuse, et la protection des lois pour tout homme honnête et inoffensif *. »
La lettre de M. de Saint-George pouvait rester sans réponse; elle n'en était pas moins une légitime protestation qui en appellerait d'autres2.
1 Voy. Courrier suisse, 1845, N° 35, 2 mai.
* Un mois à peine après les journées de février, quatre hommes de cœur, quatre hommes animés d'un libéralisme de bon aloi, MM. Vinet, S. Chappuis, Gauthey et L.Burnier, préoccupés des atteintes commises contre la liberté religieuse, delà préparation d'une nouvelle constitution, et des garanties que celle-ci devrait donner à la plus précieuse des libertés, sachant du reste que la commission constituante ne prendrait pas l'initiative de ces garanties, adressèrent, à la date du 13 mars, une circulaire à un grand nombre de pasteurs et d'instituteurs domiciliés dans les divers districts du canton. Ils leur demandaient ce qui se passait dans leurs districts respectifs, si l'on pensait à y pétitionner en faveur de la liberté religieuse, et dans quels termes; s'il s'y préparait des pétitions en sens contraire, etc.?
Cette circulaire amena vingt-quatre réponses, jetant un jour assez lumineux sur les dispositions générales dans treize districts, sans compter celui de Lausanne. A la date précitée, il n'existait point encore de mouvement général dans le sens d'un pétitionnement ni pour ni contre la liberté religieuse. Dans le fond cependant, il y avait encore plus d'hostilité que d'apathie dans ce silence. Quelques localités se montraient déjà même très hostiles, en premier lieu Romainmotier, puis le district de Cossonay, celui à'Aubonne, etc. Dans quelques localités, les dispositions étaient plus favorables, ainsi à Sainte-Croix, Payerne, au Vully, au Chenit, à Rolle, etc.
En résumé, l'opinion générale des correspondants était qu'il fallait attendre pour ne pas provoquer l'opposition ; puis, à la suite de manifestations fâcheuses, s'adresser à la commission constituante, ou plutôt au grand conseil. Quelques-uns, cependant, ajoutaient à quoi bon? et quelles garanties attendre?
Cependant, nn fait auquel les préoccupations du moment et l'agitation des esprits dans le canton de Yaud donnaient une réelle gravité, c'est que le projet de constitution élaboré par le grand conseil ne sanctionnait pas la liberté des cultes par un article exprès et positif. Il consacrait toutes les autres conquêtes de l'esprit moderne : l'égalité devant la loi, la liberté individuelle, l'inviolabilité du domicile, l'inviolabilité de la propriété, la liberté de la presse, la liberté d'association, le droit de pétition (art. 3. 5, 6, 7, 8, 9, 10), et il ne prononçait pas un seul mot sur la liberté religieuse proprement dite. On était forcé de la faire sortir de l'article sur la liberté d'association, et de celui qui déclarait que les ministres de l'église réformée et de l'église catholique recevraient seuls un salaire de l'état l
Cette omission ne provenait évidemment pas d'un oubli. Une question aussi capitale que celle de la liberté des cultes ne se laissait pas oublier, surtout dans le moment actuel et dans le canton de Vaud. Les hommes qui avaient élaboré le projet de constitution avaient-ils reculé devant la crainte de heurter directement les passions de quelques agitateurs antireligieux? Les faits d'intolérance dont le pays avait offert récemment et offrait encore le honteux spectacle, ne permettaient guère d'assigner une autre cause à l'oubli, inexplicable sans cela, dont les législateurs assumaient sur eux l'inquiétante responsabilité. On pouvait bien laisser la liberté des cultes en dehors d'une constitution, mais comment la reléguer hors des faits? Elle reparaîtrait, non pas en théorie, mais sous des formes sensibles et vivantes, dans les actes des citoyens. Faudrait-il reculer encore, toujours céder, non pas au peuple, au vrai peuple, à celui qui travaille, mais à des agitateurs de bas étage, radicaux de nom et despotes au petit pied, gens criards et brouillons, toujours disposés à faire du bruit et du désordre? L'expérience des trois derniers mois ne devait-elle pas être concluante, ne disait-elle pas avec une sombre éloquence aux législateurs vau-