CHAPITRE III
la cause de la liberté religieuse était, dans les circonstances du moment, la cause par excellence. Le Bulletin religieux, Y Antijésuite s'employèrent courageusement à la défendre. 11 était seulement regrettable que ces feuilles eussent si peu de lecteurs. Le Courrier suisse lui-même était peu répandu et ne parvenait guère jusqu'au peuple qui subissait l'influence du Nouvelliste, tandis qu'une grande partie de la bourgeoisie proprement dite recevait ses inspirations de la Gazette. Or si l'on veut savoir quelles réflexions le vote du 20 mai suggérait au plus ancien journal de notre ville, voici ce qu'on y lisait dix jours après : « La liberté religieuse ne peut trouver de partisans dans un pays où le bon sens a pénétré et qui tient à la religion de ses pères!... La liberté religieuse! mais c'est frapper à mort le culte national, c'est briser tous les rapports qui nous lient à notre vieille église, c'est appeler dans le canton tous les cultes, toutes les doctrines, les erreurs de tous genres, les schismes de tous les pays; c'est enfin ouvrir la porte la plus large au désordre et convier le peuple à la destruction sacrilège de tout ce qui était respectable à ses yeux, etc. *. » Et ainsi de suite, sur le même ton et avec le même bon sens.
En vérité, après avoir lu de pareilles inepties et constaté l'effet désastreux qu'elles devaient produire dans les intelligences, on est heureux d'écouter, sur un pareil sujet, la noble et grande voix qui, de Paris, était répercutée sur les bords du Léman afin de s'y faire mieux entendre. « Le 20 mai 1845 a été digne du 20 mai 1824.... On a allégué le vœu des masses, attendu qu'il est de dogme aujourd'hui, dans ce pays-là, qu'il faut faire tout ce qu'elles veulent et rien que ce qu'elles veulent.... Les détails de la séance où le vote dont nous venons de parler a eu lieu, sont tels qu'ils ne peuvent donner aux étrangers qu'une affligeante idée de ce que sont les lumières, les mœurs et la civi-
i Gazette de Lausanne, 1845, N° 43, 30 mai. (De la liberté religieuse. « Article jaune et rance, » disait le Courrier suisse.)
lisation de ce petit peuple.... Si de telles discussions avaient lieu dans le sénat d'un grand pays, où en serait ce pays, où en serait le monde? Mais pour ne pas agiter l'univers, elles n'en sont pas moins tristes et humiliantes.... « Les pasteurs étant » payés par l'état, ils doivent être les serviteurs de l'état. » Pour être exprimé avec une franchise brutale, ce n'en est pas moins là, pour tous les gouvernements, le principe essentiel des églises d'étal; nous pensons donc qu'il est utile qu'il ait été formulé aussi nettement1. »