‹ Histoire du movement religieux et ecclésiastique dans le canton de Vaud (volume 4)Chapitre 34 sur 269 · CHAPITRE m · texte numérisé non relu

CHAPITRE m

national !. « Telle fut la réponse faite par le corps législatif, par l'autorité protectrice de l'église, au clergé de cette église qui s'unissait pour demander d'une seule voix qu'on n'entravât pas sa liberté. Mais en même temps, on le voit, l'adoption de la proposition Mercier ne faisait que poser les bases d'une loi future. Ce n'était ni une loi, ni un décret; quoique le principe fût posé, il n'était pas immédiatement applicable. Encore un instant, il est vrai, et il peut le devenir2. »

L'impression produite par l'adoption de l'amendement Mercier fut sans doute très diverse. Pour les uns, cette mesure couperait court à des manifestations qui les offusquaient et à une liberté dont ils avaient horreur! Pour les autres, elle ferait cesser une exaltation dangereuse, en renfermant l'exercice de la religion dans des limites raisonnables. Pour d'autres, en revanche, elle ouvrirait une ère funeste au développement moral et religieux du pays, aussi bien qu'à la prospérité de l'église nationale. Chose curieuse 1 les journaux du parti qui vient de l'emporter au 20 mai semblent avoir quelque peu honte de la victoire : ils se condamnent au mutisme; le Nouvelliste vaudois, en particulier, ne souffle mot sur les sentiments avec lesquels ses patrons et leurs amis ont accueilli cette nouvelle. Les journaux de l'opposition, qui n'avaient évidemment pas les mêmes motifs d'abstention, exprimeni une tristesse et des craintes par-

1 Conf. Jottrand, De la question religieuse dans le canton de Vaud, pag. 71-75.

1 Fréd. Chavannes, La crise ecclésiastique dans le canton de Vaud, pag. 16. Le préfet de Cossonay, dont le nom s'est fait dès ce temps-là une place si peu enviable dans notre histoire ecclésiastique, n'était ni impie ni immoral : c'était un honnête homme, mais le type des paysans de la majorité compacte d'avant 1830. Il se posait en défenseur de la religion de nos pères et partageait tous les préjugés de l'ignorance contre les momiers et les ministres.

tagées certainement par un bon nombre des meilleurs citoyens. « Les hommes de la révolution, ainsi parlait le Courrier suisse, ont exploité les sentiments divers qui, dans certaines localités, animent une partie du public à l'égard des dissidents, pour frapper l'église à laquelle tout le pays est attaché.... On ébranlera l'église nationale et on fera fleurir la dissidence.... La loi qu'on prépare tend à renfermer les pasteurs dans l'église comme des soldats dans une forteresse, pour tirer de là sur les séparés.... Si l'on voulait favoriser la dissidence et la perpétuer, s'y prendrait-on autrement? « Tout salaire de l'état sera ôté » au pasteur qui officie dans un lieu autre que les lieux consa- » crés pour le culte légal ! » Quel superbe thème pour les ennemis de l'église 1 Quelle cruelle mortification pour ses pasteurs! Pour arrêter leur zèle, on menace de suspendre leur salaire, comme s'il pouvait y avoir aucune relation entre le salaire que reçoit le pasteur et le ministère sacré qu'il exerce! Les hommes de la faction dominante disent, en effet, qu'ils tiennent le pasteur par le receveur; il n'en est rien : mais quand ils le croiraient, un sentiment de pudeur devrait les empêcher de consacrer dans une loi cette triste maxime et d'en faire un essai aussi humiliant pour ceux qu'on met à l'épreuve que flétrissant pour l'église qui supporterait qu'on traite ainsi ses pasteurs.... La loi dont l'initiative vient d'être surprise au grand conseil est un coup porté au cœur de notre église par le parti qui menace en ce moment tous nos droits, toutes nos libertés1. » L'Indépendant, dans un article assez pâle, du reste, et exprimant la pensée des hommes que le zèle pour le bien de l'église ne dévorait pas, déplora cependant un vote qui porterait un grand préjudice à l'église nationale et ouvrirait une porte à la dissidence2. Il est à peine besoin de rappeler dans quel sens s'exprimèrent les journaux religieux de notre pays pour lesquels

1 Courrier suisse, 1845, N° 41, 23 mai. {L'Eglise et la révolution.)

2 L'Indépendant, 1845, N° 3,24 mai. (De la liberté religieuse.)

Page 1