CHAPITRE IV
et au fort de la persécution, il a fait retentir ces paroles du Saint-Esprit : ce Autant qu'il est en eux, ils crucifient de nou- » veau le Fils de Dieu et l'exposent à l'ignominie. » (Hébr. VI, 6.) Cette accusation foudroyante, l'apôtre l'intente à ceux qui, ayant fait l'épreuve de tout ce que le christianisme a de plus consolant et de plus sacré, retournent au train de ce monde par une indigne apostasie. M. Vinet l'applique d'une part aux adversaires de l'Evangile qui crucifient le Seigneur dans la personne de ses disciples, et d'autre part, aux chrétiens, même fidèles, qui, par leurs défauts et leurs chutes, déshonorent Christ aux yeux des adversaires *. »
En empruntant à Y Antijésuite l'appréciation ci-dessus, le Nouvelliste la faisait suivre de quelques réflexions critiques : « C'est avec un sentiment pénible que nous avons vu un homme qui s'est retiré de l'église nationale, parce qu'il la renie, venir prêcher dans cette même église nationale, et surtout choisir un texte si peu en rapport avec les circonstances et la charité chrétienne, si peu propre enfin à ramener le calme dans les esprits à l'époque où nous vivons. On n'éteint pas un foyer ardent en l'arrosant avec de l'huile. M. Vinet est le seul homme distingué de notre académie, nous reconnaissons en lui un talent éminent: il serait à désirer qu'il fût un peu plus conséquent avec luimême2. » A la suite de ce blâme si vertement infligé à M. Vinet, le même journal insérait une lettre d'un de ses abonnés qui, prenant occasion des discours prêchés à Saint-François, faisait au méthodisme un procès rempli de toutes les injustices et de toutes les faussetés imaginables.
Qu'allait faire M. Vinet? Laisserait-il dénaturer sa pensée et ses intentions? Laisserait-il le journal le plus hostile à la liberté religieuse former l'opinion publique sur l'esprit qui le portait lui-même à monter dans les chaires de l'église nationale de sa
1 V Antijésuite, 1845, N° 1, 7 mai.
* Nouvelliste vaudois, 1845, N° 37, 9 mai.
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pairie? Contrairement an désir de plusieurs de ses amis, M. Yinet, voyant en cela un devoir de conscience, prit la plume et répondit en ces termes au Nouvelliste :
Lausanne, 10 mai 1845.
Monsieur,
Un passage qui me concerne dans le Nouvelliste d'hier rend nécessaires de ma part quelques explications que je vous prie de bien vouloir accueillir dans votre prochain numéro.
Les deux discours sur les complices de la crucifixion du Sauveur (ou de la passion, comme le dit, en meilleur français, le journal que vous citez), avaient été préparés pour être lus dans l'auditoire de théologie le vendredi saint. Plus tard, appelé à prêcher à Saint-François, je pris le sujet dont ma mémoire était le plus fraîchement imbue, et rien dans les circonstances ne m'invitait à en préférer un autre. Quant aux discours mêmes, j'espère qu'aucun de ceux qui les ont entendus ne m'accusera de verser de l'huile sur le feu. Depuis lors, ces discours ont été imprimés, et quoiqu'ils ne reproduisent qu'une partie de ce que j'ai dit en chaire dans le sens de la charité et de la conciliation, je ne crains pas d'invoquer leur témoignage.
Vous m'accusez, monsieur, d'inconséquence pour avoir prêché dans un des temples d'une église que, selon vous, je renie. Mais je ne l'ai point reniée. J'ai écrit contre l'intervention de l'état dans ses affaires; je suis sorti des rangs de son clergé; mais, n'ayant répudié ni ses enseignements, ni son culte, je lui appartiens, ce me semble, autant qu'on peut lui appartenir. Le 4 décembre dernier, j'ai dit dans l'assemblée du Casino : « Je ne suis point venu ici en haine d'une église à laquelle j'appartiens comme individu et pour ce qui concerne le culte, d'une église où je reçois tous les jours des bénédictions, d'une église enfin que je ne désire pas voir détruite, mais affranchie. » (Compte-rendu, pag. 6.) Elle a accidentellement des rapports avec l'état, mais ce n'est point par ces rapports qu'elle existe, et, ces rapports supprimés, elle changerait de condition, non d'essence. Ce serait encore l'église réformée du canton de Yaud, ce serait au moins toujours l'église réformée. Elle a des racines ailleurs que dans la loi.
Au reste, monsieur, je n'admets pas qu'un membre d'une communauté protestante ne puisse assister au culte d'une autre communauté protes-