CHAPITRE IV
tante, ou même le diriger. Et puis, dans le moment présent, où prêcherai-je, si je veux prêcher? Il n'y a que le temple ou la place publique. Agréez, monsieur, etc.
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Bien que la position de M. Vinet eût été très nettement établie par toutes ses déclarations antérieures, et que la mauvaise foi seule pût l'attaquer, le Nouvelliste ne voulut pas se laisser convaincre. D'ailleurs M. Vinet n'avait-il pas son auditoire à l'académie et n'y enseignail-il pas aux jeunes ministres leurs devoirs comme fonctionnaires de l'église nationale rétribuée par l'état, tout en leur faisant connaître ses convictions sur la séparation de l'église et de l'état? Pouvait-on voir une position plus fausse2! Les anciens étudiants en théologie, élèves de M. Vinet, eurent beau, par l'organe de l'un d'eux, M. Aimé Steinlen, protester contre les perfides insinuations du journal de M.Druey, ils n'obtinrent qu'une aggravation des charges que le Nouvelliste était en train de faire peser sur l'illustre professeur : « II nous est impossible de nous représenter que M. Vinet puisse prêcher et professer contre sa conscience et contre ses convictions 3. » M. Vinet lui-même eut beau reprendre la plume et déclarer qu'il n'avait point cessé d'appartenir à l'église où il était né; qu'il ne se regardait nullement comme déchu de la qualité de ministre, et qu'il prêcherait encore à moins qu'une loi ne vint à interdire les chaires de nos temples à quiconque ne serait pas inscrit dans le catalogue du ou d'un clergé national, le Nouvelliste ne voulut voir dans la lettre de 1' « habile et savant professeur de théologie » qu'une profonde contradiction1' !
1 Nouvelliste vaudois, 1845, N° 39, 16 mai.
2 Ibid., 1845, N° 39, 16 mai.
3 Ibïd., 1845, N° 41, 25 mai.
* Ibid., 1845, N° 42, 27 mai.
Il pourrait sembler à quelques-uns de nos lecteurs que les faits que nous venons de raconter ne sont pas en connexion très étroite avec le titre même de notre chapitre. Il en est ainsi cependant. M. Vinet était une personnalité à laquelle tous les partis chez nous, en 1845, se plaisaient à rendre un hommage bien mérité. Ce n'en était pas moins une personnalité gênante. S'il apparaissait comme tel à la majorité du clergé, à bien plus forte raison était-il envisagé de cette façon par ceux qui n'avaient pas pour l'admirer les mêmes motifs que le clergé. Ce dernier avait peur du théoricien ecclésiastique, mais il se sentait uni de cœur au chrétien. Les ennemis de l'Evangile admiraient en M. Vinet l'homme de génie, le philosophe, le penseur, le littérateur, mais ils repoussaient l'éloquent avocat de la liberté religieuse et le prédicateur évangélique. En outre, M. Vinet était attaché à l'académie, et l'on sait que l'un des cris poussés dans les rues de Lausanne au 14 février, était : A bas Vacadèmie! L'académie n'était-elle pas la plus puissante forteresse de celle aristocratie de V intelligence à laquelle on en voulait comme à toute autre supériorité1? La liberté d'enseignement ne devait pas être plus respectée que la liberté religieuse, et, tôt ou tard, il faudrait bien que les professeurs et les pasteurs ne professassent et ne prêchassent que par la grâce du conseil d'état. En attendant, il fallait, par des provocations incessantes, amener des démissions multipliées.
Le parti dominant connaissait fort bien la pensée de M. Vinet sur la révolution, et, au besoin, il aurait pu s'en assurer en lisant les bulletins que ce dernier envoyait régulièrement au Semeur. L'auteur de Y Essai sur la manifestation des convictions
1 Dans les numéros du Nouvelliste vaudoîs postérieurs à la révolution de février, les attaques contre l'académie abondent.