‹ Histoire du movement religieux et ecclésiastique dans le canton de Vaud (volume 4)Chapitre 87 sur 269 · CHAPITRE VII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VII

Au conseil d'état.

Monsieur le président et messieurs les membres du conseil d'état,

Par le double jugement que vous avez prononcé le 3 novembre 1845, vous avez, de votre seule autorité, complètement modifié le ministère chrétien dans l'église nationale.

Dans ce jugement, vous avez condamné et puni quarante-deux pasteurs et ministres pour avoir refusé de lire en chaire la proclamation, vraiment politique, du 29 juillet;

Vous les avez condamnés, malgré le texte précis de la loi de 1832, qui leur ordonnait ce refus;

Vous les avez condamnés, au mépris de la sentence d'absolution des quatre classes.

Par ce jugement vous avez donc déclaré :

Que, contrairement à la constitution qui dit : « La loi règle les rapports de l'état et de l'église, » maintenant l'église, au lieu d'être unie à l'état, est subordonnée à l'état; au lieu d'être régie par les lois, est régie par la volonté arbitraire du conseil d'état;

Que les pasteurs ne sont plus au bénéfice de la loi;

Que, malgré le texte précis des lois, les pasteurs sont obligés de se soumettre à tout ordre de l'autorité exécutive;

Que le magistrat civil a le droit de faire occuper les chaires de nos temples par ses agents, pour y lire, à l'heure du service divin, ses proclamations, proclamations qui pourraient exposer d'autres doctrines et d'autres intérêts que les doctrines religieuses et les intérêts spirituels.

Nous, les pasteurs et ministres soussignés, nous, les gardiens du culte et de la religion, nous vous déclarons, messieurs, que nous ne devons ni ne voulons nous faire les instruments d'une pareille prétention.

Dans ce même jugement du 3 novembre, vous avez condamné et puni trois pasteurs pour avoir prié Dieu et annoncé l'Evangile dans l'oratoire de Lausanne, même pour avoir seulement assisté au culte de cet oratoire;

Vous les avez condamnés, quoiqu'ils n'eussent violé aucune loi;

Vous les avez condamnés, malgré la loi de Dieu qui les absout;

Vous les avez condamnés, au mépris de la sentence d'absolution unanime de la classe de Lausanne.

Par ce jugement, vous avez donc déclaré :

Que les lois ne protègent plus le ministère, puisque vous attribuez force de loi à vos circulaires;

Que la loi de Dieu ne peut plus être la règle suprême du ministère chrétien dans l'église nationale;

Que les pasteurs ne peuvent plus exercer leur ministère par la prédication qu'aux heures et dans les lieux fixés par l'autorité, et que le pasteur perd ainsi, si l'autorité s'y refuse, le droit de se réunir avec ses paroissiens pour prier avec eux et pour leur expliquer la Parole;

Que, par conséquent, l'autorité civile s'attribue le droit de limiter à son gré le ministère des pasteurs.

Nous, les pasteurs et ministres soussignés, nous, qui avons reçu ce ministère de Dieu et qui en rendrons compte à Dieu, nous vous déclarons, messieurs, que nous ne devons ni ne voulons accepter ces entraves.

En conséquence, messieurs, et vu les modifications arbitraires que vous avez apportées au ministère chrétien dans l'église nationale, nous vous déclarons que nous résignons dès ce jour, entre vos mains, pour le 15 décembre prochain, le poste et les fonctions ecclésiastiques officielles que nous exerçons dans l'église nationale. Jusqu'au 15 décembre, ceux d'entre nous qui ne sont pas suspendus continueront d'exercer leurs fonctions. Si nous fixons un délai, c'est uniquement pour ne pas laisser les paroisses en souffrance et l'autorité dans l'embarras.

Par cette démission et par les raisons que nous venons de vous donner, messieurs, nous protestons devant vous, et nous protesterons hautement devant le pays, que nous nous retirons devant la force des choses et que ce sont vos mesures arbitraires qui nous excluent du service actif de notre église, en tant qu'unie à l'état.

Nous déclarons qu'aucun intérêt politique ni aucune vue personnelle ne nous font agir.

Nous déclarons en même temps devant vous, messieurs, et nous le ferons devant le pays, pour qu'on ne puisse pas se méprendre sur nos intentions, que nous sommes prêts à nous dévouer de nouveau au service de l'église nationale; mais que nous ne le ferons pour des fonctions officielles que lorsque, par des garanties suffisantes, nous aurons été mis à l'abri de mesures semblables à celles par lesquelles vous avez attenté aux droits et aux libertés de notre église nationale et du ministère chrétien dans cette église.

Recevez, messieurs, l'assurance de notre respect. Lausanne, le 12 novembre 1845.

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